«Ma santé 2022»: Comment organiser une permanence des soins pour soulager les urgences?

POLITIQUE Emmanuel Macron a annoncé une longue liste de mesures pour transformer notre système de santé et notamment une nouvelle organisation de la permanence des soins...

Oihana Gabriel
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Illustration d'un accueil aux urgences.
Illustration d'un accueil aux urgences. — C. Allain / 20 Minutes
  • Emmanuel Macron et Agnès Buzyn ont dévoilé un grand plan santé ce mardi.
  • Parmi les annonces, le gouvernement souhaite que les professionnels de santé se regroupent pour assurer une permanence des soins.
  • Des urgences de jour dont on n'a pas tout à fait les contours.

Comment soulager des urgences noyées sous les demandes, raccourcir le délai d’attente problématique pour un rendez-vous médical et donner un peu d’oxygène aux généralistes également sous l’eau ? Le président et sa ministre de la santé croient en une réorganisation pour que les patients puissent avoir accès à un professionnel de santé de 8h à 20h. Un genre d’urgences de jour. Une piste saluée… mais qui pose encore quelques questions.



Diagnostic partagé

Le malaise des urgences s’explique assez simplement : quand un patient ne trouve pas de médecin disponible, il se rend aux urgences. « Les urgences non vitales doivent être prises en charge en ville », a prévenu Emmanuel Macron. « On englobe sous le vocable urgences des choses qui n’ont rien à voir ! analyse Jacques Battistoni, président du premier syndicat de médecins généralistes,  MG France. Un arrêt de travail pour une gastro ça n’est pas une urgence médicale, mais ça ne peut pas attendre une semaine. On peut parler de demande de soins non programmés ou de continuité des soins. »

« Comme l’a rappelé le président, un patient sur cinq qui arrive aux urgences aurait pu être traité en ville », renchérit Pierre-Yves Gueugniaud, président de la Société Française de médecine d’urgence (SFMU). Maintenant, il faut le mettre en musique pour que chacun s’y retrouve… » Et ce ne sera pas simple.

Comment ces urgences non vitales peuvent-elles être traitées ?

Cette permanence des soins sera assurée à la fois par des médecins libéraux et hospitaliers, invités à travailler main dans la main, notamment dans des Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). « Faciliter la cohabitation entre libéral et hôpital, ça va dans le bon sens ! », se félicite Frédéric Valletoux, président de Fédération hospitalière de France (FHF). Même si tout le monde sait que le dialogue entre libéraux et hospitaliers connaît quelques heurts. « Pour gagner le challenge jusqu’au bout, il faudra faire collaborer les deux fonctions actuelles dans ces urgences de ville », assure Pierre-Yves Gueugniaud.

Et il faudra trouver et faire connaître de nouveaux espaces pour ces urgences non vitales. Les patients pourraient se rendre dans un hôpital de proximité, dans une maison de santé, dans un espace d’un CHU consacré à ces urgences de jour, dans les maisons médicales de garde et même dans un cabinet médical. « On ne va pas réinventer le dispensaire d’autrefois, mais c’est un peu l’idée », résume Frédéric Valletoux de la FHF.

« On a fait baisser les demandes aux urgences »

« Là où on a réussi avec les moyens du bord à organiser un service de permanence des soins, on a fait baisser les demandes aux urgences », reprend le président de MG France. En effet, à Loches, dans l’Indre et Loire, hospitaliers et libéraux se sont organisé dans une Communauté professionnelle territoriale de santé… et les urgences ont accueilli 15 % de personnes âgées en moins en un an. « Si tous les secteurs de l’hôpital s’y mettent, le résultat sera encore meilleur ! », promet le patron de MG France.

La question de la rémunération

« Les médecins seront rémunérés pour cela », a promis Emmanuel Macron, sans plus de détails. « On n’organisera pas ces soins non prévus pour 25 euros, s’agace Jacques Battistoni, de MG France. La négociation a déjà commencé. Car il faudra financer cette astreinte et organiser un secrétariat téléphonique. »

Autre problème, celui des frais des patients. En effet, certains patients choisissent volontairement de se rendre aux urgences car ils n’auront pas à avancer les frais. « L’avance de frais sera organisée », a assuré le président.

…Et des horaires

Et le président s’est joué de son optimisme : il faut « assurer une permanence de soins non programmés jusqu’à 20h... mais ce serait formidable si on trouvait un accord jusqu’à 22h ». Peu probable pour le moment. MG France souhaite plutôt fermer cette permanence des soins à 19h… « Ce qui est important, c’est qu’il y ait une réponse disponible 24h sur 24, nuance Jacques Battistoni. Les professionnels sur le terrain vont proposer des solutions adaptées. »



Autre son de cloche du côté des urgentistes : « le pic d’activité dans un service d’urgence comme le mien, c’est 18h-23h, souligne le président de la SFMU. Donc fermer cette permanence à 22h, ce n’est pas simple mais il existe une vraie demande car les gens viennent consulter quand ils sortent du travail. »

La question du numéro unique…

La question de créer un numéro unique pour toutes les urgences reste sur la table. Certains professionnels espèrent réunir le 15 et le 18. « Un numéro pour la santé, les policiers, les pompiers ne nous paraît pas adapté, corrige Pierre-Yves Gueuniaud. En tant qu’urgentiste, on a comme volonté de développer plutôt un numéro unique santé, que le patient peut joindre pour un conseil médical comme une urgence vitale. » De leur côté, MG France propose de créer un nouveau numéro pour ces urgences non vitales : le 116-117.

...Mais surtout des moyens

L’idée d’organiser ces urgences de jour est plutôt saluée par le milieu médical. Mais cela risque d’être insuffisant. « Il nous faut des assistants de régulation et des médecins régulateurs supplémentaires, prévient Pierre-Yves Gueuniaud. Et bien formés ! » D’où une critique récurrente après l’annonce d’un grand plan : « on a un beau discours sur les objectifs, sur la méthode, sur les ambitions, mais on reste sur notre faim sur les moyens pour y arriver, synthétise Frédéric Valletoux de la FHF. Une rallonge de 400 millions pour financer toutes ces réformes, ça me semble un peu court ! »