Asthme: Comment faire face au pic des crises chez les enfants à la rentrée?

MALADIE Hygiène et objets connectés peuvent faciliter le suivi du traitement, compliqué à prendre mais nécessaire pour la majorité des enfants qui souffrent d'asthme...

Oihana Gabriel

— 

Une jeune fille se sert d'un inhalateur, illustration.
Une jeune fille se sert d'un inhalateur, illustration. — West Coast Surfer / Moo/REX/SIPA
  • L'asthme est la maladie la plus fréquente pour les enfants en France: environ 10% en souffrent. 
  • Un pic de crises et d'hospitalisations intervient à la rentrée, entre le retour de la collectivité, des virus, des allergies. 
  • Inhalateurs connectés et un nouveau petit personnage ludique, Meyko, peuvent aider les enfants à prendre leur traitement seuls et régulièrement. 

Pour certains enfants, rentrée rime avec difficultés à respirer. En effet, le nombre de recours aux soins d'urgence et d'hospitalisation pour asthme augmente de 50 % à la rentrée… « Les statistiques sont les mêmes tous les ans, deux semaines après la rentrée le nombre de crises explose », constate Marc Sapene, pneumologue.

Rentrée périlleuse

Pourquoi cette période critique ? « Cela s’explique par plusieurs facteurs : comme pendant les vacances ça va mieux, les enfants ont tendance à abandonner le traitement de fond », reprend le spécialiste. Et la vie en collectivité, le retour des virus, des allergènes dans les salles de classe accentuent les risques.

« Associé aux émotions fortes de la rentrée, qui peuvent exacerber les crises d’asthme, on fait face à un cocktail explosif ! », renchérit Sandrine Bender, asthmatique qui a créé un petit compagnon pour aider ces enfants à suivre leur traitement. « Attention, l’asthme n’est pas une maladie psychologique, précise le Dr Sapene, par contre quand on est asthmatique, une période de stress facilite les crises. »

Connaissance, hygiène et régularité

Comment aider son enfant à survivre à cette rentrée risquée ? D’abord en connaissant bien cette maladie, la plus fréquente chez l’enfant : elle touche entre 10 et 15 % des plus jeunes selon les régions françaises. Parents comme enfants peuvent se renseigner notamment dans les écoles de l’asthme.

Côté prévention, les familles doivent apporter un soin très particulier à l’hygiène du domicile. « Bien nettoyer la douche, bannir tous les sprays, les moquettes pleines d’acariens (car la majorité d’enfants asthmatiques sont allergiques), jeter les bougies, huiles essentielles et encens et aérer régulièrement », liste Marc Sapene.

Enfin, et ce n’est pas négligeable, suivre à la lettre son traitement. « C’est une maladie inflammatoire des bronches, qui est permanente, rappelle le pneumologue, également président de l’association Asthme & Allergie. Ce qui n’est pas permanent, c’est la crise. » Et pourtant, il faut pour 70 % de ces enfants asthmatiques suivre un traitement de fond, c’est-à-dire inhaler un traitement anti-inflammatoire.

Injonction incompréhensible

« C’est compliqué de prendre un médicament tous les jours sans savoir pourquoi, car il n’a pas d’effet immédiat, souligne Sandrine Bender, asthmatique. D’autant que c’est plus complexe que d’avaler un médicament ou un sirop : l’inhalation demande de la concentration et du temps. Quand on est petit, on vit vraiment ça comme une injonction incompréhensible. » Et l’inhalateur devient vite sujet de tension entre parents et enfants.

Pour éviter d’oublier cette séance de soin, plusieurs objets ludiques ont vu le jour. Certains patients peuvent s’équiper d’un inhalateur connecté au smartphone. D’autres développent des serious games, pour que les jeunes patients comprennent l’intérêt de suivre avec régularité les inhalations. « On explique de façon ludique et interactive quand il faut sortir sa ventoline », détaille le Dr Sapene qui teste en ce moment avec des enfants un serious game à Bordeaux.

Aptatio a fabriqué un inhalateur connecté pour patients asthmatiques
Aptatio a fabriqué un inhalateur connecté pour patients asthmatiques - J. Urbach/ 20 Minutes

Une inhalation pour redonner le sourire

Sandrine Bender a mis au point avec son associée un petit objet connecté, baptisé Meyko. Un genre de Barbapapa qui encourage les plus jeunes dès 3 ans à prendre leur traitement contre l’asthme seuls et régulièrement. « Il y a énormément d’objets connectés qui sortent faits par et pour les adultes, tranche cette fille de médecin scolaire, qui a dessiné l’objet. Des tests ont montré que les rappels sonores ou visuels fonctionnent assez peu sur les enfants : l’injonction ne vient plus des parents, mais du produit. »

Les parents programment via l’application l’heure du traitement… et Meyko les traduit en termes d’humeur. « Quand il est triste, l’enfant sait qu’il doit approcher son médicament du bonhomme, qui va le détecter et être excité, reprend la designeuse. L’enfant prend son traitement et fait un câlin à Meyko, qui sourit, ce qui enregistre la prise de médicament et le parent est ainsi prévenu sur son portable. » Un petit compagnon* qui responsabilise, ritualise et dédramatise la maladie.

Des enfants jouent avec Meyko, un objet connecté qui sourit quand l'enfant a pris son traitement contre l'asthme et fait un câlin à ce nouveau genre de doudou.
Des enfants jouent avec Meyko, un objet connecté qui sourit quand l'enfant a pris son traitement contre l'asthme et fait un câlin à ce nouveau genre de doudou. - Meyko

Produit pensé pour la pédiatrie plus que pour une pathologie

« Au début, j’étais assez dubitatif, avoue le Dr Sapene. Mais j’ai changé d’avis en voyant combien les enfants s’attachent à cet objet transitionnel, ce qui permet de sortir de la contrainte du traitement. » « Ce n’est pas un jouet qui dure deux semaines, on est dans une vraie relation, comme si on s’occupait d’un animal de compagnie, renchérit Sandrine Bender, qui a testé avec 150 familles ce doudou utile. Certains enfants, qui n’avaient jamais parlé de leur maladie, l’ont expliqué à leurs amis depuis qu’ils ont Meyko. »

Avec quel résultat en termes d’observance ? « En moyenne on constate entre 30 et 60 %d' observance sur un traitement de fond de l’asthme, avec Meyko on arrive à 80 à 95 %, se félicite Sandrine Bender. Qui voit dans ce petit bonhomme bien des promesses : car il pourrait à l’avenir aider les enfants atteints de n’importe quelle maladie chronique à suivre leur traitement… avec le sourire.

*Disponible depuis le 4 septembre (75 euros)

Photo de Meyko, objet connecté qui aide les enfants asthmatiques à prendre seuls leur traitement.
Photo de Meyko, objet connecté qui aide les enfants asthmatiques à prendre seuls leur traitement. - Meyko

>> A lire aussi : Enfants: Deux fois plus de crises d'asthme à la rentrée scolaire

>> A lire aussi : Nantes: Ils fabriquent un inhalateur connecté pour les patients asthmatiques