Qu'est-ce que l'hépatite E, transmise par la charcuterie?

SANTE Le nombre de cas d’hépatites E diagnostiqués est en forte augmentation ces dernières années, alors que cette maladie peut être contractée en consommant de la viande de porc contaminée par le virus…

Anissa Boumediene

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En France, le virus de l'hépatite E est principalement contracté à l'occasion d'une consommation de produits alimentaires à base de foie de porc pas ou peu cuits.
En France, le virus de l'hépatite E est principalement contracté à l'occasion d'une consommation de produits alimentaires à base de foie de porc pas ou peu cuits. — CHAUVEAU NICOLAS/SIPA
  • Les cas d’hépatites E diagnostiqués sont en forte augmentation ces dernières années.
  • L’hépatite E peut être contractée en consommant de la viande de porc contaminée par le virus.
  • Dans la grande majorité des cas, la maladie sera asymptomatique ou se manifestera par une forme d’état grippal, mais chez certaines personnes, la maladie peut être plus grave.

Attention à vos assiettes. Les diagnostics d’hépatites E contractées en France métropolitaine, dues essentiellement à la consommation de porc, ont explosé entre 2002 et 2016, passant de 9 à 2.292, selon le dernier Bulletin épidémiologique (BEH) de Santé Publique France. Touchant traditionnellement les pays en voie de développement, le virus n’épargne pas la France, et touche particulièrement les régions du sud : Occitanie (Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon), Paca et Corse. Mais des mesures simples permettent d’éviter de le contracter.

Une transmission majoritairement due aux produits alimentaires à base de foie de porc

Pourquoi les régions du sud de la France sont-elles particulièrement touchées par les contaminations ? La cause se retrouve directement dans l’assiette. « Le porc est à ce jour le principal réservoir du virus de l’hépatite E en France, par la voie d’une transmission alimentaire via les produits à base de foie de porc cru ou peu cuit, explique Laurence Cocquerel, directrice de recherche du CNRS au Centre d’infection et d’immunité de Lille, spécialiste du virus de l’hépatite E. C’est lié à des traditions culinaires, puisque nombre de produits locaux sont préparés à base de foie de porc cru ou peu cuit, à l’instar des figatelli en Corse, ou des saucisses de foie de porc typiques d’autres régions du sud ».

En France, « 65 % des élevages porcins sont positifs à l’hépatite E. Les bêtes ont alors le foie contaminé par ce virus, ce qui rend la consommation de produits alimentaires à base de foie de porc risquée, avertit la directrice de recherche. D’autant qu’une étude montre que 4 % de la viande de porc [rôtis, côtes, escalopes, etc.] contaminée par le virus de l’hépatite E se retrouve dans la chaîne alimentaire ». Faut-il alors bannir la consommation de viande de porc, et plus spécifiquement des préparations à base de foie ? « Non, il faut juste bien faire cuire le porc », répond Laurence Cocquerel. « La cuisson à cœur (71°C pendant 20 minutes pour inactiver le virus) des produits les plus à risque, en particulier ceux à base de foie cru de porc et des produits à base de sanglier ou de cerf, est recommandée », préconise Julie Figoni, épidémiologiste et infectiologue à Santé Publique France, qui a corédigé le dernier bulletin épidémiologique (BEH) consacré au virus de l’hépatite E.

Mais d’autres modes de transmissions sont possibles. « Les personnes qui sont au contact d’animaux contaminés sont particulièrement exposées à l’hépatite E, en particulier les vétérinaires, les éleveurs mais aussi les chasseurs, », ajoute Laurence Cocquerel. En effet, « le gibier, notamment les sangliers et les cerfs, sont fréquemment porteurs du virus », complète Julie Figoni.

Les symptômes spécifiques d’une atteinte au foie

Si l’on contracte le virus, la période d’incubation sera de 5 à 6 semaines en moyenne, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Dans un grand nombre de cas, la maladie sera asymptomatique », rassure Julie Figoni. Ainsi, « on peut tout à fait ne pas se rendre compte que l’on a contracté le virus, ou simplement ressentir une forme d’état grippal, puis plus rien », confirme Laurence Cocquerel. Si des symptômes se manifestent, ils correspondent « aux signes classiques d’une atteinte au foie », explique Julie Figoni. Outre une fièvre modérée, une perte d’appétit, des nausées et de vomissements, certains ressentent également des douleurs abdominales et articulaires. « Mais le signe le plus caractéristique est l’ictère, ou jaunisse, marqué par une coloration jaune de la peau et du blanc des yeux, indique l’épidémiologiste. Aucun traitement spécifique n’existe, il faut généralement attendre que ça passe et, au besoin, on traite les symptômes et on veille à avoir une bonne hygiène des mains ».

Dans les cas les plus graves, « l’hépatite E aiguë peut évoluer en hépatite fulminante et entraîner la mort du patient, précise Laurence Cocquerel, mais les cas mortels sont très rares ». Et si le plus souvent la maladie disparaît comme elle est venue, certaines personnes sont particulièrement fragiles face à ce virus. « Chez les personnes immunodéprimées [dont le système immunitaire est amoindri], les patients greffés et ceux qui sont déjà atteints d’une maladie du foie, l’hépatite E peut évoluer vers une forme chronique, expose la directrice de recherche. Le patient garde le virus, qui détruit peu à peu son foie ».

« Pas de recrudescence, mais un diagnostic plus fiable »

Alors faut-il s’inquiéter face à l’explosion des cas diagnostiqués d’hépatites E ? « Il ne faut pas basculer dans l’alarmisme, tempère Julie Figoni, de Santé Publique France. On ne peut pas parler de recrudescence des cas, mais d’un meilleur diagnostic de la maladie. L’hépatite E est une maladie récente, que l’on a appris à connaître et pour laquelle nous avons développé des tests de très bonne performance. Aujourd’hui, on connaît mieux la maladie, les professionnels de santé y sont mieux sensibilisés, et c’est cet ensemble de facteurs qui explique que l’hépatite E est désormais mieux diagnostiquée ».

Pour poser le diagnostic, « il suffit de pratiquer un examen sérologique, mais un dépistage génomique viral permet d’obtenir des résultats plus fiables », assure Laurence Cocquerel. Cette technique permet ainsi de détecter des infections très récentes, avant même que les anticorps fabriqués par l’organisme qui a été en contact avec le virus, soient détectables par les tests sanguins. Un test qui n’est aujourd’hui pas systématique. « Il y a probablement beaucoup plus de cas de contaminations au virus de l’hépatite E que les seuls cas recensés », commente-t-elle.

Dans le monde, l’hépatite E touche chaque année plus de 20 millions de personnes, et a été responsable de 44.000 décès en 2015, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Chaque année en France, elle coûte la vie à 18 personnes.