Dossier médical partagé: Six questions pour comprendre à quoi va servir la généralisation du «DMP» en octobre

PRATIQUE Il a été lancé en 2004, relancé en 2016, testé en 2017 et il devrait être généralisé à partir d’octobre 2018…

Oihana Gabriel

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Illustration d'une personne devant un ordinateur. A partir d'octobre les Français qui ont une carte vitale pourront ouvrir un carnet de santé numérique, baptisé dossier médical partagé.
Illustration d'une personne devant un ordinateur. A partir d'octobre les Français qui ont une carte vitale pourront ouvrir un carnet de santé numérique, baptisé dossier médical partagé. — O. Gabriel / 20 Minutes
  • Vieux serpent de mer, le dossier médical partagé (anciennement dossier médical personnel) renaît de ses cendres 14 ans après son lancement.
  • Après une phase de test dans neuf territoires pilote, le ministère de la Santé a confirmé lundi qu’il serait généralisé à partir d’octobre à tous les Français munis d’une carte de Sécurité sociale.
  • Ce carnet de santé numérique pourrait sauver des vies, puisqu’il sauvegarde énormément d’informations, analyses, radios que les professionnels de santé peuvent consulter et échanger.

En attendant les derniers arbitrages et communications officielles de l’Assurance maladie, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, l’a confirmé ce lundi : le « DMP » va être petit à petit généralisé à partir d’octobre. Comprenez le « dossier médical partagé », carnet de santé numérique gratuit et sécurisé.

Un serpent de mer lancé en 2004, relancé par la loi santé de 2016 version modernisée, qui va donc après bien des tergiversations et euros dépensés, toucher tous les Français. Enfin ceux qui ont un numéro de Sécu. Depuis janvier 2017, neuf territoires pilotes testent ce DMP pour proposer des améliorations. Comment ce DMP va-t-il fonctionner ? 20 Minutes détaille en six questions ce que l’on sait déjà sur le fonctionnement du futur dispositif.

C’est quoi le « dossier médical partagé » ?

Vous voyez votre carnet de santé écorné, parfois introuvable et souvent illisible ? Le dossier médical partagé sera son équivalent numérique. Objectif ? Selon les textes, « favoriser la prévention, la coordination, la qualité et la continuité des soins ». Car ces informations seront accessibles en quelques clics par les multiples professionnels de santé qui vous suivent. Et ainsi éviter doublons et actes inutiles.

« Selon une étude de Siemens sur leur activité d’imagerie médicale, 35 % des erreurs de diagnostic sont dues à un manque d’informations, ce n’est pas neutre ! », illustre Francis Brichet, directeur du développement de Coreye Healthcare, expert en transformation digitale en santé. On trouvera dans ce dossier votre numéro de téléphone, adresse mais aussi la personne à prévenir en cas d’urgence. Sept grands dossiers regrouperont vos allergies, antécédents, groupe sanguin, pathologies et traitements en cours. Plus volumineux, on pourra y stocker toutes les radios, résultats d’analyses biologiques, comptes rendus d’opération… Mais aussi vos souhaits en termes de don d’organe.

Comment créer un DMP ?

C’est le patient qui sera finalement la plaque tournante de ce DMP. En effet, l’ouverture de ce dossier nécessite le consentement éclairé du patient. En revanche, le DMP n’a rien d’obligatoire. S’il le souhaite donc, le patient pourra créer son DMP sur le site www.mon-dmp.fr muni de sa carte Vitale et de son identifiant et mot de passe envoyés par courrier par l’Assurance maladie. Il pourra aussi le faire dans les accueils des CPAM, ou même dans une pharmacie, puisque les pharmaciens reçoivent un euro par DMP ouvert.

Qui renseigne les informations ?

Le patient, mais également les médecins. Et c’est là que le bât blesse. Car les médecins, notamment généralistes, ont déjà beaucoup de pain sur la planche et de paperasse à remplir. Est-ce qu’ils vont s’emparer de cette nouveauté ? Pour amorcer la pompe, l’assurance maladie s’est engagée à alimenter les nouveaux DMP de façon automatique avec l’historique des deux années précédentes en fonction des données de remboursement.

Qui peut le consulter ?

Uniquement les professionnels de santé. Ni les banquiers, assureurs, employeurs et même médecins du travail ne peuvent y accéder. C’était une question épineuse car comment respecter le secret médical si par exemple une patiente ne souhaite pas que son cardiologue ait accès à son dernier bilan gynécologique ?

Le patient peut évidemment regarder toutes les informations sur son dossier personnel. Mais il peut aussi masquer certains documents. Excepté pour son médecin traitant. Comment ça se passera alors si le patient arrive évanoui aux urgences ? Il existe un accès en mode « bris de glace » : l’urgentiste peut consulter le DMP d’un patient, sauf si ce dernier lui en a bloqué l’accès. Enfin, pour plus de contrôle, tous les accès au DMP sont notés dans l’historique, que le patient peut consulter. Et il peut également demander sa fermeture, mais pourra le réactiver pendant dix ans.

Comment s’assurer de la sécurité des données ?

C’est un des enjeux majeurs de cette innovation. Et sans doute une explication de son accouchement tardif… Le DMP se veut hautement sécurisé et les données sont stockées chez un hébergeur agréé sélectionné par le ministère. « Il faudra que l’hébergeur porte une attention particulière à la sécurité parce que c’est une cible convoitée, prévient Francis Brichet. Les données de santé coûtent 5 à 30 fois plus que des données bancaires. »

Si ces informations privées tombent dans de mauvaises mains, les conséquences peuvent s’avérer catastrophiques. « Imaginez que la Toile apprenne qu’un patron du CAC 40 souffre d’un cancer, l’action de la boîte va chuter. » Et de façon plus générale, ce big data risque d’intéresser les assurances. « Pour le moment, elles n’auront pas accès au DMP, rassure Francis Brichet. Mais à l’avenir, il faut que le patient garde sa liberté de ne pas communiquer ses données de santé aux assurances, qui pourraient s’en servir pour augmenter leurs tarifs si vous buvez et fumez… »

Est-ce que ce DMP va convaincre ?

Seul l’avenir le dira. La Cnam espère atteindre le palier des 2,3 millions de dossiers ouverts fin 2018. Le système, s’il veut devenir un cercle vertueux, a besoin de l’adhésion des patients. L’expérimentation dans neuf territoires pilotes a permis d’ouvrir 500.000 DMP en un an, s’est félicitée l’Assurance maladie en juillet.

« Maintenant que ça existe et qu’on a dépensé beaucoup d’argent, il va falloir s’en servir ! L’intérêt c’est de sauver des vies ou en tout cas améliorer les soins, ce n’est pas rien », conclut Francis Brichet.

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