Paracétamol: Une consultation publique pour prévenir des méfaits d'une surconsommation

MEDICAMENT L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) lance une consultation publique pour alerter sur les risques de surdosage de paracétamol et améliorer les messages d’information inscrits sur les boîtes des médicaments qui en contiennent…

Anissa Boumediene

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L’Agence du médicament (ANSM) lance une consultation publique destinée à renformcer l'information du grand public face aux risques liés au surdosage de paracétamol.
L’Agence du médicament (ANSM) lance une consultation publique destinée à renformcer l'information du grand public face aux risques liés au surdosage de paracétamol. — Martin Lee / Rex Featur/REX/SIPA
  • L’ANSM lance une consultation publique destinée à améliorer les messages d’information inscrits sur les boîtes des médicaments contenant du paracétamol.
  • Elle entend alerter sur les risques de surdosage au paracétamol, qui peut provoquer une hépatite fulminante, potentiellement mortelle.
  • C’est un surdosage au paracétamol qui aurait coûté la vie de Naomi Musenga, décédée en décembre dernier.

On le trouve en vente libre dans toutes les pharmacies, en plaquettes à demi entamées sur nos bureaux et au fond de nos sacs à main. Facile d’accès, le paracétamol est très largement consommé en France, calmant efficacement fièvres et douleurs. Mais ce médicament chouchou des Français, dont l’efficacité n’est pas remise en question, n’est pas pour autant inoffensif.

Consommé en excès, le paracétamol peut être dangereux pour la santé, en particulier pour le foie. C’est pourquoi l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) lance une consultation publique qu’elle mènera jusqu’au 30 septembre pour sensibiliser le grand public, rappelant que « la mauvaise utilisation du paracétamol est la première cause de greffe hépatique d’origine médicamenteuse en France ».

Renforcer l’information des patients

Avec cette consultation publique, l’ANSM souhaite ainsi « renforcer les informations présentes sur les boîtes de médicaments à base de paracétamol, afin de sensibiliser les patients et les professionnels de santé sur les risques hépatiques liés au mésusage de ce médicament, premier antalgique utilisé en France ». Lancée ce lundi, la consultation portera « sur un message d’alerte à faire figurer sur les boîtes et sur l’harmonisation des mentions visant à prévenir ce risque hépatique », indique l’agence du médicament, qui souhaite « sécuriser » davantage « l’utilisation des médicaments à base de paracétamol ».

« C’est une très bonne chose, s’enthousiasme le Pr Christophe Bureau, hépatologue et secrétaire général de la Société française d'hépatologie (AFEF). Le paracétamol est un médicament largement prescrit et utilisé en automédication. Sa toxicité en cas de surdosage ou de mésusage est connue, c’est d’ailleurs la première cause d’hépatite aiguë toxique », rappelle l’hépatologue.

Accessible en vente libre en officine, « et plébiscité à raison depuis l’interdiction de l’aspirine, notamment pour les enfants, ce médicament a les faveurs du grand public, commente le Pr Bureau. L’effet pervers, c’est qu’il y a aujourd’hui une vraie culture du paracétamol en France, que l’on consomme dès les premières fièvres et douleurs. Or, la toxicité du surdosage de paracétamol est trop sous-estimée par le grand public, qui n’est pas suffisamment informé ». Pour l’hépatologue, « il est primordial de prévenir les cas de surdosage et de mésusage du paracétamol, et d’associer les professionnels de santé, médecins et pharmaciens en tête, à cette meilleure information des patients ». Sans cela, « il faudrait éviter la vente libre du paracétamol », prescrit l’hépatologue.

Ne pas dépasser les doses maximales

Pour rappel, la dose maximale de paracétamol à ne pas dépasser est de « 3 grammes par 24 heures, en espaçant les prises », rappelle le Pr Christophe Bureau. Mais « il est des cas de figure plus sournois, souligne le Pr Bureau. C’est ce qu’on appelle la "mésaventure au paracétamol", qui peut survenir chez des patients prédisposés, plus sensibles à la toxicité du paracétamol, sans qu’elles n’aient dépassé la dose maximale quotidienne ». Des cas de figure qui concernent les personnes souffrant de maladies chroniques du foie, celles qui consomment beaucoup d’alcool ou qui sont dénutries.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « une dose unique de 10 à 15 grammes suffit à provoquer une nécrose hépatique pouvant être mortelle ». Mais on peut parfois dépasser la dose maximale sans le savoir. « Il existe 200 médicaments qui contiennent du paracétamol, je suis spécialiste des médicaments depuis 50 ans et je suis incapable de tous les citer », déclarait à l’AFP le Pr Jean-Paul Giroud, auteur de l’ouvrage Automédication, le guide expert (éd. La Martinière).

Une surdose de paracétamol potentiellement mortelle

Une surdose de paracétamol provoque d’abord des « signes discrets d’irritation gastro-intestinale », selon l’OMS, « généralement suivis deux jours plus tard d’anorexie, de nausées, de malaise, de douleurs abdominales, puis de signes progressifs d’insuffisance hépatique et, finalement, de coma hépatique ». Ceux de l’hépatite aiguë, eux, se manifestent par « des frissons, de la fièvre et des douleurs articulaires », ajoute le Pr Bureau. Or en cas d’hépatite aiguë, qu’elle soit virale ou autre, « les malades ont tendance à prendre du paracétamol qui, en excès, aggrave l’hépatite et la transforme en hépatite fulminante. C’est pourquoi face à une hépatite aiguë, nous faisons toujours un dosage de paracétamol ».

Une affection à prendre en charge en urgence. « Elle nécessite l’administration d’une molécule appelée N-acétylcystéine, c’est un antidote à la surdose de paracétamol », voire une greffe de foie, avertit le Pr Bureau. Faute de traitement rapide, cette affection du foie peut être fatale. « Chaque année en France, près d’une centaine de transplantations hépatiques (sur environ 1.200 au total) sont liées à une intoxication au paracétamol, déplore le Pr François Chast, pharmacologue. C’est une proportion considérable, tout ça pour un mésusage d’un médicament réputé anodin ».

Et c’est précisément un surdosage de paracétamol qui aurait coûté la vie à Naomi Musenga. La jeune femme, décédée le 29 décembre à 22 ans après avoir été raillée au téléphone par une opératrice du Samu de Strasbourg, est « la conséquence d’une intoxication au paracétamol absorbé par automédication sur plusieurs jours », indiquait il y a quelques jours la procureure de cette ville, Yolande Renzi, précisant que « la destruction évolutive des cellules de son foie a emporté une défaillance de l’ensemble de ses organes conduisant rapidement à son décès ».

C’est donc pour limiter au maximum les risques liés au surdosage de paracétamol que l’ANSM « invite toute personne qui le souhaite à participer, jusqu’au 30 septembre 2018, à la consultation publique "Risque hépatique lié au surdosage en paracétamol : mise en place d’un message d’alerte sur les boîtes (conditionnement)" ».