Lancement du DMP: Comment gérer son dossier médical partagé, un carnet de santé numérique?

MEDECINE Après quatorze ans de doutes et deux ans de tests, le dossier médical partagé est déployé à partir de ce mardi sur toute la France...

Oihana Gabriel

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Le dossier médical partagé peut être créé par un professionnel de santé ou par le patient seul, à condition qu'il soit majeur et qu'il ait une carte vitale.
Le dossier médical partagé peut être créé par un professionnel de santé ou par le patient seul, à condition qu'il soit majeur et qu'il ait une carte vitale. — Pixabay
  • Le dossier médical partagé (DMP) est une sorte de carnet de santé numérique, une mémoire de votre historique sanitaire, qui permettra aux patients comme aux professionnels de santé d’accéder partout et tout le temps aux données de santé.
  • Mais ce déploiement repose sur l’engagement des professionnels de santé, qui devront ouvrir et alimenter ces dossiers numériques, mais aussi des patients.
  • En effet, ces derniers pourront insérer ou masquer des informations dans ce DMP, autoriser ou non certains médecins d’y accéder…

« Le dossier médical partagé doit devenir une évidence, un peu comme la carte vitale », introduit Agnès Buzyn, ministre de la Santé lors de la présentation ce mardi matin du fameux DMP. Un sigle que vous risquez d’entendre beaucoup ces prochaines semaines et mois. Le dossier médical partagé (DMP), un carnet de santé en ligne piloté par l’Assurance maladie et testé pendant deux ans dans neuf zones pilotes, est généralisé à la France entière à partir de ce mardi. Et devrait faciliter la vie des professionnels de santé comme des patients.

« Aujourd’hui, le fait que les Français ne disposent pas de leur historique médical induit une perte de temps, d’informations et parfois de chance », insiste la ministre. Qui espère que ce nouveau lancement sera le bon… Imaginé dès 2014, ce vieux serpent de mer pourrait enfin prendre son envol. A condition que patients comme soignants prennent le train en marche. Car il faudra prendre le temps, le réflexe et avoir un accès à des logiciels qui facilitent ce nouveau procédé pour que ce DMP devienne une véritable révolution dans notre santé. D’où l’importance de saisir comment ce DMP peut être créé, alimenté, enrichi…

  • Qui peut avoir un dossier médical partagé ?

Ce DMP est accessible à tous les affiliés de la Sécu, mineurs comme majeurs, bien portants comme malades, mais surtout qui le souhaitent ! Car avoir son DMP n’est pas obligatoire et repose sur le consentement du patient. « Vous ne serez pas moins remboursés si vous n’avez pas de DMP », ironise-t-on à l’Assurance maladie. Qui espère tout de même convaincre jusqu’à 40 millions de Français d’ici cinq ans…

Mais est-ce qu’une personne âgée, qui n’a ni smartphone, ni ordinateur, peut avoir un DPM ? Oui, dans ce cas c’est un professionnel de santé, son médecin traitant ou l’infirmière de l’Ehpad par exemple, qui ouvre, alimente et lit les informations du dossier au patient peu connecté ou dépendant.

  • Et comment l’ouvrir ?

Deux possibilités : soit avec l’aide d’un professionnel de santé, soit seul sur Internet. Dans le premier cas, le patient peut demander un coup de main à son pharmacien, son infirmière, son médecin traitant. Ou bien s’adresser à sa caisse d’Assurance maladie avec sa carte vitale.

En revanche, pour ouvrir ce carnet de santé numérique seul sur Internet, il faut être majeur et assuré aux régimes suivants : Régime Général, Cavimac, ENIM, MGP, MNH, Solsantis, Harmonie Fonction Publique, CANSSM, LMDE.

