Passager atteint d'une nécrose pestilentielle: «La nécrose est extrêmement dangereuse et mortelle, mais reste rarissime»

SANTE Un passager russe ayant contracté développé une nécrose après avoir contracté une infection cutanée est décédé...

Propos recueillis par Anissa Boumediene

— 

Avion Transavia, Orly.
Avion Transavia, Orly. — IBO/SIPA
  • Atteint d'une grave nécrose, un passager russe dégageait une odeur pestilentielle à bord d'un avion dans lequel il avait embarqué, contraignant le pilote à se dérouter et à atterrir d'urgence au Portugal.
  • Pris en charge par les médecins, le patient est finalement décédé après l'aggravation continue de son état de santé.
  • L'infection, potentiellement mortelle, est toutefois un phénomène rarissime.

Son odeur avait hanté les passagers qui voyageaient à bord du même vol que lui. Andrey Suchilin, guitariste russe de 58 ans dont l’odeur avait entraîné l’atterrissage en urgence d’un avion de ligne en mai dernier à Faro (Portugal), est décédé ce lundi suite à une défaillance d’organes. Après avoir contracté une infection cutanée lors d’un séjour aux Canaries, le musicien avait développé une sévère nécrose des tissus, ce qui explique les effluves insupportables qu’il dégageait. L’homme, qui a ensuite subi plusieurs interventions chirurgicales en vue de retirer les tissus nécrosés, est finalement décédé après la dégradation continue de son état de santé. Vous vous demandez déjà comment une infection cutanée peut-elle se transformer en nécrose fatale ? Pas de panique, rassure le Dr Henry Pawin, dermatologue, « le phénomène est rarissime ».

Une petite coupure peut-elle se transformer en nécrose ?

Ce n’est pas n’importe quel type d’infections cutanées qui peut se transformer en nécrose. « Durant la Première guerre mondiale, alors qu’il n’y avait pas d’antibiotiques, on parlait à l’époque de gangrène gazeuse, raconte le Dr Pawin. Aujourd’hui, on parle de fasciite nécrosante, causée par des bactéries mangeuses de chair, c’est une infection des tissus cutanés et sous-cutanés, elle est donc assez profonde dans la chair ». Un tissu nécrosé, « c’est un tissu mort, parce qu’il n’est plus vascularisé, explique le dermatologue. C’est extrêmement dangereux, parce que l’infection s’étend et la nécrose gagne du terrain, et envoie des toxines qui s’attaquent aux organes, et peuvent notamment causer une insuffisance rénale ce qui explique la défaillance d’organes à laquelle a succombé ce patient russe ».

A priori, un petit bobo ne se transforme pas en nécrose. « Il faut une infection très profonde, qui peut par ailleurs être provoquée par un écrasement, si un pilier s’effondre sur les membres de quelqu’un par exemple, ou en cas de grand foid, décrit le dermatologue. Le froid peut entraîner engelures et nécrose ».

Comment reconnaître et soigner une nécrose ?

La nécrose survient surtout chez « des patients ayant des tissus mal vascularisés, comme c’est notamment le cas avec les personnes diabétiques, indique le Dr Pawin. Mais même une personne jeune et en bonne santé n’en est pas à l’abri ». Ce qui doit alerter, « c’est l’apparition d’un placard inflammatoire cutané : une plaque de plusieurs centimètres, chaude, rouge, douloureuse et un peu dure au toucher, et qui peut ou non s’accompagner de fièvre », détaille le dermatologue.

En cas de nécrose, le temps qui passe est le premier ennemi. « C’est une course de vitesse, il faut se rendre immédiatement aux urgences et traiter au plus vite l’infection avec un traitement antibiotique par voie orale, voire sous perfusion, prescrit le dermatologue. Au besoin, il faudra retirer chirurgicalement les tissus nécrosés, ce qui conduit dans certains cas à des amputations, quand la nécrose est trop profonde et ne permet pas de sauver le membre infecté ». Il ne s’agit pas pour autant de s’alarmer outre mesure : « la nécrose est certes extrêmement dangereuse, voire mortelle, mais le phénomène est rarissime », rassure le Dr Henry Pawin.

La pressurisation de la cabine a-t-elle pu faire empirer son état et pourquoi l’odeur était-elle pestilentielle ?

Selon les médecins qui ont pris en charge le Russe, l’infection cutanée aurait brusquement viré en nécrose et aurait empiré à bord de l’avion. « C’est possible, répond le Pr Pierre Boutouyrie, cardiologue et chercheur à l’Inserm. Dans une cabine d’avion, il y a une hypoxie – un niveau d’oxygène équivalent à ce que l’on respire à 2. 000 mètres d’altitude. Ces conditions font que le sang est moins oxygéné, et cela peut peut-être avoir un effet "trigger" et accélérer la dégradation de l’état de santé du patient souffrant d’une nécrose », poursuit le cardiologue.

Par ailleurs, une conjonction de facteurs peut expliquer le développement de cette nécrose accompagnée d’une odeur nauséabonde. « Notamment si le patient a contracté une infection à anaérobie, indique le Pr Boutouyrie, qu’il souffrait d’une ischémie musculaire – un mauvais apport de sang oxygéné au muscle —, qu’il était immunodéprimé ou diabétique, et qu’il avait pris des anti-inflammatoires non stéroïdiens, qui réduisent la vasodilatation donc l’apport en oxygène. Ce cocktail va favoriser le développement de germes. Et pour en avoir observé, une nécrose due à une infection à anaérobie dégage une odeur extraordinairement nauséabonde. Et c’est gravissime, j’en ai vu à trois ou quatre reprises au cours de ma carrière en réanimation et à chaque fois, le patient est décédé ».