Contraception: «J'ai cru qu'on me broyait les ovaires», témoigne une jeune femme utilisant le stérilet

CONTRACEPTION De plus en plus de jeunes femmes sans enfant choisissent d’abandonner la pilule contraceptive au profit du stérilet, et si dans la majorité des cas tout se passe bien, l’expérience se révèle douloureuse pour certaines femmes…

Anissa Boumediene

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Pour une petite proportion de patientes, l'expérience du stérilet se révèle douloureuse.
Pour une petite proportion de patientes, l'expérience du stérilet se révèle douloureuse. — Martin Lee / Rex Featur/REX/SIPA
  • Lassées de la pilule contraceptive hormonale, de plus en plus de jeunes femmes sans enfant optent pour le stérilet.
  • La pose de ce dispositif intra-utérin est généralement programmée durant les règles pour faciliter l’insertion, et dans la majorité des cas, les patientes se sentent libérées de la contrainte de la pilule.
  • Mais pour une petite proportion de femmes, l’expérience du stérilet se révèle douloureuse.

Marre des hormones. Marre aussi de redouter l’oubli de pilule et une grossesse non désirée. Pour de plus en plus de jeunes femmes sans enfants lassées de la pilule et de toutes les formes de contraceptions hormonales, le stérilet s’est imposé chez les nullipares, qui n’attendent plus d’être mères pour penser à ce moyen contraceptif. « Dans 99 % des cas, tout se passe bien, les femmes sont ravies d’être passées au stérilet », assure le Dr Marie-Claude Benattar, gynécologue et auteure du Petit manuel de soins intimes pour les femmes (éd. Josette Lyon). Mais s’il est synonyme de liberté pour les patientes qui le choisissent, pour une petite proportion de femmes, l’expérience se révèle douloureuse.

« J’ai cru qu’on me broyait les ovaires »

Avant de se faire poser un stérilet, ou dispositif intra-utérin (DIU), la patiente doit au préalable effectuer un dépistage pour vérifier l’absence d'infections sexuellement transmissibles (IST), et ne pas avoir de règles hémorragiques et douloureuses, auquel cas le stérilet en cuivre n’est pas fait pour elle. Quand tous les voyants sont au vert, « la pose du stérilet est programmée durant les règles, car c’est la période où le col de l’utérus est le plus ouvert, ce qui facilite l’insertion du DIU », indique le Dr Michèle Scheffler, gynécologue. Et, comme pour chaque moyen contraceptif, « le gynécologue doit bien expliquer les avantages et inconvénients du DIU, mais aussi expliquer en détail comment se déroule la pose, qui peut-être douloureuse, insiste le Dr Marie-Claude Benattar. C’est pour cela que je prescris des calmants à prendre la veille pour détendre et un antidouleur à prendre avant la pose. Car ce n’est pas anodin : on utilise un spéculum, une pince, il faut nettoyer le col de l’utérus, sonder l’utérus puis traverser le col pour poser le stérilet, expose-t-elle. Il faut pouvoir endurer tout cela et supporter la douleur », souligne-t-elle.

Ainsi, « je ne sais plus combien de "putain" j’ai dit tant la douleur était insupportable à la pose de mon stérilet, j’ai cru qu’on me broyait les ovaires, raconte Mélanie, 27 ans, qui s’est pourtant fait poser un petit stérilet adapté à son anatomie. Après quelques minutes dans la salle d’attente, je suis rentrée chez moi au lieu d’aller au travail, j’avais vraiment trop mal ». Un cas qui n’est pas isolé. « Un jour, une patiente de 22 ans à qui je venais de poser un stérilet a dû s’allonger par terre tant le spasme qui la secouait était violent », se souvient le Dr Benattar.

