Lyon: Face à la multiplication des décès liés au sexe sous drogues, la prévention auprès du public et des secours se renforce

SANTE Une vingtaine de personnes pratiquant le chemsex sont mortes dans la métropole ces douze derniers mois...

Elisa Frisullo

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Les chemsexeurs arrivent aux urgences après une overdose ou un infarctus. Illustration.
Les chemsexeurs arrivent aux urgences après une overdose ou un infarctus. Illustration. — Elisa Frisullo / 20 Minutes
  • Depuis l’été 2017, vingt décès liés au chemsex ont été enregistrés dans la métropole de Lyon. Pour alerter sur ce phénomène et ses ravages, le Corevih Lyon Vallée du Rhône a lancé une vaste campagne de prévention à destination des chemsexeurs et du public.
  • Les services de secours devraient faire l’objet d’une formation sur cette pratique qui touche principalement la communauté gay.

Une pratique à risques de plus en plus répandue, des décès deux fois plus nombreux. Face au phénomène de sexe sous drogue, également appelé Chemsex (Chemical sex), de plus en plus fort dans l’agglomération lyonnaise, le Comité de coordination régionale de lutte contre le VIH (Corevih) Lyon Vallée du Rhône a lancé cet été une vaste campagne de sensibilisation du public, mais également des services de secours et praticiens hospitaliers.

Le Chemsex, pratiqué essentiellement dans la communauté gay, consiste à consommer des substances psychoactives pendant les rapports sexuels afin de booster les performances et les sensations. « Les Chemsexeurs, âgés de 20 à 50 ans, commencent en général par prendre de la drogue (cocaïne, ecstasy) de manière récréative, pendant les soirées. Puis rapidement, ils multiplient et mélangent les produits (GHB, amphétamines…) pendant plusieurs heures pour augmenter leurs performances. Ils sont désinhibés, s’adonnent à des marathons sexuels de plusieurs heures ou plusieurs jours, à plusieurs très souvent », explique Raphaël Greget, en charge du projet de prévention au sein du Corevih.

Des risques forts de contaminations virales ou bactériennes

Depuis l’été 2017, « une vingtaine de décès liés au sexe sous drogue ont été déplorés dans la métropole lyonnaise, contre cinq à six décès environ les années précédentes », indique Jean-Michel Livrozet, médecin et président du Corevih. Les chemsexeurs décèdent d’overdose, d’un infarctus ou d’un AVC. Dans d’autres cas, les patients finissent par s’en sortir après plusieurs jours de coma.

Au-delà des overdoses, ce phénomène, considéré aujourd’hui comme un véritable problème de santé publique, est également à l’origine d’un nombre alarmant de contaminations virales (hépatites A, B, C, VIH) et bactériennes (syphilis, chlamydioses). « Le chemsex est sans doute lié à la recrudescence de cas d’hépatites C dans la population gay et bisexuelle que nous observons ces derniers mois dans la métropole », ajoute le Dr Livrozet.

Pour alerter sur les ravages du chemsex, le Corevih a financé un film, Le chemsexeur, réalisé par Barbara Arsenault et diffusé sur un site internet dédié à cette pratique et sur les réseaux sociaux. « Nous voulons toucher ceux qui pratiquent le sexe sous drogue mais ne se reconnaissent pas comme des chemsexeurs et ont l’impression de ne pas être concernés alors qu’ils le sont. Mais également leurs proches et le grand public », ajoute Raphaël Greget.

Chaque minute compte

Plusieurs décès auraient pu être évités notamment si, lors d’une overdose, les autres participants au marathon sexuel avaient alerté les secours dans les temps. « Il faut réagir vite. Mais souvent, comme les autres sont tous en surconsommation de drogue, ils stressent et ont peur d’appeler les secours. Ils ont alors tendance à s’improviser soignants auprès de celui qui est mal plutôt que d’appeler immédiatement le SAMU », poursuit le jeune homme.

Des efforts de formation devraient également être faits dès cet hiver auprès des sapeurs-pompiers, pas tous forcément au fait de cette pratique et de ses ravages. « Dans Lyon, on peut imaginer que les pompiers professionnels savent de quoi il s’agit, mais dès qu’on s’éloigne un peu du centre, il est probable que des pompiers bénévoles notamment, n’en aient jamais entendu parler », ajoute Jean-Michel Livrozet.

Au-delà du gros chantier de prévention et de la formation, l’Agence régionale de santé Auvergne Rhône-Alpes a missionné un centre d’addictovigilance pour avoir des données plus précises sur les causes des décès et les produits consommés. Dans le cadre de cette évaluation, les services hospitaliers ont reçu pour consigne des autorités de signaler tous les décès pouvant être liés à la pratique du chemsex.

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