Victime de l’Androcur, elle alerte les autorités sur les dangers du médicament

SCANDALE Après douze ans de traitement, Marlène Vault a été opérée pour une grave tumeur au cerveau...

Jérôme Gicquel

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Après un traitement d'Androcur de douze ans, Marlène Vault a été opérée d'une tumeur au cerveau.
Après un traitement d'Androcur de douze ans, Marlène Vault a été opérée d'une tumeur au cerveau. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • Victime de l’Androcur, Marlène Vault a été opérée d’une grave tumeur au cerveau il y a dix mois. Elle a découvert que sa maladie était liée à ce médicament qu’elle prenait depuis douze ans comme contraceptif.
  • Elle se bat depuis pour alerter les autorités et réclamer une meilleure surveillance autour de ce médicament.
  • La ministre de la Santé a quant à elle estimé que l’Androcur n’était pas « un scandale sanitaire ».

Voilà dix mois que la vie de Marlène Vault a basculé. Le 5 décembre 2017 précisément. Ce jour-là, le programme s’annonçait des plus classiques : emmener son fils de 5 ans à l’école avant d’attaquer une journée de boulot. Mais au réveil quelque chose ne tourne pas rond. « J’ai été prise de gros troubles du langage. Mon fils ne comprenait rien à ce que je disais », raconte cette ancienne assistante sociale, reconvertie en mandataire judiciaire. Son médecin lui conseille alors de se rendre aux urgences.

Après avoir passé une IRM, le verdict tombe. Marlène souffre d’une grosse tumeur au cerveau. Elle est opérée en urgence le 13 décembre. « On me donnait encore deux mois à vivre », glisse cette Rennaise de 39 ans. Sur son carnet, elle découvre écrit noir sur blanc le diagnostic du corps médical : méningiome sous Androcur. Comme le nom de ce médicament, produit par Bayer, que Marlène prend depuis 12 ans comme traitement hormonal et contraceptif. De retour à son domicile, elle se lance dans des recherches sur Internet pour en savoir plus sur l’Androcur. Elle tombe alors sur des parutions scientifiques faisant état d’un lien entre la prise du médicament et le risque de développer un méningiome.

« Pas un scandale sanitaire », selon la ministre

Fin août, une étude réalisée par l’Agence nationale de sécurité du médicament et l’Assurance maladie a d’ailleurs confirmé ses craintes. Selon le rapport, le risque de tumeur au cerveau, le plus souvent bénigne mais aux lourdes séquelles, est multiplié par sept chez les femmes traitées plus de six mois et par 20 après cinq ans de traitement. « Et moi j’en ai pris pendant près de douze ans, vous imaginez ! », indique-t-elle, la voix très calme.

Marlène Vault ne digère pas en revanche les propos d’Agnès Buzyn qui a invité mi-septembre les patients concernés à se rapprocher de leur généraliste, tout en estimant qu’il n’y avait « pas d’urgence ». « Ce n’est pas un scandale sanitaire », avait ajouté la ministre de la Santé. « C’est inadmissible de relativiser comme ça le problème. Combien lui faut-il de cas pour que cela devienne un scandale ? », fulmine la maman bretonne.

Une demande d’indemnisation mais pas de procès

Entre-temps, elle a créé un groupe sur Facebook pour retrouver d’autres victimes de l’Androcur et sensibiliser les femmes aux dangers du médicament. Son combat ne s’arrête pas là. « Je ne veux pas interdire le médicament, qui a prouvé son efficacité, mais je demande qu’on limite la durée des traitements et qu’on mette en place une surveillance accrue des patientes par imagerie », indique-t-elle.

Une bataille qui semble porter ses fruits puisque les autorités sanitaires planchent actuellement pour redéfinir les modalités d’utilisation de l’Androcur. Pas question en revanche pour Marlène de porter son combat sur le terrain judiciaire et d’attaquer le géant Bayer. « Je n’ai pas envie de me lancer dans plusieurs années de procédure », assure-t-elle. Avec d’autres victimes, elle va par contre déposer un dossier d’indemnisation auprès de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam). « Il n’y a que ça pour réparer les dégâts ».