«Je voulais en finir avec les hormones»... De plus en plus de femmes jeunes sans enfant plébiscitent le stérilet

GYNECOLOGIE De plus en plus de jeunes femmes n’ayant pas encore eu d’enfants abandonnent la pilule pour le stérilet…

Anissa Boumediene

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Un stérilet
Un stérilet — DR
  • La demande pour le stérilet augmente fortement chez les femmes jeunes qui n’ont pas encore d’enfant.
  • Un plébiscite qui s’explique par la défiance grandissante envers la pilule contraceptive, l’envie de se libérer d’une contrainte et de la peur d’oublier de la prendre.
  • Avec l’arrivée sur le marché de stérilets plus adaptés à l’anatomie des femmes nullipares et l’évolution des recommandations de santé les concernant, les contre-indications ne sont plus d’actualité et les femmes sans enfant peuvent désormais bénéficier en toute sécurité de ce moyen contraceptif.

Elles en ont eu ras le bol de la pilule. Marre de penser à prendre chaque jour ce petit comprimé. Marre de risquer de l’oublier et tomber enceinte. Résultat, de plus en plus de femmes jeunes et qui n’ont pas encore d’enfant se détournent de la pilule contraceptive, lui préférant le stérilet, ou dispositif intra-utérin (DIU). Longtemps réservé aux mères, le stérilet a conquis les  nullipares. Mais est-ce sans risque ? Y a-t-il des contre-indications ? On vous aide à y voir plus clair.

Le refus de la contraception hormonale

Nourrie en partie par la défiance grandissante à l'égard de la pilule, la demande de pose de stérilet de la part de femmes nullipares explose. « Il y a un fort recul de la pilule et de tout ce qui est implant hormonal, en particulier chez les femmes jeunes, qui souhaitent se tourner vers le DIU. Il peut être en cuivre, ou hormonal (à diffusion locale), mais c’est surtout le non hormonal qui est plébiscité », observe le Dr Jean-Marc Bohbot, gynécologue infectiologue, directeur médical à l’Institut Alfred Fournier à Paris et coauteur de  Microbiote vaginal: la révolution rose (éd. Marabout). « J’ai commencé la pilule à l’âge de 15 ans, et je ne la supportais plus, j’avais des migraines à répétition et je ne voulais plus d’hormones pour réguler mon cycle, raconte Sandra. Alors à 20 ans je me suis fait poser un stérilet en cuivre. Cela fait aujourd’hui 7 ans que j’en porte et pour rien au monde je ne retournerais à la pilule : plus de risque d’oubli, les cycles sont naturels, et mon corps n’est plus soumis aux hormones ». Idem pour Julie, 25 ans : « j’en avais assez de prendre des hormones de synthèse depuis l’âge de 16 ans. Comme je suis en couple, qu’un bébé n’est pas au programme et que nous ne voulions plus de préservatifs, le stérilet au cuivre était la bonne option ».

« Les femmes de la génération précédente étaient beaucoup moins bien informées, elles ne pensaient pas au stérilet, c’est nous qui leur en parlions après leur premier enfant, se souvient le Dr Marie-Claude Benattar, gynécologue et auteure du Petit manuel de soins intimes pour les femmes(éd. Josette Lyon). Aujourd’hui, il y a un basculement, des femmes jeunes et sans enfant, après quelques années sous pilule, réclament le stérilet ». Une forte demande « facilitée par l’évolution technologique, complète le Dr Michèle Scheffler, gynécologue. Depuis quelques années, la gamme de stérilets s’est élargie, avec des modèles plus petits, plus adaptés à l’anatomie des femmes qui n’ont pas encore eu d’enfants. Auparavant, on ne disposait pas de ces stérilets-là, c’est aussi ce qui explique que l’on réservait ce moyen contraceptif aux femmes qui avaient déjà un enfant. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de contre-indications ».

