Chirurgie, soins: Comment soulager les patients allergiques aux anesthésiants ou aux antidouleur?

SANTE A l’occasion ce lundi de la Journée mondiale contre la douleur, « 20 Minutes » se penche sur la prise en charge thérapeutique des patients allergiques aux médicaments antidouleur ou aux produits anesthésiants…

Anissa Boumediene

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En cas d'allergie médicamenteuse, d'autres options permettent d'offrir au patient une prise en charge de sa douleur.
En cas d'allergie médicamenteuse, d'autres options permettent d'offrir au patient une prise en charge de sa douleur. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • Ce lundi a lieu la Journée mondiale contre la douleur.
  • A cette occasion, « 20 Minutes » se penche sur la prise en charge de la douleur des patients allergiques aux médicaments antidouleur ou aux produits anesthésiants.
  • Si leur allergie est avérée, des alternatives peuvent leur être proposées pour soulager leurs douleurs.

Si on est allergique aux noisettes ou aux poils de chat, c’est contraignant. Mais, a priori, en lisant bien les étiquettes au supermarché et en se tenant à bonne distance des félins, c’est gérable. Mais quand on est allergique aux antalgiques ou aux anti-inflammatoires et que l’on a une migraine à se taper la tête contre les murs ou des règles si douloureuses qu’elles vous paralysent, l’affaire se corse. Et si l’on est allergique au curare et que l’on doit subir une intervention chirurgicale, comment envisager de passer sur le billard sans anesthésie ? A l’occasion ce lundi de la Journée mondiale contre la douleur, 20 Minutes cherche les solutions possibles.

« Je ne peux pas me soigner »

« Je suis allergique aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), à l’aspirine, au paracétamol ainsi qu’à la lidocaïne, détaille Morgane, 27 ans. Je n’ai aucun moyen de soulager les douleurs, puisque, à cause de ces allergies, je suis sujette aux œdèmes de Quincke [une réaction inflammatoire ou allergique qui entraîne un gonflement au niveau de la gorge et qui peut causer un étouffement]. En cas de fièvre, je ne peux pas me soigner et cela devient problématique », raconte celle dont les premières allergies sont apparues à l’âge de 16 ans, « sans raison apparente ».

S’il s’agit d’une véritable allergie à un médicament, « alors la molécule en question sera strictement interdite au patient, définitivement », souligne la Dr Sophie Silcret-Grieu, allergologue. Mais est-on sûr à chaque fois qu’il s’agit bien d’une allergie ? « Bien souvent, on décrète des allergies qui en réalité n’en sont pas, tempère l’allergologue. L’allergie est différente de l’intolérance ou de réactions métaboliques que l’on peut avoir. Le plus souvent, le patient va souffrir d’effets indésirables, pas d’allergie. » Parfois, « c’est l’un des excipients d’un médicament qui peut entraîner une réaction, le lactose par exemple », complète la Dr Delphine Lhuillery, algologue, médecin spécialiste de l’évaluation et du traitement de la douleur. « Je suis allergique au lactose, présent dans une grande majorité de médicaments, raconte Aline. Du coup, pour moi, c’est paracétamol en gélule sans lactose. »

Pour lever le doute et « si l’éviction du médicament est problématique, notamment en cas de maladie inflammatoire, le premier réflexe est de faire pratiquer un bilan allergologique complet, prescrit la Dr Silcret-Grieu. Ce sont des tests qui permettent de déterminer si le patient est véritablement allergique et, si oui, à quelle molécule précisément. Et comme il s’agit de tests médicamenteux, ils doivent être réalisés en service hospitalier d’allergologie, précise l’allergologue. On commence par des tests cutanés, puis on réalise des tests de "provocation", en faisant absorber une petite quantité du médicament en question au patient, placé quelques heures en observation. » C’est d’ailleurs ce qui est au programme pour Morgane. « J’ai pris rendez-vous chez un allergologue et je dois passer une journée à l’hôpital, où l’on va tenter de me réadministrer des médicaments à petites doses pour voir comment mon corps réagit. »

« Si j’ai une urgence, on ne peut rien faire »

Françoise*, jeune septuagénaire, a découvert au bloc opératoire qu’elle était allergique au curare, principale substance utilisée pour pratiquer une anesthésie générale. « J’avais 30 ans, je devais subir une intervention chirurgicale, on m’a injecté l’anesthésie et là, j’ai fait un arrêt cardiaque », raconte-t-elle. Elle est alors réanimée grâce à une piqûre d’adrénaline, et l’intervention est annulée. Quarante ans plus tard, les choses n’ont pas beaucoup évolué pour Françoise. « Souffrant de nombreuses allergies », elle se sent lasse de ne pas pouvoir subir les interventions chirurgicales que requiert pourtant son état de santé. « Si j’ai une urgence, on ne peut rien faire », déplore-t-elle.

