Non, la chimiothérapie ne tue pas 50% des patients atteints d'un cancer

FAKE OFF Un article très partagé sur Facebook affirme que 50% des patients atteints d'un cancer meurent à cause de la chimiothérapie...

Alexis Orsini

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L'intox sur la chimiothérapie a été partagée plus de 11.000 fois.
L'intox sur la chimiothérapie a été partagée plus de 11.000 fois. — capture d'écran
  • Le site « Santé Plus Mag » affirme, dans un article, que 50% des patients atteints d'un cancer et traités par chimiothérapie meurent de cette dernière.
  • Il s'appuie sur une étude britannique réalisée en 2016.
  • Mais il livre ainsi une interprétation erronée de ses conclusions, même si la chimiothérapie présente bien des risques, comme l'expliquent deux spécialistes à 20 Minutes.

« Une nouvelle étude démontre que 50% des patients cancéreux sont tués par chimiothérapie, pas par le cancer ». Sous ce titre choc, le site Santé Plus Mag – coutumier des intox médicales – entend détailler les résultats d’un travail mené au Royaume-Uni sur des patients atteints d’un cancer du sein ou du poumon.

« En clair, [cette étude montre] que le traitement de chimiothérapie est la cause principale du décès plutôt que [le] cancer lui-même et toujours selon les résultats de l’étude, environ 8,4% des patients atteints d’un cancer du poumon et 2,4% de ceux atteints d’un cancer du sein sont décédés en un mois » avance l’article.

Or, l’étude citée n’aboutit pas du tout à la même conclusion que celle qui lui est prêtée par Santé Plus Mag… et n’a par ailleurs rien de nouveau puisqu’elle a été publiée en 2016, soit deux ans avant ce texte, partagé plus de 11.000 fois sur Facebook depuis août dernier.

FAKE OFF

La fiabilité de l’étude et de ses auteurs ne pose nullement problème : elle a été menée au Royaume-Uni par une agence du ministère de la Santé et l’association caritative Cancer Research UK entre le 1er janvier et le 31 décembre 2014. Réalisée auprès de 23.228 patientes atteintes d’un cancer du sein et 9.634 patients traités pour un cancer du poumon, elle visait à évaluer leur taux de mortalité dans les 30 jours suivant le début d’un traitement avec chimiothérapie.

D’après ses résultats, près de 2,4 % des patients du premier groupe et près de 8,4 % du second sont bien décédés sur cette période, comme l’affirme Santé Plus Mag. Mais certains médias britanniques ayant relayé l’étude ont pointé du doigt une statistique alarmante : un taux de décès sur 30 jours grimpant à 50 % dans certains établissements. The Telegraph affirmait ainsi, en août 2016 : « A [l’hôpital] Milton Keynes, le taux de décès pour les patients traités pour un cancer du poumon est de 50,9 %, bien qu’il soit basé sur un très petit nombre de patients. »

C’est cette dernière statistique, propre à un hôpital britannique en particulier, que Santé Plus Mag reprend pour affirmer abusivement, en titre, que « 50% des patients cancéreux sont tués par chimiothérapie, pas par le cancer » – sans jamais mentionner cette statistique dans son article. L’assertion est d’autant plus incorrecte que le taux de mortalité de Milton Keynes n’a jamais été de 50 % : il se limitait, selon la version détaillée de l’étude, à un unique décès... sur un total de 6 patients.

Le chiffre de 50,9% repris par The Telegraph correspond en réalité au taux de mortalité ajusté au risque – nullement indicatif du taux de mortalité réel et concret, de 16,7%.
En outre, l’établissement a depuis publié un communiqué indiquant que la cause du décès avait été mal diagnostiquée, ce qui réduisait son nombre de patients traités pour ce cas précis à 5… et à 0 décès.

Illustration d'un hôpital.
Illustration d'un hôpital. - Pixabay

« Les risques sont propres à chaque type de chimiothérapie »

Si la statistique alarmante brandie par Santé Plus Mag est donc fausse – et son titre directement traduit d’un article du site anglophone Natural News, spécialisé dans la promotion de méthodes de soin naturelles –, la chimiothérapie n’est pas dénuée de potentiels effets négatifs. « Comme tout traitement médical, elle présente des risques d’effets secondaires. On le voit bien en pratique, puisque certains patients qui suivent un traitement contre un type précis de cancer perdent leurs cheveux, et d’autres non » explique Jean-François Tourtelier, président de la section Ille-et-Villaine de La Ligue contre le cancer. 

« Les risques sont propres à chaque type de chimiothérapie, il y a une infinité de possibilités selon la chimiothérapie, l’état de santé des patients… L’âge, le poids, l’étendue de la maladie sont aussi des paramètres cruciaux qui sont toujours envisagés par les médecins » précise le docteur Paul Cottu, chef adjoint du département d’oncologie médicale à l’Institut Curie.

Dans son article, Santé Plus Mag préconise en outre d’autres formes de soin : « En cas de cancer, il est nécessaire d’examiner avec son médecin toutes les alternatives à la chimiothérapie, il en existe aujourd’hui et de plus en plus, la science avance à grand pas dans ce sens. Il sera utile également d’explorer en complément des prescriptions du médecin, les thérapies alternatives (Hypnose, cure de vitamine C pure par intraveineuse, Huile de cannabis médical, Reiki, Chi Nei Tsang…) »

Des propositions qui n’ont rien d’une véritable alternative, comme l’explique Paul Cottu : « Ces méthodes font partie de la prise en charge globale pour améliorer le confort mais ce ne sont pas des traitements. C’est la même chose pour le curcuma [également recommandé dans l’article], qui n’a pas d’efficacité médicamenteuse prouvée. » Une étude de l’université de Yale a en revanche démontré que les adeptes des seules médecines alternatives en la matière voient en moyenne leur risque de décès doublé, cinq ans après leur diagnostic.

Si les discours alarmants sur les chimiothérapies connaissent un certain succès en ligne – à l’instar de propos vieux de 50 ans –, Paul Cottu rappelle une donnée importante : « La France reste l’un des pays du monde où les personnes atteintes d’un cancer ont le taux d’espérance de vie le plus long. »

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