Prévention: Comment identifier et traiter les troubles de la croissance chez son enfant

SANTE A l’occasion de la semaine de prévention des troubles de la croissance, l’association Grandir et la Société Française de Pédiatrie lancent une campagne d’information pour sensibiliser les parents et les médecins à l’importance du suivi de la croissance…

Anissa Boumediene

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Contrôler régulièrement la courbe de croissance des enfants est le moyen le plus efficace de déceler d'éventuels troubles de la croissance.
Contrôler régulièrement la courbe de croissance des enfants est le moyen le plus efficace de déceler d'éventuels troubles de la croissance. — Rafael Ben-Ari/Cham/NEWSCOM/SIPA
  • L’association Grandir et la Société Française de Pédiatrie lancent une campagne de sensibilisation à l’occasion de la semaine de prévention des troubles de la croissance.
  • Le contrôle régulier de la courbe de croissance de l’enfant permet de déceler précocement d’éventuels troubles de la croissance.
  • Plus le diagnostic et la prise en charge sont précoces, plus la taille normale de l’enfant a de chances d’être restaurée.

« J’ai l’impression qu’il est le plus petit de sa classe ». « Il n’a pas changé de taille de vêtements depuis un bon moment ». S’il n’y a là pas nécessairement de quoi s’alarmer, ces signes peuvent toutefois être le symptôme d’un retard de croissance chez son enfant. A l’occasion de la Semaine mondiale de sensibilisation à la croissance des enfants, l’association Grandir et la Société Française de Pédiatrie (SFP) lancent une campagne d’information pour attirer l’attention des parents et des médecins sur l’importance du suivi de la croissance et de la pose d’un diagnostic précoce en cas de troubles de la croissance.

Les signes qui doivent alerter

S’il est important de la surveiller de près, c’est parce que la croissance de l’enfant est un indicateur important de sa santé. « Différentes pathologies peuvent être la cause de troubles de la croissance, indique Béatrice Demaret, présidente de Grandir, l’association des parents d’enfants ayant des problèmes de croissance. Si plus de 70 % des retards de croissance sont d’origine constitutionnelle ou génétique, pour les autres enfants, une croissance retardée peut être associée à une pathologie qu’il faut savoir dépister et identifier le plus rapidement possible ». Cela peut également être lié à « un problème nutritionnel ou hormonal », ajoute le Pr Agnès Linglart, professeure de pédiatrie et présidente du Comité scientifique de la SFP.

Mais en pratique, quels critères permettent aux parents d’envisager que leur enfant a potentiellement des troubles de la croissance ? Plusieurs signes peuvent mettre la puce à l’oreille des parents. « Lorsque son enfant est beaucoup plus petit que les autres de sa classe, qu’il est plus petit que ses parents ou ses frères et sœurs au même âge, qu’il est souvent pris pour un enfant plus jeune ou qu’il porte la même taille de vêtements et de chaussures depuis un long moment, on peut alors penser à un retard de croissance », énumère le Pr Linglart. « C’est vrai que Juliette comptait parmi les plus petites filles de sa classe, mais jamais nous n’aurions envisagé pour autant qu’elle puisse avoir des troubles de la croissance », se souvient Elodie, la mère de la petite fille aujourd’hui âgée de 12 ans.

Mesurer régulièrement la taille des enfants

Alors que les courbes de croissance ont été actualisées en avril dans la toute dernière version du carnet de santé, afin d’être plus représentatives de la population française, la mesure régulière des enfants n’est toujours au rendez-vous. Pourtant, « la mesure précise et le tracé régulier des courbes de taille, de poids, de périmètre crânien et le calcul de l’indice de masse corporelle (IMC) doivent faire partie du suivi systématique des enfants car ce sont ces indicateurs qui permettent de dépister précocement un retard de la croissance », souligne le Pr Linglart.

Dans l’idéal, « il est nécessaire pour les parents de faire mesurer leur enfant régulièrement par un professionnel de santé : plusieurs fois par an pour les enfants de 1 mois à 3 ans, puis au moins une fois par an à partir de 3 ans », insiste Béatrice Demaret, de l’association Grandir. « C’est un outil précieux qui permet au médecin de détecter une anomalie dans la courbe de croissance, de déceler si la taille de l’enfant est inférieure à la normale de son âge, s’il y a un ralentissement ou un arrêt de la croissance, si la taille se situe en dessous de sa taille cible génétique », abonde le Pr Agnès Linglart. C’est d’ailleurs à la faveur d’une consultation « pour tout à fait autre chose que notre médecin a remarqué que la courbe de croissance de Juliette était un peu basse, raconte Elodie. Dès lors, il nous a prescrit un rendez-vous chez un endocrinologue et, après quelques tests, le diagnostic d’un déficit d’hormone de croissance a été posé ».

Une prise en charge précoce pour de meilleurs résultats

A l’époque du diagnostic, Juliette avait 8 ans, « mais elle est probablement née avec un retard de croissance, suggère Elodie, la mère de la petite fille. Elle mesurait 46 centimètres à la naissance (à terme), soit juste au-dessus de la taille à laquelle des tests doivent être pratiqués ». Les troubles de la croissance « peuvent se manifester dès la naissance : certains bébés naissent très petits, bien en deçà de la moyenne de 50 centimètres, à cause d’un retard de croissance intra-utérin, expose Béatrice Demaret. Ils peuvent aussi survenir un peu plus tard dans la petite enfance ». Dans tous les cas, la clé d’un traitement efficace réside « dans le diagnostic et la prise en charge précoces des troubles de la croissance », rappelle le Pr Linglart. Pourtant, aujourd’hui encore, « les parents connaissent souvent une longue errance diagnostique pour leurs enfants souffrant de troubles de la croissance », déplorent de concert le Pr Linglart et Béatrice Demaret. Or, « lorsque le diagnostic est enfin posé pour un enfant d’une dizaine d’années, cela signifie que beaucoup d’années ont été perdues dans le traitement », regrette la présidente de Grandir.

Une fois le diagnostic posé, « un traitement par injections d’hormones de croissance peut être proposé aux enfants ayant une petite taille liée à un déficit de cette hormone », explique le Pr Linglart. C’est d’ailleurs le traitement qui a été proposé à Juliette. « On a réfléchi, mais on ne s’est pas posé beaucoup de questions, se remémore Elodie. A ce moment-là, les polémiques liées aux hormones de croissance étaient loin et la sécurité des traitements proposés bien établie ».

Mais le traitement est long, parfois à vie, et pesant pour de jeunes enfants. « Une piqûre chaque jour, pour une petite fille, c’est lourd, il a eu des moments très difficiles », poursuit Elodie, qui a trouvé « beaucoup de soutien auprès de l’association Grandir. Rencontrer des parents et des enfants qui vivaient la même chose aide beaucoup ». D’autant plus que « les premiers résultats ont été visibles après 6 mois de traitement, alors ça redonne confiance ». Et après quatre années de traitement, « Juliette a bien grandi et sa courbe de croissance, bien qu’un peu basse, est revenue dans la moyenne des filles de son âge », se réjouit Elodie. Ce que confirme le Pr Linglart : « Lorsque le traitement adapté est prescrit précocement et bien suivi, on peut restaurer une taille normale à l’enfant ».