Plan santé: Emmanuel Macron (très) attendu au tournant par les professionnels de santé

REFORME Ce mardi, le Président doit annoncer une grande «réforme globale» de notre système de santé à bout de souffle...

Oihana Gabriel

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Emmanuel Macron, president de la Republique lors du lancement par le president de la Republique de la strategie de prevention et de lutter contre la pauvrete au Musee de l'Homme. Mardi 18 septembre, Emmanuel Macron poursuit sur les annonces de grandes réformes avec un plan santé.
Emmanuel Macron, president de la Republique lors du lancement par le president de la Republique de la strategie de prevention et de lutter contre la pauvrete au Musee de l'Homme. Mardi 18 septembre, Emmanuel Macron poursuit sur les annonces de grandes réformes avec un plan santé. — SIPA
  • Emmanuel Macron dévoile ce mardi une «réforme globale» du système de santé. Si certains aspects de ce plan, sur les études de médecine notamment, ont été esquissés, beaucoup de mystère plane encore sur ces annonces. 
  • Pourtant les acteurs de la santé comme les élus sont assez d'accord sur les pistes à explorer : favoriser le dialogue entre médecine de ville et hôpital, miser sur la permanence et la pertinence des soins, augmenter les moyens humains et financiers...  «20 Minutes» se penche sur cinq pistes qui pourraient figurer dans ces annonces. 

« On n’a pas de son et d’image sur la réforme », ironisait Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF) lors de sa conférence de presse de rentrée début septembre. Depuis, il a rencontré la ministre Agnès Buzyn et rappelé les priorités pour repenser le système de santé. Mais le mystère qui entoure ce fameux plan, qui doit être dévoilé ce mardi, ne s’est depuis pas totalement dissipé.

Emmanuel Macron devrait annoncer des modifications de fond pour remettre sur les rails un système de santé à bout de nerfs. Urgences bondées, déserts médicaux, psychiatrie oubliée, soignants dégoûtés, les enjeux sont vastes. Ces annonces seront-elles à la hauteur des espoirs des praticiens comme des patients ? Si le contenu reste flou, 20 Minutes se penche sur cinq chantiers que professionnels de santé et élus espèrent voir figurer au menu de ce plan.

Réformer globalement le système

Oubliez le « plan hôpital », des sources bien informées évoquent une réelle refonte du système de santé. « Nous avons besoin d’une vision politique ambitieuse et pas d’un énième colmatage technique », tranche Frédéric Valletoux, de la FHF. Même attente pour Thomas Mesnier, ancien urgentiste et député LREM en Charente, qui a piloté deux missions pour la ministre de la santé : « On a un système de santé conçu à la fin des années 1950 à une époque où on était moins nombreux, on mourait plus tôt, de maladies infectieuses. Aujourd’hui, ce qui prend du temps, ce sont les maladies chroniques. Et il faut 1,8 médecin pour remplacer un médecin qui part à la retraite. Cet écart entre offre et demande va s’accentuer. Surtout avec un accès à l’information médicale partielle qui augmente l’inquiétude et la surconsommation de soins. »

Fluidifier le parcours de soins

Face à ce diagnostic partagé, beaucoup de soignants appellent de leurs vœux un meilleur dialogue entre hôpital et ville, longtemps opposés. Comment fluidifier le parcours du patient ? « Il faut que les acteurs se connaissent et se parlent, résume Audrey Dufeu-Schubert, députée LREM qui a dirigé un établissement de santé avant d’arriver à l’Assemblée nationale.

Le gouvernement a déjà annoncé deux grandes révolutions qui devraient faciliter ces échanges : la télémédecine est remboursée par la Sécu depuis ce samedi. Et le dossier médical partagé (DMP) devrait être généralisé à partir d’octobre. Deux outils qui permettront aux soignants d’échanger informations, de réaliser des consultations en ligne et de gagner ainsi du temps.

« Mais ce plan doit permettre une innovation organisationnelle en s’appuyant sur l’humain et pas seulement des avancées technologiques, nuance la députée. Et il ne faut pas oublier d’ouvrir l’hôpital également vers le secteur médico-social. Pour que les personnes handicapées puissent joindre un médecin la nuit et le week-end par exemple.» 

