Horloge biologique: Comment mieux informer les Français sur la fertilité?

FEMMES Alors qu'on débat de l'autorisation de la congélation d'ovocytes et qu'un bilan de fertilité pour toutes vient d'apparaître, certains alertent sur le manque de connaissance des Français sur la fertilité...

Oihana Gabriel

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Illustration d'une chambre d'enfant vide. En France aujourd'hui, un couple sur six rencontre des difficultés pour concevoir. Mais sensibiliser sur l'horloge biologique et proposer des bilans de fertilité à toutes les femmes assez tôt pourrait peut être faire baisser le nombre de PMA.
Illustration d'une chambre d'enfant vide. En France aujourd'hui, un couple sur six rencontre des difficultés pour concevoir. Mais sensibiliser sur l'horloge biologique et proposer des bilans de fertilité à toutes les femmes assez tôt pourrait peut être faire baisser le nombre de PMA. — Pixabay
  • Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) s’est déclaré favorable à l’autoconservation des ovocytes en prévision d’éventuels problèmes de fertilité dus à l’âge, après 35 ans.
  • Cette option a reçu un accueil réservé de la ministre de la Santé, qui a rappelé dimanche sur RTL qu’une grossesse à 40 ans n’était pas sans risque.
  • Or, les Français sont globalement mal informés sur la fertilité, alors que l’infertilité concerne un couple sur six.
  • Sensibilisation dès le collège, information systématique par la Sécu, remboursement des bilans de fertilité pour toutes… « 20 Minutes » passe en revue quelques pistes pour y remédier.

« Je vois tant de femmes malheureuses à ma consultation pendant leur parcours de Procréation médicalement assistée (PMA), c’est dommage de ne pas les alerter avant sur la baisse de la fertilité », regrette Nathalie Massin, médecin de la reproduction à l’hôpital intercommunal de Créteil (Val-de Marne). Alors que les débats autour de l’autorisation de la congélation d’ovocytes ne font que commencer, beaucoup de médecins alertent sur le manque d’information des Français concernant la fertilité. Sensibiliser en amont pourrait, en effet, être un premier pas intéressant pour éviter à certains un parcours de PMA long et douloureux.

Méconnaissance sur la fertilité

Dans un avis rendu en septembre, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) s’est déclaré favorable à l’autoconservation des ovocytes en prévision d’éventuels problèmes de fertilité dus à l’âge, après 35 ans. Interrogée sur cette option, Agnès Buzyn a réagi sur RTL-Le Figaro-LCI dimanche : « je suis favorable à tout ce qui ouvre et donne plus de liberté, mais je souhaiterais qu’il y ait quand même des garde-fous pour que toutes les femmes à l’âge de 30 ans en France ne décident pas de congeler leurs ovocytes pour faire des enfants à 40 ans ».

Une mise en garde reprise par Célia Ravel, biologiste de la reproduction au CHU de Rennes. « Il faut rappeler qu’une grossesse tardive, à plus de 40 ans, est potentiellement à risques de complication pour la maman et le bébé. »

Le problème, c’est qu’une partie des Français manquent de repères clairs sur la fertilité… Un déficit déjà pointé en 2009 par un sondage pour le Collège des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) qui montrait que les Français, en moyenne, pensent qu’une femme de 40 ans a 27 % de chances d’être enceinte à chaque cycle… alors que la probabilité se situe entre 4 et 6 %.

« Il y a clairement une méconnaissance des limites physiologiques du corps féminin, regrette Célia Ravel. Il faut que les femmes sachent qu’à 40 ans, une femme est vieille, pas seulement ses ovaires, mais tout son corps. » Une formule qui peut brusquer… Car ne pas avoir d’enfant avant 35 ans n’est pas toujours un choix. « Je crois qu’il y a un double frein, la difficulté à trouver un emploi stable et à trouver la bonne personne au bon moment », reconnaît cette spécialiste de la reproduction.

Au risque de choquer, rappelons donc les chiffres du CNGOF : « la fécondabilité d’un couple est de 25 % par cycle à l’âge de 25 ans pour la femme, 12 % à 35 ans et seulement 6 % à 42 ans (avec 50 % d’avortements spontanés, soit 3 % d’enfants de retour à la maison !) ».

Manger salé pour un garçon et sucré pour une fille, serait-ce le secret pour choisir naturellement le sexe de son futur bébé?
Manger salé pour un garçon et sucré pour une fille, serait-ce le secret pour choisir naturellement le sexe de son futur bébé? - WIDMANN PETER/TPH/SIPA

Problèmes d’infertilité en hausse

Aujourd’hui en France, un couple sur six rencontre des difficultés pour concevoir un enfant. « On voit de plus en plus de jeunes femmes qui présentent des insuffisances ovariennes jeunes, alerte Célia Ravel. De la même façon qu’il y a une diminution de la qualité du sperme. C’est criant et injuste pour une femme qui se trouve jeune et qui n’a pas encore construit son projet parental… » D’autant que les injonctions sociétales à avoir des enfants, pas trop tard donc, mener une carrière brillante, trouver le partenaire idéal rentrent parfois en collision…

Un bilan de fertilité remboursé que pour les couples infertiles

« Les femmes voient dans les médias ces actrices qui font des bébés après 40 ans, mais c’est une illusion, prévient Nathalie Massin. Beaucoup de mes patientes regrettent d’avoir perdu du temps. » Aujourd’hui, les bilans de fertilité ne sont proposés et remboursés qu’aux couples qui essayent de procréer depuis six mois à deux ans selon l’âge des patients… et selon les spécialistes.

