«France, portrait social»: Pourquoi les seniors consomment-ils autant de psychotropes?

SANTE L’étude «France, portrait social» de l’Insee parue ce mardi montre que les personnes de 65 ans et plus habitant en institution consomment davantage de psychotropes que ceux résidant chez eux…

Delphine Bancaud

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Une dame âgée prenant des médicaments.
Une dame âgée prenant des médicaments. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • 74 % des seniors qui vivent en institution (maisons de retraite, Ehpad, et unités de soins de longue durée) consomment des psychotropes, contre 24 % de ceux qui habitent chez eux.
  • Selon l’Insee, le moindre niveau de bien-être psychologique des résidents en institution est l’une des explications à cet état de fait.
  • La consommation de psychotropes est presque deux fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes qui résident à domicile.

Antidépresseurs, anxiolytiques, hypnotiques, neuroleptiques… Les seniors sont de gros consommateurs de psychotropes, souligne l'Insee dans son étude « France, portrait social », rendue publique ce mardi. Parmi les personnes âgées de 65 ans et plus, 25 % de celles qui habitent chez elles prennent des psychotropes, contre 74 % de celles qui vivent en institution (maisons de retraite, Ehpad, et unités de soins de longue durée).

Parmi les médicaments psychotropes les plus fréquemment consommés figurent les antidépresseurs, prescrits pour réduire les syndromes dépressifs et les anxiolytiques, utilisés contre l’anxiété. Quant à savoir pourquoi ils sont davantage consommés en institution qu’à domicile, l’Insee avance plusieurs raisons : « Cet écart confirme à la fois le moindre niveau de bien-être psychologique des résidents en institution, mais peut aussi traduire une prise en charge plus systématique de ces problèmes au sein des établissements », explique l’étude.

Un moins bon moral en maison de retraite que chez soi

D’ailleurs, selon l’Insee, près d’un senior sur deux obtient un score de santé mentale supérieur à 80/100, traduisant un bien-être psychologique relativement élevé. Alors qu’en institution, seulement 24 % des seniors obtiennent un score supérieur à 80/100.

« Près de 80 % des personnes qui entrent en Ephad ou en maison de retraite le font parce que c’est la seule solution pour elles. Mais pratiquement toutes auraient voulu rester chez elles », complète le professeur François Piette, gériatre à l’hôpital Charles-Foix à Ivry (Val-de-Marne). Par ailleurs, selon l’Insee, les personnes âgées accueillies en institution sont davantage touchées par des limitations physiques, sensorielles ou cognitives qui atteignent leur moral.

Les femmes plus consommatrices de psychotropes que les hommes ?

La fréquence des relations sociales est également associée au bien-être psychologique. « Or si chez elles, les personnes âgées reçoivent souvent la visite d’un gardien, d’un voisin ou d’un membre de leur famille, en institution, elles n’ont pas toujours de visites régulières de leurs amis ou de leur famille, car le lieu même est assez anxiogène pour beaucoup de Français », observe François Piette.

Dans ce domaine aussi, les hommes et les femmes ne sont pas à égalité. Car la consommation de psychotropes est presque deux fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes qui résident à domicile. « La France compte beaucoup plus de veuves à ces âges-là que de veufs. Ce qui peut expliquer que les femmes souffrent plus de la solitude que les hommes et qu’elles prennent des psychotropes », avance le gériatre.

Il est possible de réduire la dose

Mais cette consommation de médicaments n’est pas sans risque, selon le professeur : « Si les antidépresseurs sont relativement bien tolérés, la consommation, régulière d’anxiolytiques peut contribuer à des pertes de mémoire chez les personnes âgées et entraîner des chutes », indique-t-il.

Pour diminuer cette consommation, il existe pourtant des solutions, selon lui : « On ferait bien de développer des activités physiques dans les institutions. Des séances de tai-chi, de yoga et de jeux de ballon, accompagnées de séances de kiné, auraient un effet positif sur cette population. Cela permettrait de restaurer un peu d’estime de soi chez ces seniors et de développer leur tissu social », estime-t-il.