Marseille : Une technique de cryopréservation pour les greffes de ligaments avec des résultats «sans commune mesure»

INNOVATION MEDICALE Le chirurgien Matthieu Ollivier utilise la cryopréservation pour greffer les ligaments des genoux dans les cas les plus graves... 

Adrien Max

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Illustration d'une opération du genou.
Illustration d'une opération du genou. — DOMINIQUE FAGET / AFP
  • Matthieu Ollivier, chirurgien orthopédiste spécialisé dans la chirurgie du genou du sportif utilise une technique de cryopréservation des greffons dans le cadre de greffe de ligaments.
  • Grâce à cette technique développée avec le Don du sang, les greffons peuvent être conservés de cinq à dix ans.
  • Cette technique permet également de faire chuter le risque de rejet du greffon, et les patients retrouvent l’utilisation de leur genou, malgré de graves blessures.

Une technique dont les résultats sont plus que probants. En partenariat avec le Don du sang, Matthieu Ollivier, chirurgien orthopédiste spécialisé dans la chirurgie du genou du sportif, à l’hôpital Sainte-Marguerite de Marseille, a développé une nouvelle technique pour la greffe des ligaments des genoux. Grâce à la cryopréservation, technique développée à Marseille, couplée à une technique chirurgicale développée à Versailles, les personnes souffrant de graves ruptures des ligaments parviennent à retrouver du « confort ». 20 Minutes vous explique tout sur cette avancée, récemment publiée dans la revue de référence American Journal of Sport Medecine.

Une technique qui s’adresse aux grands blessés. Ce genre d’opération des ligaments concerne les blessures graves qui touchent plusieurs ligaments à la fois. « Il s’agit de chocs très violents qui vont impacter le ligament antérieur et postérieur, ainsi qu’un ligament interne et/ou externe, on parle alors de « triade », cela peut concerner encore plus de ligaments », détaille Matthieu Ollivier.

Ces blessures résultent essentiellement d’accidents de deux roues, ou dans certains cas elles sont liées à la pratique de sport extrême comme le kitesurf ou le ski.

« Dans ces cas, le genou n’est plus commandé, il se peut même que le tibia et le fémur ne tiennent plus ensemble », précise le chirurgien.

La difficulté de trouver un donneur. Comme dans le cas de nombreuses greffes, il est difficile de trouver un donneur de ligaments. Tout le monde peut être donneur, mais contrairement aux USA où un vrai commerce s’est développé, le nombre de donneur reste assez faible en France. Le nombre de greffons reste donc très limité. Il devient alors essentiel de trouver une technique afin de conserver le tendon plusieurs mois, voire plusieurs années, après la mort du donneur.

La Cryopréservation grâce à la vapeur d’azote. La technique de Cryopréservation utilisée par le chirurgien permet justement de congeler les ligaments pour une durée de cinq à dix ans.

« La congélation à - 40 °C pouvait laisser certains virus ou bactéries dans les cellules, nous étions obligés d’administrer des antibiotiques. Aux USA, ils allaient même jusqu’à irradier les greffons. Alors que rien ne résiste à la cryogénisation à - 180 °C avec la vapeur d’azote, les cellules meurent et le reste avec, seul les tissus restent intacts », détaille Matthieu Ollivier.

Ainsi le risque de rejet est beaucoup moins important qu’avec les autres techniques. « Là il s’agit de tissu, nous n’avons pas besoin des cellules qui sont recréées directement par le corps de la personne transplantée. Ce ne pourrait bien sûr pas être le cas avec un cœur, qui doit être vivant pour être transplanté », précise-t-il.

Aucun cas de rejet. Depuis l’utilisation de cette technique pour les greffes de ligaments il y a trois ans, aucun cas de rejet n’a été recensé par le chirurgien. « Ce sont des opérations très complexes, qui peuvent durer jusqu’à trois heures. On essaye de tout réparer alors que les patients avaient des risques de ne jamais remarcher », rappelle le chirurgien. Et les résultats sont « sans aucune mesure ».

« Nous n’avons pas besoin d’utiliser d’antibiotiques, et nous parvenons à rendre les genoux confortables. Bien sûr les cas sont si graves qu’ils ne pourront plus pratiquer un sport à haut niveau, mais ils remarchent sans boiter, et sans gêne », se réjouit Matthieu Ollivier.