Illustration d'un électrocardiogramme.
Illustration d'un électrocardiogramme. — Pixabay

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Pourquoi les jeunes femmes meurent-elles plus d’infarctus qu’avant? Une étude va tenter de répondre

La Fondation coeur & recherche lance un appel aux dons pour financer une grande étude qui se penchera sur les facteurs de risques qui expliqueraient pourquoi les jeunes femmes meurent d'infarctus...

  • L’infarctus est la première cause de mortalité chez les femmes non ménopausées, une information essentielle pourtant méconnue.
  • Longtemps exclues des essais de la recherche, les jeunes femmes vont faire l'objet d'une étude spécifique lancée par la Fondation cœur & recherche en cette fin septembre. 
  • L'objectif étant de savoir pourquoi les femmes non ménopausées meurent beaucoup plus qu'avant de maladies cardiovasculaires.

De battre votre cœur risque de s’arrêter. Pas en lisant ces lignes, on l’espère. Mais il semble urgent d’informer les patientes sur un risque méconnu : l’infarctus, dont on parle beaucoup moins que le cancer. Et pourtant… « Une femme a quatre fois plus de risques de mourir d’une maladie cardiovasculaire que d’un cancer du sein », introduit Elisabeth Riboud, déléguée générale de lsa Fondation cœur & recherche. Problème : le grand public et parfois même les médecins ignorent ou minorent ce risque.

Une étude importante

Pire, le nombre de jeunes femmes concernées par ces problèmes de cœur augmente. « Nos études montrent que le nombre de décès des femmes non ménopausées avait augmenté de 25 % en dix ans environ, souligne Martine Gilard, professeur de cardiologie au CHU de Brest et présidente de la Société française de cardiologie. C’est très compliqué d’expliquer pourquoi, c’est pour cela qu’il faut lancer un projet de recherche. » D’où l’appel aux dons lancé en cette fin septembre par la Fondation coeur & recherche, qui espère récolter au moins 150 000 euros pour donner le coup d’envoi à l’appel à projet.

Cette étude, concentrée sur les patientes, s’annonce d’autant plus fondamentale que la recherche a exclu des essais les femmes non ménopausées depuis une trentaine d'années. « Mais nous sommes en train de faire marche arrière », assure la cardiologue.

Des préjugés à battre en brèche

Et les préjugés, du grand public comme des médecins, nuisent au diagnostic : une femme en plein infarctus est prise en charge une demi-heure à une heure plus tard par rapport à un homme. « Si un homme se plaint d’une douleur dans la poitrine, sa femme appelle le Samu, tandis que, si c’est une femme, on va lui dire d’aller se reposer, ironise Martine Gilard. On est toutes persuadées qu’on est protégées par nos hormones… » Faux, donc, en tout cas depuis quelques années. Une information qui doit parvenir jusqu’aux premières concernées, qui ne prennent pas toujours le temps de s’occuper de leur santé en général et de leur cœur en particulier.

Plusieurs hypothèses à explorer

Les médecins dessinent quelques pistes à explorer concernant les facteurs qui augmentent ce risque et que cette étude va venir confirmer ou infirmer. « On sait que les femmes fument plus qu’avant », reprend la cardiologue. Autres tendances sociétales qui pourraient jouer : la sédentarité, le stress, l’obésité. Et la pilule ? « Ce n’est pas un facteur à lui seul, mais si la patiente sous pilule fume et a dans sa famille des personnes qui ont souffert de maladie cardiaque, pourquoi pas, répond la cardiologue. De toute façon, tout sera exploré. »

Mais, paradoxalement, ce chiffre croissant peut également s’expliquer par le fait « qu’on a commencé à éduquer nos médecins, il y a donc plus de prises en charge des infarctus à l’hôpital de ces femmes », qui avant n’étaient tout simplement pas diagnostiquées.

Enfin, troisième cause éventuelle, une fragilité coronarienne féminine : « Les avancées de l’imagerie nous ont permis de découvrir un autre type d’infarctus, qu’on appelle une dissection, quand la paroi de l’artère se divise », souligne Martine Gilard. Une pathologie qui touche davantage les femmes que les hommes. Et la fondation a déjà lancé une étude spécifique sur cette question, dont on devrait avoir les résultats au premier trimestre 2019.

Améliorer la prévention

Ces deux études permettront d’améliorer la prévention, pour que chacune sache quels sont les bons réflexes et autres précautions à prendre pour aider son cœur à battre plus longtemps. D’ici là, informer le plus grand nombre sur les signes qui doivent alerter reste une priorité pour sauver des vies.

« Dans 90 % des cas, un infarctus provoque une douleur dans le thorax, diffuse, qui peut remonter jusqu’au bras, au dos, à la mâchoire, associée à une grande angoisse et un essoufflement », rappelle la cardiologue. Et, dans 8 à 10 % des cas, les patients ressentent une grande fatigue et des nausées. » Si vous reconnaissez ces symptômes ou que vous en êtes témoin, il n’y a pas de doute à avoir : appeler le 15 en urgence. « Une étude menée il y a cinq ans montrait que seulement 50 % des patients qui font un infarctus appellent le Samu, regrette la spécialiste. Or, quand on contacte son généraliste, on perd en général une heure, son cardiologue deux heures. » Et pour sauver un cœur, d’un homme ou d’une femme, il faut ouvrir cette artère bouchée dans les douze premières heures. Chaque minute compte donc…