Assurer la permanence des soins

Comment libérer du temps médical ? La FHF espère une simplification administrative pour que les médecins ne croulent pas sous la paperasse. Et que des médecins de ville puissent exercer occasionnellement dans des hôpitaux de proximité. « Il faut absolument qu’on avance sur les délégations de tâches : confier par exemple le suivi des maladies chroniques aux infirmiers, aux pharmaciens avec des protocoles standards et un système d’alerte en cas de difficulté, suggère Delphine Bagarry, députée LREM et généraliste. Plus on est nombreux et organisés, et mieux on se partagera les territoires. » 

Ce temps de coordination, il faut pouvoir le rémunérer. Certains demandent donc des aides pour l’embauche de coordinateurs de santé et la création d'un assistant médical. « Dans mon cabinet, on l’a expérimenté cet été : on a embauché une infirmière qui s’occupait du premier accueil, témoigne Delphine Bagarry. Elle prend la tension, fait un interrogatoire médical, comme chez certains ophtalmo. Ce qui permet de prendre les patients toutes les 10 minutes. »

«Sans imposer un retour aux gardes obligatoires des libéraux, le ministère pourrait proposer des incitations pour que les médecins de ville prennent en charge des patients en début de soirée et le week-end», avance Frédéric Valletoux. Autant de mesures qui pourraient soulager les urgences débordées. Car quand un patient ne trouve pas de généraliste, il se tourne vers les urgences… même pour une otite. « Pour moi l’urgence, les dernières affaires nous l’ont bien révélé, c’est davantage de régulations donc plus de moyens humains, complète Thomas Mesnier. Dans 2/3 des cas, un simple coup de fil permet d’éviter la consultation. » A condition bien sûr que ces premiers interlocuteurs soient bien formés. MG France suggère de son côté la mise en place d'un numéro d’appel national, le 116-117, dédié aux soins non programmés ne présentant pas un caractère de gravité.

Soulager la psychiatrie en souffrance

Et s’il y a un pan de la santé qui attend de pied ferme ce plan, c’est bien la psychiatrie. Fin juin, Agnès Buzyn avait présenté ses trois priorités pour mieux détecter, améliorer le parcours de santé et insérer les personnes atteintes de troubles psychiatriques. « Il y a évidemment des mesures pour la psychiatrie » dans ce plan santé a confirmé Agnès Buzyn vendredi dernier, une spécialité médicale qui doit « se rapprocher des soins courants ». Mais le discours du président pourrait venir préciser (et chiffrer) ce coup de pouce. « Il faut qu’il y ait un volet sur la psychiatrie, parent pauvre de notre système de santé », prévient Audrey Dufeu-Schubert. Pour elle, rendre cette filière plus attractive peut passer par une meilleure formation des futurs psychiatres, augmenter le nombre de professeurs-formateurs, remettre des moyens dans la recherche et améliorer le maillage territorial.

Améliorer la pertinence des soins

Des moyens pour la psychiatrie, la formation, la régulation des urgences, la coordination d’un parcours de santé, l’attractivité des carrières médicales à l’hôpital comme à la ville…. On en revient toujours à la même problématique sonnante et trébuchante. « Il faut sortir de l’approche comptable », prévient Frédéric Valletoux. Mais pour réaliser des économies et mieux réorganiser les comptes de la santé, beaucoup comptent sur une meilleure pertinence des soins.

Pour Agnès Buzyn, aucun doute, on peut faire la chasse au gâchis, aux actes redondants, aux opérations inutiles : et ainsi économiser jusqu’à 30% du budget de la Sécu.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé, le 7 août 2018.
Agnès Buzyn, ministre de la Santé, le 7 août 2018. - NICOLAS MESSYASZ/SIPA

 

Miser sur la prévention, sur l'ambulatoire et le DMP devrait aider. Beaucoup appellent aussi à supprimer la tarification à l’acte. « Il faut imaginer un financement au parcours et revenir au juste soin, plaide Thomas Mesnier. Aujourd’hui, les médecins ne sont pas encouragés à pratiquer comme il faut. » Concrètement, on ferait comment ? « Si on considère que pour une pathologie il y a besoin de voir tant de fois tel médecin, le kiné, l’infirmière, on propose un forfait qui finance toute l’équipe. » Reste voir si le plan dévoilé ce mardi va promouvoir des mesures de contrôle des médecins.

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