Fin du numerus clausus, assistant médical créé, urgences de jour... Voici les principales orientations du plan santé dévoilé mardi par Macron

POLITIQUE Ce mardi, c'est le jour J pour les annonces sur la transformation de notre système de santé...

Oihana Gabriel

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Le président Emmanuel Macron lors de son discours sur la pauvreté jeudi 13 septembre 2018. Mardi 18 septembre, le président fera cette fois des annonces pour transformer notre système de santé.
Le président Emmanuel Macron lors de son discours sur la pauvreté jeudi 13 septembre 2018. Mardi 18 septembre, le président fera cette fois des annonces pour transformer notre système de santé. — AFP
  • Emmanuel Macron dévoile ce mardi une « réforme globale » du système de santé.
  • Le gouvernement souhaite passer d’une tarification à l’acte à une tarification au parcours, financer des coordinateurs et des assistants médicaux, encourager le regroupement et la coordination des soignants.
  • Le budget de la Sécu sera de 400 millions d’euros pour 2019.

La liste d’exigences est longue. Ce mardi, à 10h pétantes, le monde de la santé risque d’être suspendu aux lèvres d'Emmanuel Macron, qui doit annoncer un grand plan de transformation de notre système de santé. Après le plan pauvreté dévoilé jeudi dernier, le président veut soigner les maux variés et anciens d’un système de santé à bout de souffle. « Ce qui a changé, c’est que tout le monde s’accorde aujourd’hui sur ce qu’il faudrait faire, alors on va le faire », assure-t-on à l’Elysée. Comment ? Quelques orientations, parmi les 50 annonces prévues mardi, viennent d’être dévoilées.

Fin du numerus clausus

C’est confirmé, Emmanuel Macron va annoncer mardi une vraie révolution dans la formation des apprentis médecins : la suppression pure et simple du numerus clausus. On enterre donc la Paces, que les étudiants ne vont pas regretter. Finis les QCM… Mais pas la sélection, qui devrait passer par des partiels plus traditionnels. Une décision qui s’appliquerait non seulement aux médecins mais aux autres professionnels de santé également, sans plus de détails pour le moment. Et qui devrait intervenir au plus tôt pour la rentrée 2019, au plus tard en septembre 2020. « On veut revenir dans le droit commun des études de santé, comme les étudiants en droit par exemple. Et supprimer un système qui ne sélectionne pas sur les compétences et appétences. »

400 généralistes salariés dans les déserts médicaux

On va donc vers plus de professionnels de santé, mieux formés. Mais ces soignants ne commenceront à travailler que dans dix ans. Et rien ne dit qu’ils choisiront d’exercer dans des déserts médicaux… Pour répondre aux besoins dans ces territoires, « le président a réfléchi à des mesures d’urgence, transitoires, reprend-on à l’Elysée. Nous ne souhaitons pas d’obligation pour des médecins de s’installer dans des déserts médicaux. Mais nous enverrons 400 médecins dans les territoires les plus défavorisés, salariés par le centre hospitalier de proximité, disponibles pour faire ces consultations ».

Permanence des soins

Miser sur la télémédecine, ça le gouvernement a déjà commencé, avec depuis samedi le remboursement des téléconsultations par la Sécu. Mais le plan va plus loin. Et pousse tous les libéraux à s’organiser en collectivités, baptisées communautés professionnelles de territoire de santé, pour assurer une permanence des soins. Pour certains, il faudra des murs, pour d’autres du temps et de la coordination afin de proposer au patient un parcours le plus pertinent et adapté possible. Et ces communautés mêlant libéraux et hospitaliers, infirmiers, généralistes, spécialistes… devront également assurer des urgences de jour. « Le vrai problème, ce n’est pas la nuit, mais le jour. Il faut que ces professionnels aient la responsabilité d’organiser un recours à un médecin pour inverser ce flux constant qui arrive aux urgences », explique l’Elysée. Sans préciser quels seront les horaires de ces urgences d’un nouveau type. Ni si ces urgences auront un nouveau numéro de téléphone.

Dégager du temps médical

Afin de libérer du temps médical, le gouvernement souhaite que les soignants se mettent de façon systématique à la prise de rendez-vous en ligne. « Aujourd’hui on compte 100 millions de consultations non honorées, précise l’Elysée. En systématisant la prise de rendez-vous en ligne, à nombre de médecins équivalents, on peut gagner du temps. »

Mais pour donner un coup de pouce aux soignants qui peinent à s’organiser, le gouvernement prévoit de financer des coordinateurs de soin, qui pourront soulager les praticiens des tâches administratives. Et surtout, et c’était une proposition du syndicat MG France, il est prévu de créer un nouveau métier, qu’on appelle pour le moment assistant médical, sur le modèle des « clinical assistants » anglo-saxons. « Il prépare la consultation, il déshabille le bébé ou la personne âgée, prend la tension, réalise l’interrogatoire, aide à faire le suivi administratif et du parcours de soins, précise l’Elysée. Et il viendra en soutien des généralistes ou spécialistes à condition qu’ils se regroupent. » Le gouvernement prévoit de financer 4.000 assistants médicaux pour faciliter le regroupement. « On pourrait ainsi gagner entre 25 et 30 % de temps médical, souligne le cabinet de Buzyn. D’ici 2022, il faudra donc les former, créer un nouveau statut. » Avec quelques inconnues encore : « cela pourrait être aides-soignants avec une formation spécifique, des infirmiers, ou des secrétaires médicales. On estime un coût autour de 50.000 euros par an pour un assistant médical mais tout dépendra du niveau de formation exigé. »

Partir des besoins du patient

« Essayons de ne pas partir des structures, mais des besoins du patient, tranche-t-on à l’Elysée. Du coup, on raisonne proximité. Comment on fait 360 degrés pour remettre chacun à sa place. » En clair, le gouvernement souhaite plus de souplesse entre praticiens de ville et hôpital. Les libéraux pourront donc exercer quelques jours par semaine à l’hôpital, les hospitaliers en ville. Avec une exigence : satisfaire les besoins du patient. Et la qualité des soins, ce qui veut dire que le gouvernement va se pencher sur la gradation des soins et que des maternités ou services de chirurgie qui ne font pas assez d’actes chaque année pourraient fermer.

Pour satisfaire à l’exigence de pertinence des soins (et d’économies…) le gouvernement espère que la tarification à l’acte, qui conduit à trop de soins, laissera progressivement la place à une tarification au parcours. « On souhaite que d’ici 2022, on ait donné une place prépondérante à la tarification au parcours, précise-t-on au cabinet d’Agnès Buzyn. Avec dès 2019 un parcours défini pour le diabète et l’insuffisance rénale chronique et une volonté de l’accroître à d’autres pathologies »

La ministre de la Santé Agnès Buzyn devant l'hôpital Robert Boulin à Libourne le 7 septembre 2018.
La ministre de la Santé Agnès Buzyn devant l'hôpital Robert Boulin à Libourne le 7 septembre 2018. - SIPA

Et côté financements ?

C’est toujours la question qui fâche… Pour lancer cette grande refonte de notre système de santé, le gouvernement prévoit de faire passer l’Objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam), soit la prévision des dépenses de santé, de 2,3 % à 2,5 % pour 2019. Soit d’augmenter le budget de la santé de 400 millions d’euros. Insuffisant ? « Cela vient s’ajouter à toutes les mesures d’efficience soit 30 % d’actes inutiles et 15 % de temps médical inutile », justifie l’Elysée.

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