Dangers de la sylvothérapie: «Etre en contact fréquent avec un arbre peut entraîner une allergie»

INTERVIEW Alors que la sylvothérapie se développe, certains alertent sur les dangers d'une telle pratique qui consiste à enlacer des arbres...

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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Illustration d'une jeune femme sur un arbre.
Illustration d'une jeune femme sur un arbre. — Pixabay
  • Quantité de livres, cours et stages en forêt prônent les bienfaits de la sylvothérapie.
  • Pourtant, se frotter contre les écorces de certains arbres pourrait provoquer allergies, maladies de peau, brûlures.
  • Lychen, mousse, insectes… La dermatologue Marie-Noëlle Crépy explique pourquoi embrasser les arbres n’est pas une si bonne idée.

Certains assurent qu’ils seraient nos meilleurs amis pour retrouver la paix. Qui ? Les arbres. La nouvelle mode du bien-être venue du Japon, nommée sylvothérapie, assure que participer à des bains de forêt et plus précisément embrasser un arbre aiderait à méditer, faire le plein d’énergie et se reconnecter à la nature. Seulement voilà, selon un récent dossier de Sciences et avenir , ces embrassades sylvestres pourraient provoquer démangeaisons, piqûres d’insectes, maladies de peau… et même un choc allergique mortel.

Pour faire le point sur ces dangers, 20 Minutes a interrogé Marie-Noëlle Crépy, dermatologue à l’Hôtel-Dieu et à Cochin, spécialiste en pathologie professionnelle et auteure d’une fiche pour l’Institut national de recherche et de sécurité sur les « dermatites de contact chez les professionnels du bois ».

Illustration d'un arbre. La sylvothérapie est une nouvelle tendance du bien-être qui vise à se soigner par les arbres.
Illustration d'un arbre. La sylvothérapie est une nouvelle tendance du bien-être qui vise à se soigner par les arbres. - Pixabay

La sylvothérapie est en plein développement et pourtant elle n’est pas sans danger. Dans votre rapport pour l’INRS, vous soulignez notamment que les professionnels du bois risquent de développer des allergies…

Le contact avec le bois peut entraîner des irritations. Certains bois contiennent des substances qui sont fabriquées soit avec un rôle anti-moisissure, soit avec un rôle de réparation, et qui sont allergisantes. Etre en contact fréquent avec un arbre peut entraîner le développement d’une allergie de contact. Surtout dans certaines professions : les forestiers et ceux qui travaillent le bois.

Par ailleurs, des végétaux, des lichens qui vont pousser sur l’arbre peuvent également provoquer des réactions sur la peau. Mais cette réaction allergique ne se développe pas au premier contact : on dit qu’elle est cliniquement muette, rien n’est visible sur la peau. Mais une fois sensibilisée, la personne, lors d’un nouveau contact, va développer de l’eczéma qui se traduit en général entre 24 heures et 48 heures après le contact par une éruption rouge sur la peau, des démangeaisons, des cloques d’eau, des croûtes, qui durent plusieurs jours. Une fois qu’on est allergique, c’est pour la vie ! Enfin, troisième danger : les frullania, des plantes qui ressemblent aux mousses et dont certaines espèces sont particulièrement allergisantes.

Embrasser un arbre, c’est aussi provoquer des rencontres pas forcément agréables avec des insectes : frelons, chenille processionnaire du pin…

Il y a l’arbre, mais aussi tout l’environnement. En enlaçant des arbres, on peut être piqué par des guêpes, des frelons, des abeilles… Mais lors d’une balade en forêt, on peut aussi marcher dans des fougères et être piqué par les tiques. Or, les autorités sanitaires alertent depuis des années sur la maladie de Lyme. Certaines personnes allergiques aux insectes doivent faire particulièrement attention.

Quant à la chenille processionnaire du pin, elle peut entraîner des réactions d’urticaire. Dans ce cas, il s’agit d’une allergie immédiate qui provoque une réaction cutanée et respiratoire. Dans les cas d’allergies à ces chenilles ou à d’autres insectes, on peut avoir le nez qui coule, un malaise, une chute de tension et une crise d’asthme. On parle de choc anaphylactique avec un risque mortel… qui reste rare tout de même.

Finalement, est-ce que cette pratique est véritablement dangereuse ?

Tout dépend du pays dans lequel ces personnes vont exercer cette activité : si c’est en France, ce n’est pas la même chose que dans les pays tropicaux. En France, il faut faire attention aux conifères, la famille des pins. Dans les pays tropicaux, les risques sont plus élevés. Autre donnée importante : la fréquence. Si on s’adonne à la sylvothérapie pendant plusieurs années, on ne sait pas ce qui peut se passer. Chez les forestiers, le risque de développer des allergies n’est pas négligeable. Mais au-delà des allergies, assez rares, ce qui est bien plus fréquent et qu’il faut surveiller, ce sont les épines, les branches cassées, les échardes… Ces plaies peuvent se surinfecter.

Pour ceux qui voudraient absolument tester l’expérience, quelles sont les précautions à prendre avant et après avoir enlacé un arbre ?

Pour éviter d’être piqué et d’avoir des échardes, il faut éviter le contact direct avec l’arbre. Porter des vêtements protecteurs, cela paraît évident ! On peut choisir l’hiver, saison où il y a moins d’insectes. Et après, il faut surtout vérifier qu’on n’a pas de tique, mais ce réflexe est vrai pour toute promenade en forêt ! Si on voit une tique avec un érythème autour, on va consulter son médecin tout de suite. Du côté des allergies, s’il y a juste une démangeaison, mieux vaut prendre une douche. Si des boutons apparaissent, il faut consulter.

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