« Le choc anaphylactique est un risque de l’anesthésie, confirme le Dr Marc Galy, médecin anesthésiste à l’hôpital Saint-Joseph à Paris. C’est très rare, mais on peut mourir d’un choc allergique. Ainsi, en cas de suspicion d’allergie au curare et autres produits anesthésiants indiqués pour des anesthésies générales, on adresse le patient à un allergologue pour des tests allergiques. » Un problème à prendre « très au sérieux puisqu’une allergie avérée au curare est potentiellement sévère, avertit la Dr Sophie Silcret-Grieu, allergologue. La situation est problématique en cas d’urgence. » Si les résultats sont positifs, il y a toujours des alternatives. « On peut soit endormir le patient sans curare, soit recourir à l’anesthésie loco-régionale », détaille l’anesthésiste. Les produits « anesthésiants locaux sont en effet très peu allergisants, confirme la Dr Silcret-Grieu. Et, dans tous les cas, qu’il s’agisse d’une allergie à un médicament ou à un anesthésiant, on parvient à trouver des alternatives thérapeutiques pour le patient. » L'hypno-sédation peut également parfois être envisagée.

Soulager la douleur avec ou sans médicament

Mais comment soulager la douleur d’un patient en cas d’allergie à un médicament ? « Il faut bien identifier la cause de la douleur pour trouver la molécule la plus indiquée pour la soulager, insiste la Dr Delphine Lhuillery, algologue. Il faut bien distinguer les douleurs inflammatoires, dues à une lésion des tissus (blessure, opération, infection), des douleurs neuropathiques, qui, elles, résultent d’une atteinte aux nerfs, poursuit l’algologue. Leur prise en charge n’est pas la même. Pour gérer les douleurs neuropathiques, les anti-inflammatoires ne sont pas indiqués, on peut utiliser d’autres produits, tels que des antidépresseurs, qui vont agir sur les voies de la douleur pour la neutraliser. »

Mais l’algologue a souvent recours à d’autres solutions. « On peut aussi s’orienter vers une prise en charge non médicamenteuse de la douleur du patient », recommande-t-elle. Plusieurs alternatives peuvent être explorées pour soulager la douleur sans médicament, « en recourant à l'acupuncture notamment, explique la Dr Lhuillery. Mais aussi l’électrostimulation, j’en prescris fréquemment [aux patients qui ne sont pas porteurs d’un pacemaker ou épileptiques]. » Par quel mécanisme l’électrostimulation fonctionne-t-elle ? « Le dispositif provoque une contre-stimulation, c’est-à-dire qu’il stimule les voies de la douleur, répond l’algologue. Cela peut être très efficace pour soulager la douleur, mais certains patients peuvent ne pas y être sensibles. » En pratique, il s’agit de petits appareils, souvent dotés d’électrodes à coller sur la peau, qui vont envoyer de petites impulsions électriques. Plusieurs appareils d’électrothérapie sont ainsi disponibles dans le commerce. Le  Livia (environ 159 euros), cible spécifiquement les règles douloureuses. Certains sont connectés et fonctionnent avec un smartphone ( Bluetens, environ 149 euros) quand d’autres ressemblent à un stylo à positionner sur la zone douloureuse ( Paingone, à partir de 39 euros).

Ainsi, l’électrostimulation permet de soulager un large éventail de douleurs. « C’est indiqué pour les lombalgies des personnes âgées, comme pour les autres patients souffrant de douleurs lombaires, ainsi que pour les douleurs musculaires, énumère la Dr Lhuillery. J’en prescris aussi à mes patientes atteintes d’endométriose et qui sont sujettes à d’intenses douleurs, et ces dispositifs peuvent aussi soulager les migraines liées à un problème de rachis cervical, quand la douleur descend dans le cou, les électrodes ne devant jamais être placées sur la tête, précise l’algologue. Les applications sont multiples pour ces dispositifs qui, s’ils sont prescrits par un médecin de la douleur, sont pour certains remboursés aux patients. »

* Le prénom a été changé.