Octobre rose: Comment les tests génomiques bouleversent le traitement du cancer du sein

RECHERCHE L'arrivée en France de tests génomiques, qui peuvent prédire le risque de métastase et récidive, évitent à beaucoup de patientes la chimiothérapie et ses désagréments...

Oihana Gabriel

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Illustration d'une patiente souffrant d'un cancer du sein à l'Institut Curie.
Illustration d'une patiente souffrant d'un cancer du sein à l'Institut Curie. — Institut Curie
  • Quatre tests génomiques sont commercialisés en France, mais pas remboursés en intégralité par la Sécu. 
  • En étudiant les gènes de la tumeur, ces test aident les oncologues à personnaliser le traitement et le suivi. 
  • Et ainsi épargner à des milliers de patientes une chimiothérapie lourde de conséquence et inutile. 

« Cela serait revenu à utiliser un bazooka pour tuer une mouche ! », s’exclame Nathalie Savariaud. Atteinte d’un cancer du sein en 2012, à seulement 34 ans, Nathalie a depuis été soignée, sans passer par la douloureuse étape chimiothérapie. « Après la chirurgie, on m’a expliqué que je ne rentrais pas dans les cases. Le seul moyen de savoir si la chimio était utile et quel type de chimio, c’était de faire un test génomique. » Un test nommé Oncotype DX, qui s’est depuis démocratisé. Preuve que la médecine prédictive se développe… et révolutionne les traitements des cancers du sein.

Le test génomique, c’est quoi ?

A la différence d’un test génétique, qui étudie directement vos gènes, celui-ci s’intéresse aux gènes de la tumeur. C’est donc post-opération qu’il peut être réalisé. « Ce test va mesurer dans une tumeur l’importance de 21 gènes, ce qui donne des informations sur son agressivité, synthétise Daniel Zarka, chirurgien cancérologue et président de l’Institut français du sein. On va en tirer un score qui va de 0 à 100, plus il est élevé, plus le risque est grand d’avoir des métastases et des récidives. Si le score est très bas, on ne va pas donner de chimio et on se contente de l’hormonothérapie. »

Un outil particulièrement utile pour les cancérologues. Car d’habitude, après avoir retiré la tumeur, on propose aux patientes un protocole en fonction des critères statistiques, âge, taille de la tumeur, métastases… « C’est une vraie révolution et un premier pas vers une médecine personnalisée, reprend le chirurgien. Je m’en sers beaucoup et son utilisation devient fréquente. »

Eviter des effets secondaires lourds… et inutiles

Car éviter les nausées, perte de cheveux et de cils, fatigue et autres désagréments de la chimiothérapie n’est pas une maigre affaire. Surtout pour une maladie qui touche 54.000 patientes chaque année. « Je souffre encore des conséquences de l’hormonothérapie et des rayons, alors je me dis, mon Dieu, si en plus il avait fallu faire une chimio qui n’aurait eu aucun effet… », souffle Nathalie.

Pour elle, c’est une évidence, ce test devrait être généralisé. « La médecine prédictive est à la mode, mais ce n’est pas tout à fait gagné, nuance-t-elle. Quand on a la chance d’avoir un test qui a fait ses preuves et une telle utilité, il faut le proposer à un maximum de patientes. Cela pourrait permettre de gagner du temps, de l’argent et surtout d’éviter des traitements lourds de conséquences pour les patientes. »

Autre avantage : ils mesurent également le risque de récidive sur dix ans. Et à l’avenir, les oncologues pourraient grâce à ces tests proposer un suivi post-traitement à la carte. Très rapproché pour celles qui en ont besoin et moins lourd pour les autres. C’est autant de temps gagné et de stress en moins pour ces patientes… et d’économies pour la collectivité. A l’heure où l’on cherche à lutter contre le surdiagnostic et le surtraitement, ces tests génomiques devraient devenir des outils indispensables à l’avenir. « Ces tests peuvent être utiles pour un certain nombre de cas, avec un objectif de désescalade thérapeutique dans des situations où on hésite, nuance Dominique Stoppa-Lyonnet, chef de service de génétique de l’Institut Curie et enseignante à l’université Paris-Descartes. Mais le fait qu’il y ait plusieurs tests et qu’ils ne s’intéressent pas aux mêmes gênes me trouble un peu. »

Une médecine prédictive en plein développement

En effet, quatre tests génomiques sont aujourd’hui commercialisés dans l’hexagone : MammaPrint, Pam50-Prosigna TM, Endopredict et Oncotype DX. Ce dernier semble être le plus étudié et validé scientifiquement. En effet, l’étude Taylor X, dévoilée en juin, a démontré que ce test permet d’éviter une chimiothérapie chez deux tiers (70 %) des patientes atteintes de la forme la plus commune de cancer du sein. « Des milliers de femmes ont ainsi évité la chimiothérapie », reprend le Dr Zalka.

Et si la recherche s’est d’abord penchée sur la question de l’utilité de la chimiothérapie, « on commence à s’intéresser à l’utilité des rayons ou la durée de l’hormonothérapie. ». On peut donc imaginer que dans quelques années, une patiente souffrant d’un cancer du sein se verra proposer un traitement totalement personnalisé avec tel médicament, pour tant de temps et à telle dose…

La question du remboursement

En attendant, la question du coût s’avère épineuse. Nathalie a à l’époque dû payer de sa poche ce test génomique. « J’ai raclé les fonds de tiroir, mais tout le monde n’a pas 3.200 euros disponibles ! », reprend celle qui a créé Life is rose, une association qui soutient les patients que le cancer a précarisés.

Depuis, du chemin pour élargir l’accès à ce test révolutionnaire a été parcouru. En effet, depuis 2016, ces tests sont en partie remboursés, à hauteur de 1.850 euros, par un budget dédié aux traitements innovants du ministère de la santé. Mais pour combien de temps ? « Cela peut s’arrêter du jour au lendemain », regrette Nathalie. Qui espère, comme certains spécialistes, que ces tests génomiques révolutionnaires seront bientôt pris en charge en intégralité par la Sécurité sociale. Justement, la Haute autorité de santé (HAS) s'est autosaisit en mars 2017 de la question d'un éventuel remboursement de ces tests et a lancé une évaluation. Et confirme à 20 Minutes que les conclusions devraient être connues d'ici la fin de l'année. 

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