En pratique, ce bilan consiste à réaliser un spermogramme à Monsieur, et à mesurer la réserve ovarienne de Madame. Car chaque femme naît avec un stock d’ovocytes, qu’on appelle réserve ovarienne. Plus le nombre de follicules (qui contiennent un ovocyte) sera élevé, plus la femme a des chances de pouvoir concevoir longtemps. Plusieurs examens sont proposés à ces femmes : une échographie doublée en général d’un dosage hormonal (AMH).

Or aujourd’hui, un des examens de la prise de sang, pour mesurer l’AMH n’est pas pris en charge (autour de 50 euros). Après un rapport de la HAS, il devrait prochainement être remboursé… mais uniquement pour celles chez qui une maladie ou une infertilité ont été détectés. On est donc loin d’un accès pour toutes à ces bilans de fertilité…

Un message difficile à passer pour les gynécos

Et ce sont les gynécologues qui sont en première ligne pour délivrer cette information sur la fertilité. « Quand on prescrit la pilule, on peut rappeler que c’est fondamental de décider de ne pas faire d’enfant quand on n’en veut pas, mais qu’on ne peut pas toujours faire un enfant quand on le souhaite ! », résume Nathalie Massin.

Illustration d'un gynécologue avec sa patiente, le 22 juillet 2013.
Illustration d'un gynécologue avec sa patiente, le 22 juillet 2013. - AFP PHOTO / FRED DUFOUR

Nombre de gynécos avouent leur difficulté à informer sans crisper. « Délivrer un message clair et non culpabilisant n’est pas toujours évident », reconnaît-elle. En effet, les patientes ne sont pas toujours disposées à entendre ce message un poil intrusif, clairement angoissant.

Comment améliorer l’information ?

Pour ces deux spécialistes de l’infertilité, il faudrait prendre le problème bien plus tôt. « Pendant les cours de biologie au collège : on apprend la puberté, il faudrait enseigner aussi la durée de vie de la reproduction, suggère Nathalie Massin. D’autant qu’à l’adolescence, elles sont moins angoissées qu’à 35 ans. » Une proposition reprise et amendée par Célia Ravel. « Il faut sensibiliser les filles, mais aussi les garçons. Les jeunes femmes sont de plus en plus au courant de l’horloge biologique, mais c’est souvent le compagnon qui n’est pas pressé. »

le Pr René Frydman, père du premier bébé-éprouvette en France, suggérait justement il y a quelques mois de proposer à toutes les patientes un bilan de fertilité à 33 ans, comme le relevait franceinfo. « C’est une bonne option à condition que ça ne soit pas imposé, nuance la responsable du centre AMP. Et 33 ans, je pense que c’est peu tard… »

Plus largement, plusieurs professionnels lançaient fin septembre dans Libération un « Appel pour un plan fertilité ». Avec notamment l’idée de « campagnes d’information sur l’infertilité liée à l’âge féminin, avec une information systématique par la Sécurité sociale passé 30 ans ».

Mais l’Etat doit-il s’immiscer dans nos draps ? « Un plan fertilité, c’est une bonne idée, ça permettrait à chaque jeune femme de se situer par rapport à son projet d’enfant », réagit Célia Ravel.

Un examen tout-en-un pour toutes

Nouveauté intéressante, une consultation innovante vient d’ouvrir en octobre. L’hôpital intercommunal de Créteil propose aux femmes, qui ont un projet de maternité dans l’immédiat ou pour l’avenir, de réaliser un « fertilité check-up » qui associe trois démarches. D’abord un questionnaire sur le mode de vie (antécédents, tabac, poids, alimentation…), puis un examen échographique par voie vaginale, pour dépister une endométriose, regarder la réserve ovarienne, la qualité de l’utérus…

« La spécificité de cet examen par rapport à un bilan traditionnel, c’est de rajouter un test qui permet de voir si les trompes sont bouchées, explique Nathalie Massin, également responsable du centre d’AMP de l’hôpital intercommunal de Créteil. Cet examen remplace l’hystérosalpingographie, et s’avère moins douloureux, moins dangereux car il n’y a pas d’irradiation. » Un bilan qui ne donne pas pour autant l’assurance de pouvoir concevoir quand ça vous chante. « Ce qu’on peut donner comme information, c’est que rien ne va bloquer une conception naturelle ou à l’inverse que cette femme a un polype, une endométriose… »

Un bilan tout-en-un rapide, fiable, complet, accessible à toutes, mais qui n’est pas remboursé : la patiente doit débourser 350 euros. « On réalise actuellement une évaluation pour solliciter un remboursement. » Peu probable toutefois que la Sécurité sociale décide de rembourser ces bilans de fertilité pour toutes de suite… « Mais il ne faut pas stresser les femmes : toutes n’ont pas besoin de faire un bilan de fertilité, nuance la spécialiste. On est dans la prévention, l’objectif étant de favoriser la conception naturelle. »

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