Les Français font (un peu plus) confiance aux médicaments... mais pas aux labos

SONDAGE Le Leem, l’organisation professionnelle des entreprises du médicament opérant en France, publie ce mardi son baromètre de la confiance des Français dans les vaccins, médicaments et entreprises du médicament depuis huit ans…

Oihana Gabriel

— 

Marseille le 8 février 2012 - Illustration sur les médicaments.
Marseille le 8 février 2012 - Illustration sur les médicaments. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • L’observatoire sociétal du médicament du Leem, représentant les entreprises du médicament, renseigne depuis huit ans sur les opinions des Français vis-à-vis des laboratoires et de leurs produits.
  • Le 8e baromètre, réalisé par Ipsos et publié ce mardi, dévoile qu’après une grosse crise, la confiance des Français a légèrement augmenté en 2018 dans les médicaments et les vaccins.
  • En revanche, la défiance, les critiques sur la transparence et l’éthique, continuent de viser les entreprises du médicament.

Peut mieux faire. Le Leem, qui représente 260 entreprises françaises du médicament, dévoilait ce mardi la 8e vague de son Observatoire sociétal du médicament, en partenariat avec Ipsos*. Une succession de pourcentages qui donnent une idée plus précise de la confiance (et de la défiance) des Français vis-à-vis des médicaments, vaccins mais surtout des laboratoires pharmaceutiques.

Une légère amélioration de la confiance dans les médicaments…

Selon ce sondage, 77 % des Français ont confiance globalement dans les médicaments et 83 % dans le médicament précis qu’ils prennent. « C’est un taux qu’envieraient beaucoup d’entreprises », synthétise Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos. Pour autant, cette légère remontée fait suite à une importante érosion de la confiance : si en 2015, 85 % des Français avaient confiance dans les médicaments, ils n’étaient que 76 % en 2017.

Dans le détail, cette confiance fluctue selon le type de médicament. Ceux qui sont remboursés (84 %) et sur ordonnance (83 %) sont dans le peloton de tête tandis que les génériques (69 %) et les médicaments non remboursés (66 %) posent davantage question.

… Et dans les vaccins

Autre donnée intéressante de ce baromètre : la confiance dans les vaccins, dans un contexte de débat très crispé et d’obligation depuis presque un an pour onze vaccins pour les nouveau-nés. Selon ces chiffres, 71 % des Français ont confiance dans les vaccins, un taux stable et en légère progression de deux points par rapport à 2016. Avec une hausse de 18 points chez les 25-34 ans - parfois parents de jeunes enfants- de ceux qui pensent que les vaccins offrent plus de bénéfices que de risques. « On peut faire l’hypothèse que la réaffirmation de l’importance de vacciner par les pouvoirs publics et les médias a pu agir sur cette recrédibilisation des vaccins », avance Brice Teinturier.

Illustration d'un vaccin.
Illustration d'un vaccin. - Pixabay

Une confiance qui ne se retrouve pas pour l’industrie

Mais cette confiance élevée ne se retrouve pas quand on interroge les Français sur l’industrie du médicament. En effet, un peu moins d’une personne interrogée sur deux (49 % précisément) a confiance dans ces entreprises, secteur qui se situe dans la moyenne, loin derrière l’aéronautique (77 %) et loin devant le pétrole (27 %). Des indices de confiance qui s’effondrent lorsqu’on aborde les questions d’éthique (34 %) et de transparence (16 %).

« Ce qui est paradoxal, c’est que 79 % des personnes interrogées font confiance aux notices… mais à 32 % aux laboratoires pharmaceutiques qui les produisent », relève le spécialiste des sondages. Le lien entre notice et entreprises reste ignoré par une majorité de Français, « qui par ailleurs lisent massivement les notices », ajoute Philippe Tcheng, président du Leem.

Comment expliquer ce décalage ?

Très clairement, la succession de scandales sanitaires (Mediator, Dépakine, Levothyrox) a durablement écorné l’image des labos. Mais les problèmes de prix excessifs de certains traitements innovants, de pénuries de vaccins et autres médicaments viennent accentuer encore cette crise de confiance. « Ces entreprises travaillent dans un secteur particulier, la santé, qui fait partie des biens intangibles et déconnectés des considérations financières, coût et prix du médicament par exemple », analyse Brice Teinturier.

« Ce déficit de transparence nous semble paradoxal car je ne connais aucun secteur qui soit aussi encadré que le nôtre ! », se défend Philippe Tcheng, président du Leem. En effet, la réglementation interdit aux laboratoires de communiquer des informations directement aux patients. Pas évident donc de faire de la pédagogie… « Les Français ne connaissent pas les contraintes qui pèsent sur les entreprises du médicament, qui ne peuvent s’exprimer sur leurs produits », renchérit Brice Teinturier. Pour mieux faire connaître leur fonctionnement, le Leem envisage donc de renforcer le dialogue avec les interlocuteurs, autorités, médecins mais aussi associations de patients. « Nous devons améliorer notre relation avec les associations de patients, qui sont de plus en plus experts et décisionnaires dans les traitements, en particulier des maladies chroniques », assure le président du Leem.

A lire aussi :

* Enquête réalisée du 28 août au 5 septembre auprès de 1.000 individus représentatifs de la population de plus de 18 ans et 250 patients chroniques.