Non, la recette du Nutella ne contient pas de phtalates (mais on en trouve dans la pâte à tartiner)

FAKE OFF Le Nutella contient bien des traces de phtalates, un plastifiant très répandu, mais celui-ci n'est pas inclus à l'origine dans la recette de la pâte à tartiner ou dans son emballage...

Alexis Orsini

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Des pots de Nutella en rayon.
Des pots de Nutella en rayon. — Newscast/Shutterstock/SIPA
  • On trouve bien des « traces infimes » de phtalates, un composé chimique (et perturbateur endocrinien), dans le Nutella, comme l'a reconnu Ferrero.
  • Mais ces phtalates proviennent de l'environnement avoisinant et pas de la recette de la pâte à tartiner ou, à l'origine, de ses différents emballages.
  • Jean-Pierre Cravedi, toxicologue à l'INRA, revient pour 20 Minutes sur les dangers du phtalate DEHP concerné.

Et si chaque tartine de Nutella que vous dévorez avec gourmandise contenait, outre de la noisette, une dose de phtalates, un composé chimique – et perturbateur endocrinien – très utilisé pour rendre le plastique plus souple ?

Cette affirmation virale, apparue il y a quelques années, continue de circuler aujourd’hui, notamment sur le site « Le top de l’humour », spécialisé dans la publication d’actualités authentiques comme de fausses informations.

« Le Nutella contient le phtalate le plus dangereux qui soit : le DEHP » clame ainsi l'article en titre, avant d’affirmer : « Ferrero reconnaît que ce phtalate est présent dans le Nutella mais affirme que la quantité est trop faible pour pouvoir avoir un impact sur la santé. » Or, si le géant italien de l’alimentaire a bien reconnu une faible présence de phtalates dans son produit phare il y a quelques années, il se défend d’en être à l’origine.

FAKE OFF

Ferrero le répète ainsi aujourd’hui à 20 Minutes : « La recette Nutella ne contient aucun phtalate. » La marque nous renvoie en outre vers ses précisions adressées aux rédactions françaises en janvier 2012 : « L’emballage de Nutella ne contient pas non plus de phtalates. Le pot est en verre et la capsule en aluminium, aucun plastique n’entre donc dans leur composition [...]. Quant aux couvercles en plastique, ils sont certifiés sans phtalates par nos fournisseurs. »

Comment expliquer, alors, la présence de « traces infimes de phtalates » dans la pâte à tartiner, détectée « par des laboratoires externes indépendants » comme le reconnaît Ferrero ?

 « A ma connaissance, les pots de Nutella ne sont pas en plastique souple. Ca m’étonnerait donc qu’ils contiennent des phtalates puisque ceux-ci sont surtout utilisés pour rendre les plastiques et les emballages souples » avance auprès de 20 Minutes Jean-Pierre Cravedi, toxicologue et directeur de recherche à l’INRA (Institut national de la recherche agronomique). 

« D’autant que la seule restriction du DEHP dans l’alimentaire concerne les produits gras car il repose sur un composé qui migre très facilement dans les graisses : il ne pourrait donc pas être utilisé dans le Nutella puisqu'il contient une quantité de lipides non négligeables » ajoute le spécialiste.

Illustration d'un gros pot de Nutella en Italie.
Illustration d'un gros pot de Nutella en Italie. - ALLILI MOURAD/SIPA

« Les phtalates détectés venaient d’ailleurs »

Pour Jean-Pierre Cravedi, l'explication est à chercher ailleurs : « Ca me semble plus relever d’une analyse mal faite qui a pu tromper le toxicologue d’origine… ou alors les phtalates détectés venaient d’ailleurs ». C’est justement ce qu’affirme Ferrero pour expliquer leur détection par les laboratoires : « Les phtalates, par leur caractère volatile, sont omniprésents dans notre environnement […]. Des traces éventuelles peuvent également être relevées dans des matériaux ou des produits qui en sont à l’origine dépourvus. »

Le DEHP – interdit dans la fabrication de jouets en Europe – est-il en outre le plus dangereux des phtalates, comme l’affirment les différents articles ? « C’est surtout le phtalate le plus étudié, et il a en effet des propriétés antihydrogéniques qu’ont moins les autres, voire pas du tout pour certains. C’est un perturbateur endocrinien, susceptible de provoquer des problèmes au niveau testiculaire, surtout en cas d’exposition entre la période in utero et les premiers mois après la naissance » souligne Jean-Pierre Cravedi. 

Ferrero affirme toutefois que les « traces infimes » relevées dans le Nutella ne « présentent aucun risque pour la santé », et qu’il faudrait manger 25 kilos de Nutella par jour – l’équivalent de 1.660 tartines de 15 grammes – pour « atteindre la limite fixée par les autorités ».

« Les phtalates sont sur la sellette »

Les articles alarmistes sur le sujet se basent donc sur une information exacte mais exagérée au gré de ses reprises… particulièrement nombreuses. L’article du « Top de l’humour » cite en effet une publication de février 2011 du site « Dangers alimentaires », qui s'appuie elle-même sur un reportage d’Arte diffusé à l’été 2010.

Intitulé « L’emballage qui tue », il se penche sur les substances dangereuses présentes dans les contenants alimentaires et accable notamment la pâte à tartiner – déjà très critiquée pour son recours à l’huile de palme : « L’Office fédéral de l’environnement [allemand] a trouvé dans les tartines de Nutella une forte concentration de DEHP, le phtalate le plus dangereux de tous. »

Pour Jean-Pierre Cravedi, les problèmes posés par ces plastifiants dans l’industrie alimentaire pourraient toutefois devenir un lointain souvenir : « Très honnêtement, je pense que les phtalates, de manière générale, sont sur la sellette. Quand il y a une alternative, les industriels vont plutôt la préférer. »

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