Polémique sur l'IVG: «Ça fait trente ans que je n’ai pas vu un gynécologue me demander la clause de conscience»

MEDECINE Israël Nisand dénonce un «bashing gynécologique» après que le président du syndicat des gynécologues Syngof a assimilé l'avortement à un «homicide»...

Propos recueillis par Alexia Ighirri

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Israël Nisand chef du département de gynécologie obstétrique au CHU de Strasbourg (Archives)
Israël Nisand chef du département de gynécologie obstétrique au CHU de Strasbourg (Archives) — G . VARELA / 20 MINUTES
  • Après que le président du syndicat des gynécologues Syngof a assimilé l'avortement à un «homicide», la ministre de la Santé Agnès Buzyn a demandé un «état des lieux» pour s’assurer « qu’il n’y a pas une augmentation du nombre de médecins qui font valoir la clause de conscience ».
  • Le président du collège national des gynécologues et professeur à l’université de Strasbourg considère que la clause de conscience « est sacrée ».
  • Si Israël Nisand dénonce le « bashing gynécologique », il assure que Bertrand de Rochambeau a fait preuve de maladresse.

Depuis leur diffusion par Quotidien sur TMC, les propos du président du syndicat des gynécologues (Syngof) suscitent réactions et tollé médiatique. Pour rappel, Bertrand de Rochambeau y a assimilé les interruptions volontaires de grossesse (IVG) à des « homicides », refusant alors de les pratiquer en faisant valoir sa clause de conscience. Mardi, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a demandé un « état des lieux » pour s’assurer « qu’il n’y a pas une augmentation du nombre de médecins qui font valoir la clause de conscience ». Dénonçant le « bashing gynécologique », Israël Nisand, le président du Collège national des gynécologues et professeur à l’université de Strasbourg, assure à « 20 Minutes » que la clause de conscience « est sacrée ».

Comment réagissez-vous aux propos de Bertrand de Rochambeau et à son refus de pratiquer l’IVG ?

Qui pratique les IVG dans notre pays ? Ce sont bien les gynécologues-obstétriciens. Bertrand de Rochambeau a le droit, à titre personnel, à sa clause de conscience. Mais sa position a été exploitée par les médias… Mes jeunes qui font les IVG en ce moment, ils sortent et entendent parler « d’homicides » et voient que l’ondonne une large diffusion à une parole isolée et fausse... ils sont fâchés ! Les propos de Rochambeau ont tout de suite été utilisés pour « bâcher » les gynécologues. On est régulièrement attaqué sur la clause de conscience et Bertrand de Rochambeau a fait preuve de maladresse. Il a oublié qu’il était président du syndicat et que ses propos allaient être exploités comme s’ils représentaient la parole des gynécologues. Mais la gynécologie, ce n’est pas Bertrand de Rochambeau.

Les gynécologues sont-ils aujourd’hui attachés à cette clause de conscience ?

Il n’y a plus de jeunes qui font valoir la clause de conscience : j’ai 35 nouveaux internes chaque année, ça fait trente ans que je n’ai pas vu un jeune me demander la clause de conscience. Seule une étudiante l’a fait. Elle est entrée dans les ordres et dirige une maternité de l’église, et là c’est normal. Les gynécologues qui sont contre l’IVG il y en a toujours eu, mais il ne faut pas oublier de dire que, même avant la loi, il y avait des gynécologues militants qui en faisaient.

Selon vous, il ne faut donc pas faire évoluer la clause de conscience ?

La clause de conscience, c’est ce que les médecins ont de plus beau. C’est sacré, y compris pour les sages-femmes ou pour les infirmières. Je suis favorable à ce que les femmes puissent avoir leur IVG dans de bonnes conditions, sans être culpabilisées. Je demande cependant que la clause de conscience des médecins soit respectée. Si elle ne l’est pas, ça veut dire quoi ? On va forcer le médecin à faire une IVG ? Une partie de ma famille a été tuée par des gens qui ne faisaient qu’obéir aux ordres. Les médecins n’obéissent pas aux ordres. On n’est pas dans un scénario à l’italienne dans lequel la clause de conscience des médecins obère le droit des femmes. Cette affaire sert avant tout au bashing gynécologique qui est à la mode pour cacher les difficultés de moyens des maternités de France. On y a supprimé 40 % des postes en dix ans. On a été dans l’économie et c’est cela qui porte vraiment atteinte aux droits des femmes.