Assurance santé: Dentaire, audition et vue... Quatre questions pour comprendre la réforme du «reste à charge zéro»

SOINS Alors que le comité de pilotage du dispositif «RAC 0» se tient ce mardi, retour sur une réforme qui pourrait alléger les dépenses de santé de beaucoup de ménages...

Oihana Gabriel

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Des lunettes exposées chez un opticien (image d'illustration).
Des lunettes exposées chez un opticien (image d'illustration). — DENIS CHARLET / AFP
  • La réforme du reste à charge zéro, promesse du candidat Macron, a été adoptée début décembre par le Parlement.
  • Son objectif : éviter que les Français renoncent à une prothèse dentaire, une audioprothèse ou des lunettes pour des raisons financières.
  • Alors que le dispositif prévoit un remboursement total d’un certain nombre de produits, les mutuelles pourraient en profiter pour augmenter leurs tarifs.

Gain de pouvoir d’achat ? Meilleur accès aux soins des plus pauvres ? Entourloupe des mutuelles ? Le feuilleton du reste à charge zéro, « RAC 0 » ou « 100 % santé » pour les intimes, semble loin d’être achevé. Alors que la réforme est adoptée par le Parlement depuis le 3 décembre, Agnès Buzyn a accusé la semaine dernière les complémentaires santé de « sabotage ». Elles les soupçonnent de vouloir profiter de cette nouvelle prise en charge pour augmenter leurs tarifs. Un sujet qui devrait être au cœur de la première séance du comité de pilotage et de suivi de la réforme du 100% santé prévue ce mardi au ministère de la Santé. Retour sur les enjeux et les craintes qui entourent cette réforme.

Que prévoit cette réforme ?

Le ministère résume sa réforme en une formule : « Passer pour les assurés du reste à charge subi au reste à charge choisi. » En effet, d’ici à 2021, les Français pourront soigner leurs caries, leur myopie et leur surdité sans se ruiner et même en se faisant rembourser toutes leurs dépenses. Pour certains produits uniquement. En clair, on propose aux Français un panier pris en charge à 100 % d’un certain nombre de lunettes, d’audioprothèses et de certains soins dentaires (prothèse, dentier, bridges). Mais libre à eux de choisir des produits plus chers et moins remboursés.

Cette réforme va progressivement se mettre en place d’ici à 2021. « En 2019, on va surtout commencer par avoir des tarifs plafonnés surtout en audioprothèse et en optique », souligne Féreuze Aziza, chargée de mission pour France Assos Santé, l’union des associations d’usagers qui a pris sa part dans cette réforme. Par exemple, tous les devis pour une audioprothèse devront proposer une offre à 1 300 euros maximum en 2019, puis 1 100 euros en 2020 pour atteindre en 2021 le plafond de 950 euros, qui sera entièrement remboursé. Du côté des soins dentaires, là aussi le déploiement sera progressif : il faudra attendre 2020, pour que les assurés aient accès à des prothèses totalement remboursées en céramique pour leurs incisives et canines et en métal pour leurs molaires. Avec pour principe une priorité esthétique aux dents du sourire.

Concrètement, ça va changer quoi ?

L’objectif de cette réforme est de limiter le renoncement aux soins. Ces trois domaines restaient en effet jusqu’ici les parents pauvres de la santé. Selon France Assos Santé, le taux de renoncement s’élevait en 2017 pour l’optique à 24 %, le dentaire 35 % et 57 % pour les audioprothèses. Domaine le plus mal loti. « Souvent les audioprothésistes ont vendu des Ferrari à quelqu’un qui pouvait rouler en Twingo, ironise Marianick Lambert de France Assos Santé. On a remarqué que les équipements auditifs de base sont beaucoup plus vendus chez nos voisins qu’ici. » Selon les chiffres avancés par le ministère de la Santé, le reste à charge sur les audioprothèses représentait 569 euros en 2016, soit 53 % de la dépense totale.

Pour l’optique, l’équation est un peu différente. « On a déjà aujourd’hui une offre minimum, c’est-à-dire des lunettes intégralement remboursées, mais avec des montures assez moches, des verres non affinés, reprend Marianick Lambert. En plus, les opticiens ne proposaient pas cette possibilité. Avec le panier « RAC 0 », on a un engagement de qualité : les clients auront le choix entre 17 modèles de montures adultes, des verres amincis, sans reflets… On ne sera donc plus stigmatisés par les lunettes Sécu ! »

Quant aux soins dentaires, le reste à charge s’élevait en 2016 à 135 euros pour une prothèse céramométallique, soit 25 % du prix total de la prothèse.

Qui va être concerné ?

Une grande majorité des Français auront le choix et pourront donc à partir de 2021 soigner leurs dents, vue et audition sans débourser un euro. A condition d’avoir une mutuelle ou une assurance santé. En effet, ce panier « 100 % santé » sera pris en charge en partie par la Sécu, en partie par les complémentaires santé. « Mais 5 % de la population n’a aucune complémentaire et 12 % parmi les plus pauvres », souligne Féreuze Aziza. Les tarifs les moins chers permettront tout de même à ces Français qui ne bénéficient pas d’une mutuelle de se soigner plus facilement.

Que craignent les usagers de la santé ?

« Toute cette réforme, dans la théorie, elle est formidable, mais il va falloir suivre ce qui se passe en pratique », résume Marianick Lambert. L’experte ne manquera pas de rappeler quelques points de vigilance lors du comité de pilotage auquel elle siégera ce mardi. Elle craint notamment que les assurances sautent sur l’occasion pour augmenter les tarifs de tous leurs contrats. Pourtant, le coût de la réforme, estimé à un milliard d’euros, est pris en charge à 75 % par la Sécurité sociale. Si certains espéraient économiser en budget lunettes, ils risquent de déchanter si leurs cotisations mensuelles pour la mutuelle explosent de 7 %… « On va au bras de fer, cette réforme du "RAC 0" a été négociée pendant des mois, regrette Marianick Lambert. Les assurances pourraient aussi réduire le champ des garanties. Un peu comme dans l’alimentaire : on n’augmente pas le prix, mais on diminue le contenant. »

Autre crainte : cette réforme risque de crisper. « La classe supérieure, qui va continuer à choisir des couronnes en céramique et des lunettes classe, et donc ne pas bénéficier de cette réforme, risque de ne pas apprécier de payer plus cher sa mutuelle », ajoute-t-elle. Autre sujet d’inquiétude : « Attention à ce que les professionnels ne dénigrent pas ce panier "100 % santé" pour orienter le choix sur d’autres produits, dont le prix reste libre et qui pourrait augmenter », complète Féreuze Aziza.