Une forme d’intolérance

Car sans que l’on sache pourquoi, certaines femmes ne tolèrent pas le stérilet. « J’ai pris un antidouleur une heure avant la pose de mon stérilet en cuivre, qui a été extrêmement douloureuse, confie Ava*, 30 ans. Puis, pendant deux semaines, j’ai eu des douleurs horribles, des nausées, des crampes à se tordre en deux, la diarrhée et j’en passe ». La gynécologue de la jeune femme lui avait bien dit que « ce serait normal si je saignais un peu et que j’avais mal jusqu’aux prochaines règles, donc j’ai pris mon mal en patience. Mais au bout de 15 jours, je n’allais vraiment pas bien, j’avais mal en permanence, je saignais en discontinu, j’étais épuisée et déprimée. Je sentais vraiment que mon corps (et ma tête) n’en voulait pas ». La jeune femme retourne consulter pour se faire retirer son stérilet. « Il faut bien expliquer que la pose d’un DIU n’est pas toujours simple, insiste le Dr Scheffler. Si le jour de la pose on rencontre des difficultés, il ne faut pas s’acharner ». Pour l’heure, « on ignore pourquoi certaines femmes ne tolèrent pas leur DIU, mais elles le rejettent, répond le Dr Jean-Marc Bohbot, gynécologue infectiologue, directeur médical à l’Institut Alfred Fournier à Paris et coauteur de Microbiote vaginal: la révolution rose (éd. Marabout). On observe chez elles de fortes contractions utérines, comme pour expulser ce corps étranger dont leur organisme ne veut pas ». Ce pourrait être « une forme d’intolérance utérine, avance le Dr Marie-Claude Benattar, ou parfois il faut essayer un autre modèle. L’important, c’est d’écouter la patiente et si elle n’en veut vraiment plus, il faut le lui retirer ».

Et parfois, c’est après un long moment que le corps ne tolère plus le stérilet. Marion*, 24 ans, a arrêté la pilule du jour au lendemain. « Il y a des antécédents de cancers hormonodépendants dans ma famille, et j’ai découvert que j’étais porteuse du gène BRCA1 [une mutation génétique qui augmente les risques de développer un cancer], donc il a fallu arrêter la pilule aussitôt pour ne pas augmenter mon facteur de risque ». Si une femme est « porteuse de ce gène ou qu’elle a eu un cancer hormonodépendant, il faut éviter l’exposition aux hormones », confirme le Dr Bohbot. Marion se fait alors poser un stérilet en cuivre. « La pose a été douloureuse, mais c’était supportable, et pendant à peu près un an, ça allait, j’avais des règles plus abondantes et douloureuses, mais c’était gérable. Seulement depuis 6 mois, j’ai des douleurs insupportables trois semaines par mois, je prends de puissants antidouleur qui ne me soulagent pas. J’ai passé des échographies, le stérilet est bien en place, j’ignore la cause de ces douleurs, mais j’en suis à un point où je songe à me le faire retirer, je ne supporte plus d’avoir mal en quasi-permanence ».

« J’envisage de retourner à la pilule »

Comme Marion, Mélanie a depuis la pose de son DIU ses règles « tous les 18/20 jours pendant 10/12 jours, avec de fortes douleurs qui m’immobilisent. Pendant mes règles, au travail, la concentration n’est pas la même et après un an sous stérilet, j’ai l’impression d’être fatiguée souvent alors que mon rythme de vie n’a pas changé pour autant, poursuit-elle. J’envisage de retourner à la pilule, parce qu’avoir mes règles 150 jours par an et autant de douleurs, ce n’est plus possible ». Pour le Dr Bohbot, « il est impensable de laisser une patiente souffrir si longtemps de douleurs chroniques. Dans ce cas, il faut lui retirer son stérilet ».

Un choix qu’a fait Ludivine*, qui a elle aussi commencé à ressentir de fortes douleurs environ un an après la pose de son stérilet en cuivre. « C’était atroce, les douleurs commençaient deux semaines avant mes règles et duraient pendant. Un jour, j’avais si mal que je me suis allongée par terre dans le couloir au travail, je ne supportais plus la douleur, qui partait du bas-ventre et irradiait jusque dans le dos et les jambes ». Ludivine cherche alors à en comprendre la cause. « J’ai passé une échographie, fait des examens, mais rien à signaler : pas d’infection ni d'endométriose, et le stérilet était bien positionné. Je ne l’ai juste pas supporté ». Après deux ans de ce régime, Ludivine décide de se faire retirer son stérilet et depuis, « c’est le bonheur ! » Mais la jeune femme, qui ne voulait plus de contraception hormonale, « regrette le côté pratique du stérilet. Je ne voulais plus d’hormones, prendre la pilule chaque jour et avoir peur de l’oublier. En cela, le stérilet apporte un certain confort. S’il existe d’autres modèles susceptibles de me convenir davantage, peut-être que je réessaierai plus tard ».

* Les prénoms ont été changés.