VIDEO. Rennes: Délais d’attente, violences... Quand des gynécologues sont remis en question

SANTE Un débat autour des violences gynécologiques est organisé mardi soir à Rennes…

Camille Allain

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Illustration d'une consultation gynécologique.
Illustration d'une consultation gynécologique. — D. Pallages / AFP
  • Les femmes sont de plus en plus nombreuses à dénoncer les violences gynécologiques dont elles ont été victimes.
  • Un débat est organisé ce mardi à Rennes en présence d’une réalisatrice et d’un médecin du Planning familial.
  • La formation mal adaptée et la pénurie de praticiens pourraient expliquer la mauvaise prise en charge de certains médecins.

Bien avant l’avènement des mouvements #metoo et #balancetonporc, la parole des femmes s’était libérée autour d’un autre hashtag. En 2014, on avait vu des centaines de témoignages de victimes de violences gynécologiques affluer derrière le hashtag #payetonutérus. Jusqu’ici tabou, le sujet a pris une importance grandissante dans la profession, jusqu’à remettre en question les méthodes des praticiens.

Débordés de demandes car trop peu nombreux, les gynécologues ont ainsi vu la méfiance grandir chez leurs patientes. C’est en préparant un documentaire traitant du plaisir féminin que la réalisatrice Nina Faure a découvert l’étendue du problème. « On parlait beaucoup de sexe et la question des violences gynécologiques revenait très souvent. Toutes les femmes ou presque ont connu une expérience traumatisante », explique Nina Faure.

« Ah ben dis donc, je ne vous excite pas beaucoup »

Ce mardi, la réalisatrice montpelliéraine sera l’invitée du Planning familial de Rennes pour parler de son film Paye (pas) ton gynéco et ouvrir le débat. « A chaque projection, nous avons des témoignages de victimes. Certaines femmes prennent même conscience de ce qu’elles ont subi quand elles nous parlent », poursuit la réalisatrice. Elle a elle-même pu constater les dérives de certains professionnels, illustrées dans une caméra cachée. Ce jour-là, le gynécologue qui venait de procéder à un examen de son vagin lui prend sa tension. « Ah ben dis donc, je ne vous excite pas beaucoup », lance-t-il à sa patiente. Au mieux, on parlera de maladresse, au pire, de faute professionnelle. « Pour moi, c’est un problème de formation », estime la réalisatrice.

Les gynécologues seraient-ils mal formés ? Pas impossible. Chloé Guicheteau est médecin coordinateur au Planning Familial de Rennes. Diplômée en gynécologie, elle a également suivi une spécialité sur les violences faites aux femmes et connaît bien le sujet. « Demandez autour de vous et vous trouverez toujours quelqu’un qui pourra témoigner d’une mauvaise expérience. Il y a une violence dans tous les soins, souvent faute de moyens. Mais c’est encore plus fort dans la gynécologie car cela touche à l’intime », témoigne la praticienne.

« La plupart des médecins pensent bien faire »

Pour la profession, la critique n’est pas facile à entendre. « Ce n’est jamais agréable de voir son travail remis en question. Et la plupart des médecins pensent bien faire », poursuit la jeune médecin. Pour elle, la solution tient en quelques mots. « Il faut être à l’écoute ».

Mais au-delà de la formation, c’est aussi le manque de praticiens qui pose problème. La France connaît une pénurie de gynécologues qui tend à s’aggraver ces dernières années et rend très difficile la prise de rendez-vous. « Le docteur ne prend pas de nouvelles patientes », entend-on au secrétariat des gynécos libéraux. « C’est une question de choix. Soit le médecin prend beaucoup de patients mais n’a pas beaucoup de temps pour la consultation. Soit il prend moins de patients mais les délais sont plus longs », poursuit le docteur Guicheteau.

Au Planning familial de Rennes, le délai moyen pour obtenir un rendez-vous est de deux semaines, mais des créneaux sont réservés aux urgences. Dans le libéral, vous pouvez compter le double. Notez que certaines sages-femmes et médecins généralistes proposent un suivi gynécologique.