Rendez-vous sur le site dmp.fr : on commence par demander un code d’identification, qui sera envoyé rapidement soit sur votre mail (celui connu par ameli.fr) ou par courrier. Ensuite, il faut se munir de ce code de création, de votre numéro de sécurité sociale et de votre numéro de carte vitale pour ouvrir un DPM. On vous demandera ensuite un mail ou un numéro de portable, qui vous permettront par la suite de recevoir un code unique pour vous connecter. A condition que tout marche…

J’ai testé pour vous, et après cinq messages d’erreur, j’ai réussi à créer mon dossier personnel en 25 minutes environ. Et pour accélérer le mouvement, à partir du 19 novembre, l’Assurance maladie va envoyer un mail à 15 millions d’assurés avec leur code d’activation.

  • Quelles informations va-t-on y trouver ?

Ce dossier personnel, confidentiel, numérique, gratuit, permet de centraliser toutes vos informations de santé, les mettre à jour tout au long de votre vie et les partager avec vos professionnels de santé. Elles sont d’autant plus importantes par exemple en cas d’urgence ou pour le suivi d’une maladie chronique. Ce dossier se présente sous la forme de huit rubriques. Dont la plus importante n’est autre qu’une synthèse, une fiche standardisée où l’un de vos médecins, en général le médecin traitant, pourra rentrer les informations capitales : antécédents, groupe sanguin, traitement en cours, allergies… Car un médecin pressé ne prendra pas le temps de lire 50 examens en pdf, mais aura l’essentiel dans ce document.

Et cette architecture devrait évoluer au fur et à mesure. Par exemple, une rubrique sera consacrée à votre carnet de vaccination, vous pourrez également préciser vos directives anticipées à partir d’avril 2019. Autant d’informations accessibles sur un ordinateur ou sur l’appli pour smartphone.

  • Qui le remplit ?

C’est là que ça devient complexe. Les professionnels de santé (généralistes, spécialistes, infirmiers, kiné…), qui ont au préalable reçu votre accord, peuvent ajouter des informations dans ce DMP : hospitalisation (durée, raison…), analyses (notamment prise de sang), consultations, traitements… Ce DMP sera automatiquement alimenté par l’Assurance maladie, qui 24 à 48 heures après l’ouverture du dossier, y insère l’historique des remboursements des deux dernières années, mais sous forme d’informations médicales et non des montants remboursés. Et petit à petit, les cabinets libéraux et les hôpitaux vont s’équiper pour avoir des logiciels DMP compatibles pour faciliter le transfert d’informations sans faire perdre du temps aux praticiens.

Le patient est également invité à alimenter son dossier. Mais dans une seule rubrique : son espace personnel. Dans laquelle il peut, sous la forme d’un texte libre, donner des informations sur par exemple sa personne de confiance à prévenir si jamais il est inconscient, ou scanner des comptes rendus d’opération pour éviter de les perdre.

  • Qui a accès à quelles informations ?

Seuls les professionnels de santé autorisés par le patient (qui doivent justifier d’une carte professionnelle) et le patient pourront visualiser ce DMP. Avec un cas particulier, celui de l’hôpital où c’est une équipe entière qui prend en charge un patient.

Ni les médecins du travail, ni les mutuelles, ni votre personne de confiance, encore moins les banques avant de signer un prêt immobilier, ne pourront y jeter un œil. Et le patient peut décider d’interdire l’accès à certains professionnels de santé, ne voyant pas forcément l’intérêt que son cardiologue ait accès à ses examens gynécologiques, ou masquer certains documents à tous les professionnels de santé, excepté son médecin traitant. Par ailleurs, il peut voir qui a consulté son DMP.

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Quel est l’intérêt de ce dossier médical partagé ? Quelle sécurité pour ces données sensibles ? Est-ce que je peux seul ouvrir un DMP pour mes enfants ou une personne âgée dépendante ? Pas évident pour le moment de savoir comment ce dossier médical en ligne va changer nos habitudes… Si vous avez d’autres questions sur ce DMP, vous pouvez les envoyer soit dans les commentaires, soit par mail sur témoignez@20minutes.fr. Je tenterai de répondre à vos interrogations dans un autre article.