Le président Emmanuel Macron a dévoilé mardi 18 septembre 2018 son plan pour une transformation de fond de notre système de santé.
Le président Emmanuel Macron a dévoilé mardi 18 septembre 2018 son plan pour une transformation de fond de notre système de santé. — AFP

POLITIQUE

«Ma santé 2022»: A quoi vont servir les assistants médicaux?

Le président vient de dévoiler un grand plan de transformation de notre système de santé, et notamment la création de 4.000 poste d'assistants médicaux...

  • Emmanuel Macron a dévoilé ce mardi une « réforme globale » du système de santé.
  • Faciliter le travail collectif entre libéraux et hospitaliers, entre les divers professionnels de santé est une des orientations.
  • Avec notamment, pour libérer du temps médical et encourager ces regroupements, la création d’un nouveau métier, celui d’assistant médical. Mais les questions sur la formation, le financement ou encore l’utilité de cette nouvelle profession sont multiples.

C’était une demande de longue date des syndicats de médecins, spécialistes comme généralistes, qui croulent sous la paperasse. Emmanuel Macron a annoncé ce mardi, lors du discours sur la transformation du système de santé, la création d’un nouveau métier : celui d’assistant médical.

Sur le modèle des « clinical assistant » que nos voisins ont créés depuis plusieurs années, ces professionnels de santé viendront épauler les médecins, spécialistes comme généralistes, à condition qu’ils se regroupent.

Pourquoi faire ?

Le président a annoncé mardi matin la création d’ici 2022 de 4.000 postes d’assistants médicaux. Avec un déploiement dès 2019, dans les déserts médicaux en priorité. « Nous en créerons autant qu’il en faudra », a assuré le président. Que vont-ils faire ?

« Ces professionnels de santé travailleront autour de la consultation, explique Jacques Battistoni, président du premier syndicat de médecins généralistes, MG France, qui avait soufflé l’idée. Au début, ils s’occupent du premier accueil du patient : motif de consultation, interrogatoire, demande des antécédents, ils déshabillent, mesurent, prennent le poids et la tension, la température… Si besoin ils peuvent faire un électrocardiogramme. Mais pendant la consultation, ils peuvent aussi dialoguer avec le généraliste. Et à la fin, ils s’occupent de la facturation, du suivi du dossier, de la paperasse. »

Qui pourra devenir assistant médical ?

C’est un nouveau métier, mais pas une nouvelle spécialité médicale ! « Nous préférons le terme d’assistant de cabinet médical pour éviter toute confusion », reprend le président de MG France. Pour le moment, il reste beaucoup de questions sans réponse…

Mais on peut supposer que plusieurs profils seront intéressés par cette nouvelle façon de travailler. Des secrétaires médicales qui auront suivi une formation complémentaire, des aides soignantes à qui on donnera la possibilité de travailler en ville, des infirmières intéressées par l’idée de travailler en équipe.

A quelle condition ?

Mais cette aide financière, 50.000 euros par assistante médicale chaque année selon les premières estimations, sera conditionnée au regroupement des praticiens. Le président l’a confirmé : généralistes, spécialistes, kiné, infirmiers seront encouragés à s’organiser de façon collective, dans ce qu’on appelle aujourd’hui des Communautés professionnelles territoiritoriales de santé (CPTS). Et c’est à cette seule condition qu’ils pourront bénéficier de ces assistants médicaux. A partir de combien de praticiens réunis ? « Les bruits qui circulent, c’est qu’à partir de trois médecins, il y aurait une aide significative voire très significative, assure Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux (CSMF). Mais ce sont des détails dont il va falloir discuter. Je plaide pour qu’on tienne compte de l’organisation en coordination : on peut très bien travailler ensemble même si on n’est pas sous le même toit. Il faut être moderne ! » D’autant qu’Emmanuel Macron a justement insisté sur le tournant numérique que doit prendre le milieu médical.

Avec quel objectif ?

« Les professionnels estiment qu’on pourrait gagner 15 % de temps médical », a avancé le président. Delphine Bagarry, députée LREM qui a gardé un pied dans son cabinet de généraliste à Riez, a justement testé ce système cet été. Et semble assez convaincue : « En général, on reçoit un patient toutes les 20 minutes, avec cette assistante médicale, cela nous permettait de prendre les patients toutes les 10 minutes. »

Justement, du côté des infirmiers, le discours du président, « très médico-centré » n’a pas fait que des heureux. La création de ce nouveau métier d’assistants médicaux, « simples subalternes du corps médical (…) semble parfaitement contradictoire avec une vision collective, coordonnée et graduée de la prise en charge des patients, s’agace Patrick Chamboredon, président de l’Ordre national des infirmiers. C’est même un grave retour en arrière vers une médecine d’un temps révolu, celle d’une époque où les épouses des médecins travaillaient gratuitement au cabinet. Mais cette fois-ci c’est l’Assurance maladie, donc la collectivité, qui paie. Une telle mesure peut-elle inciter les médecins à s’ouvrir à une prise en charge coordonnée, à une logique de parcours de soins et à la prévention ? »

Course à la consultation ?

Autre question, du côté du bien-être du patient cette fois. A une époque où certains patients se plaignent du manque d’écoute de certains soignants. Où certains praticiens regrettent la course à la consultation, cette invitation à prendre davantage de patients est-elle réellement souhaitable ? Le patient aura-t-il davantage confiance pour se confier s’il sait que le généraliste a 10 minutes montre en main pour le traiter ?

Selon Delphine Bagarry, certains patients souhaitent davantage se confier à l’infirmière qui s’occupe de leur accueil. « Cet assistant médical va aider le patient à s’organiser dans sa prise en charge, renchérit Jean-Paul Ortiz. Il peut par exemple donner les coordonnés des spécialistes à voir, du laboratoire à contacter. C’est un service plus pour le patient et non quelque chose qui va altérer la qualité de la prise en charge. Dans les endroits où on a testé cette technique, les patients sont ravis. »

Délégations de tâches

Pour certains professionnels, il manque un enjeu de taille dans ce discours: Le choc de simplification attendu de tous n’est pas au rendez- vous, regrette Frédéric Valletoux, de la Fédération hospitalière de France (FHF). Réformer le système tout en maintenant les contraintes bureaucratiques ne permettra pas de libérer les énergies. La FHF souhaite une réflexion sur le rôle des ARS et la fin du mille-feuille bureaucratique.»

Peu convaincu, Philippe Vigier, député d’Eure-et-Loire (Union des démocrates et indépendants) et ancien interne des hôpitaux de Paris, estime que le gouvernement se trompe d’ordonnance pour soulager les généralistes. «Rien n’est fait pour véritablement faciliter les délégations de tâches et permettre ainsi aux sages-femmes, pharmaciens et auxiliaires médicaux de participer davantage à la chaîne de soins, qui seuls permettront d’apporter une réponse immédiate. » En effet, beaucoup de professionnels espéraient beaucoup de ces délégations de tâches...