Antidépresseurs: Un livre polémique relance le débat

SOCIETE Les deux auteurs sont des habitués des ouvrages polémiques...

20 Minutes avec AFP

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Des antidépresseurs (illustration)
Des antidépresseurs (illustration) — SINTESI/SIPA

La dépression, maladie du siècle ? « Non, le marché du siècle ! », clament les professeurs Philippe Even et Bernard Debré dans un livre critique envers les antidépresseurs. Toutefois, les principales conclusions sont contestées par les psychiatres.

80 % des dépressions « élevées de façon délibérée au rang de maladies »

En 2015, les deux hommes habitués des ouvrages polémiques ont reçu un blâme de l’Ordre des médecins après la sortie de leur Guide controversé des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux. Puis, un an plus tard, le Pr Even a été radié après avoir traité des confrères de « putains académiques ».

Ils sortent jeudi un nouveau livre, Dépressions, antidépresseurs, psychotropes et drogues (ed. du Cherche Midi) qui s’articule autour d’une thèse principale : 80 % des dépressions sont « élevées de façon délibérée au rang de maladies » alors qu’elles ne justifient pas l’usage d’antidépresseurs.

« La plupart des dépressions sont d’origine sociétales, créées ou aggravées par une société de plus en plus dominée par l’argent », écrivent les auteurs.

Les dérives de la société en cause

Selon eux, « ce sont les dérives de cette société-là qu’il faudrait d’abord corriger, pour recréer les conditions du bonheur de tous, plutôt qu’endormir souffrances et anxiétés à coups de pilules miraculeuses ».

« Je voudrais qu’on dépense moins pour ça et un peu plus pour la psychothérapie, où le médecin écoute, essaie de rassurer, de rétablir le vivre-ensemble dans une société où on vit comme des lapins dans un clapier », explique à l’AFP Philippe Even, selon qui « le coût des antidépresseurs est d’environ 2 milliards d’euros, cinq fois le déficit des hôpitaux ».

Le débat sur les antidépresseurs n’est pas nouveau. Dans son rapport annuel sur l’évolution des charges publié fin juin, l’Assurance maladie dit vouloir relancer la réflexion sur ces médicaments, « probablement trop fréquemment prescrits de manière inadéquate ».

Selon la Cnam, en 2016, 2,6 millions de Français sans maladie psychiatrique lourde ou chronique en ont consommé au moins trois fois, pour un coût total de 2,4 milliards d’euros.

Des chiffres avancés « exagérés »

En novembre 2017, la Haute autorité de santé (HAS) a également pointé un « mauvais usage des antidépresseurs, trop souvent prescrits pour des dépressions légères, pas assez dans des dépressions sévères, ou délivrés sans psychothérapie ni suivi ».

« Il est important de savoir remettre en cause un traitement par antidépresseur », abonde pour l’AFP Bruno Toussaint, de la revue indépendante Prescrire, en pointant les « effets indésirables » et le risque de « dépendance ».

Pour autant, le chiffre de 80 % de « fausses » dépressions avancé dans le livre est contesté par les psychiatres interrogés par l’AFP.

« C’est exagéré, arbitraire, pas étayé. Ça n’est que du feeling », estime le professeur Antoine Pelissolo, chef de service au CHU Henri-Mondor de Créteil, selon qui « la réalité est beaucoup plus complexe ».

Responsable du département urgence psychiatrique au CHU de Montpellier, le professeur Philippe Courtet dénonce « un discours populiste », basé sur des « approximations » de la part d’auteurs qui ne sont pas psychiatres.

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