Bien informer la patiente

Un revirement loin des craintes qui régnaient au sein de la profession. « Longtemps, les recommandations sanitaires excluaient les femmes nullipares, en raison d’un risque de développer une infection, la salpingite, pouvant entraîner une stérilité, rappelle le Dr Bohbot. Mais les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) et la marche à suivre pour éviter cela ont évolué. Désormais, on pratique systématiquement au préalable un dépistage pour vérifier l’absence d'infections sexuellement transmissibles (gonocoque et de chlamydia) pouvant évoluer en salpingite ». Et si aujourd’hui il n’y a plus de contre-indications particulières pour les nullipares, « celles qui ont des règles hémorragiques et douloureuses doivent toutefois éviter le stérilet en cuivre et opter pour le stérilet hormonal, qui va réduire voire arrêter les règles », prescrit le Dr Scheffler. Aussi, « il faut bien les informer des risques associés à chaque contraceptif ». Et si la patiente est « vraiment très jeune, je suis réticente à la pose d’un DIU, ajoute le Dr Benattar. A partir de 25 ans, on a eu le temps d’expérimenter la pilule, de connaître son corps et de se sentir prête à explorer une autre contraception. Après, si une femme jeune a bien réfléchi, sait qu’elle ne compte pas faire d’enfant avant plusieurs années, je l’entends tout à fait ». C’est le cas d’Océane, 21 ans, qui a opté pour un stérilet en cuivre il y a un an et demi. Comme de nombreuses femmes, « je voulais en finir avec les hormones, je prenais la pilule depuis mes 13 ans, alors, en me lançant dans de longues études, je savais que je n’aurais pas d’enfant dans les années à venir ».

Une fois la patiente bien informée, « on programme la pose durant les règles parce que c’est le moment du cycle où le col de l’utérus est le plus ouvert et rend la pose plus facile, explique le Dr Bohbot. Pour éviter aux patientes d’avoir mal, je leur prescris des anxiolytiques à prendre 24 heures avant la pose et des antidouleur à prendre 30 minutes avant, ajoute le gynécologue, car la pose peut être douloureuse », reconnaît le Dr Bohbot. Une fois le stérilet posé, « il peut y avoir quelques douleurs pendant deux à trois jours, des règles plus abondantes sur le premier cycle, et de petits saignements intempestifs dans les premières semaines », avertit le Dr Bohbot. « Ce n’est vraiment pas un moment agréable, confirme Julie. Je conseille de prendre sa journée pour se reposer après ». Et « si de violentes douleurs surviennent dans les 48 heures suivant la pose, ce n’est pas normal : il faut consulter son gynécologue en urgence, prévient le Dr Scheffler. Sinon, une consultation est programmée six semaines après la pose pour vérifier que tout est en place et en fonction des antécédents de la patiente, on va la revoir tous les six mois à un an pour des visites de contrôle ».

« C’est la liberté pour seulement 30 euros ! »

Outre le rejet des hormones, le stérilet répond à l’envie de se libérer de la contrainte associée à la contraception orale. « Je ne voulais plus aller à la pharmacie tous les trimestres, calculer les comprimés pour partir en vacances,, j’en avais marre d’être esclave de la pilule, de devoir toujours l’avoir sur moi si je ne dors pas chez moi, poursuit Océane. Bilan au bout d’un an et demi ? J’en suis très satisfaite et je le recommande à toutes mes copines. Je trouve dommage que ce ne soit pas un moyen contraceptif démocratisé. Une fois posé, il est oublié. Et vous voilà tranquille pour 5 ans, c’est la liberté pour seulement 30 euros ! » Une liberté qui ravit également Pascaline*. « Cela fait 9 mois que j’ai mon stérilet hormonal et c’est le bonheur. C’en est fini des baisses de moral que j’avais avant et pendant mes règles quand je prenais la pilule, je n’ai plus à me soucier de savoir si j’ai bien pris un contraceptif ou non avant de voir mon copain. A aucun moment je ne regrette ce choix. De plus, tous les rendez-vous chez le gynécologue ainsi que le stérilet étaient pris en charge, ça ne m’a rien coûté. Je pense qu’on devrait permettre aux femmes d’avoir accès plus facilement à ces contraceptifs. Et surtout qu’on devrait les informer beaucoup plus sur les dispositifs qui existent ».

Le stérilet « présente de nombreux avantages, confirme le Dr Jean-Marc Bohbot. Il dure environ 5 ans, ce qui en fait un moyen contraceptif très économique et qui procure une grande sérénité aux femmes puisqu’il n’y a plus de risques d’oubli de pilule, ce qui le rend encore plus fiable que la contraception orale. Certains collègues restent encore aujourd’hui réfractaires à la pose du stérilet chez les nullipares, mais je ne comprends pas pourquoi. Aujourd’hui, le stérilet est un mode de contraception enfin libéré de ses tabous, il est plébiscité à juste titre ». Un avis partagé par Vanessa*, passée au DIU « après une embolie pulmonaire due à la pilule. J’en suis pleinement satisfaite, ça m’a changé la vie. J’encourage toutes les femmes à faire pareil ! »

* Le prénom a été changé