Vous n'arrivez pas à arrêter de fumer: Et si c'était à cause de vos gènes?

TABAC Une étude publiée ce jeudi dans la revue scientifique « Current Biology » démontre un lien entre une mutation génétique et un risque plus élevé de reprise de la cigarette après un sevrage tabagique…

Anissa Boumediene

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Les fumeurs porteurs de cette mutation génétique auraient plus de risques de rechute après un sevrage tabagique.
Les fumeurs porteurs de cette mutation génétique auraient plus de risques de rechute après un sevrage tabagique. — DUCLOS ALEXIS/SIPA
  • L’addiction au tabac est une maladie chronique à fort taux de rechute et représente la première cause de morts évitables dans les pays développés.
  • Sept millions de personnes meurent à cause du tabagisme chaque année dans le monde.
  • Une étude menée par une équipe de chercheurs français publiée ce jeudi dans la revue scientifique Current Biology démontre un lien entre une mutation génétique et un plus fort risque de rechute après un sevrage tabagique.

Vous n’arrêtez pas d’arrêter de fumer ? Vous avez pourtant envie d’arrêter la cigarette pour de bon, mais chaque tentative se solde par un échec et une clope au bec. Si l’addiction au tabac est multifactorielle et peut être tenace, l’une des causes des rechutes pourrait bien être à chercher du côté de vos gènes. Selon une étude menée par les chercheurs du CNRS et de l’Inserm publiée ce jeudi dans la revue Current Biology, « une mutation présente dans le gène CHRNA5 codant pour la sous-unité a5 des récepteurs nicotiniques » est impliquée dans le comportement de rechute. En clair, les porteurs de cette mutation génétique ont plus de risques de reprendre la cigarette.

Un risque plus élevé de rechute

Dans la cigarette, ce qui rend accro, c’est la nicotine, le principal composé psychoactif du tabac, qui vient se fixer sur les récepteurs nicotiniques présents dans le cerveau. Lorsqu’on fume, la nicotine libère de la dopamine et active le circuit de la récompense, procurant ainsi une sensation de bien-être. Donc, si on est fumeur, plus nos récepteurs nicotiniques sont sensibles et plus on est accro au tabac.

Or, « plusieurs études de génétique humaine ont déjà démontré que cette mutation génétique accroît le risque d’addiction au tabac, explique Benoît Forget, chercheur au sein de l’Unité de Neurobiologie Intégrative des Systèmes Cholinergiques (Institut Pasteur/ CNRS) et premier auteur de l’étude. Partant de ce postulat, nous avons cherché à déterminer quelle phase de l’addiction à la nicotine était affectée par la présence de cette mutation et quel pouvait être son rôle dans la rechute », poursuit le chercheur.

35 % des Européens porteurs de cette mutation génétique

Pour mener ses travaux, l’équipe de chercheurs a donc introduit cette mutation génétique chez le rat et observé son comportement face à la nicotine. « Nous avons à la fois constaté que cette mutation génétique entraînait une plus forte consommation de nicotine à des doses élevées, et découvert qu’elle induisait une proportion plus élevée de rechute après sevrage nicotinique », indique Benoît Forget. Par quel mécanisme ? « Sous l’influence de la mutation génétique, la forte rechute est liée à une réduction de l’activation des neurones du noyau interpédonculaire », répond le chercheur.

Kézako ? Lorsqu’un fumeur arrête le tabac, les symptômes du sevrage nicotinique sont gérés par un groupe très spécifique de neurones, localisés dans une région très précise du cerveau : le noyau interpédonculaire. "Cette structure cérébrale, qui contient la majorité des sous-unités Alpha5 des récepteurs nicotiniques, est composée essentiellement de neurones inhibiteurs", ajoute Benoît Forget. En réduisant l’activité de cette région du cerveau, « la mutation génétique pourrait participer à l’activation d’autres structures cérébrales impliquées dans la rechute et donc conduire le fumeur sevré à retomber dans l’addiction lorsqu’il est exposé de nouveau à une cigarette, détaille le chercheur. C’est une découverte fondamentale puisque 35 % des Européens sont porteurs de cette mutation génétique. Un chiffre qui grimpe à près de 50 % de la population au Moyen-Orient ».

Des pistes thérapeutiques envisagées

Mais une fois que l’on a fait cette découverte, quel espoir permet-elle de nourrir dans la lutte contre l’addiction au tabac ? « En mettant le doigt sur une sous-unité spécifique de récepteurs nicotiniques, on peut envisager des pistes thérapeutiques permettant d’imaginer une action très ciblée », projette Benoît Forget. Ces résultats « suggèrent qu’un médicament capable d’augmenter l’activité des récepteurs nicotiniques contenant la sous-unité α5 pourrait permettre de réduire la consommation de tabac et le risque de rechute après sevrage », ajoute Uwe Maskos, responsable de l’unité de Neurobiologie intégrative des systèmes cholinergiques (Institut Pasteur/CNRS), coauteur de l’étude.

Comment cette voie thérapeutique fonctionnerait-elle ? « Si l’on parvient à développer des médicaments capables d’augmenter l’activation des neurones du noyau interpédonculaire, cela pourrait aider le cerveau à mieux gérer l'envie de fumer après le sevrage tabagique, imagine Benoît Forget. Un tel médicament permettrait ainsi de réduire la consommation de nicotine non seulement chez les personnes porteuses de la mutation génétique, voire aussi chez les fumeurs qui n’en sont pas porteurs, mais aussi de prévenir la rechute après un sevrage tabagique. C’est d’autant plus intéressant que, en ciblant des récepteurs localisés dans certaines structures particulières du cerveau, cette piste thérapeutique permet d’espérer à terme obtenir un effet thérapeutique de pointe, très ciblé et sans trop d’effets secondaires ».

Une piste thérapeutique plus que prometteuse quand on sait que l’addiction au tabac est une maladie chronique à fort taux de rechute et représente la première cause de morts évitables dans les pays développés. Chaque année, sept millions de personnes meurent à cause du tabagisme dans le monde.