Non, la France n’est pas envahie par des tiques carnivores (mais c’est bien la saison des tiques)

FAKE OFF Un article parodique de mai 2018 sur un prétendu signalement de « tiques carnivores asiatiques » en France connaît une nouvelle vitalité depuis sa reprise sur Facebook le 2 juillet...

Alexis Orsini

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Photomontage de la tique carnivore parodique imaginée par le site Scienceinfo.fr
Photomontage de la tique carnivore parodique imaginée par le site Scienceinfo.fr — Capture d'écran
  • Le canular, publié en mai par le site parodique Scienceinfo.fr, affirme que des tiques carnivores asiatiques ont été signalées en France par le ministère de la Santé.
  • Il a été repris par le site humouràgogo.fr le 2 juillet.
  • Le ministère de la Santé dément toute alerte, et un spécialiste des tiques revient, pour 20 Minutes, sur les dangers des véritables acariens.

Indifférent(e) aux tiques ? L’article partagé près de 1.000 fois sur la page Facebook « Moi aussi je vais emmerder mon monde » le 2 juillet pour signaler la présence de « tiques asiatiques carnivores » en France a pourtant de quoi faire frémir. A condition toutefois de prendre au premier degré les affirmations toutes plus absurdes les unes que les autres de ce texte qui reprend mot pour mot… un canular du site Scienceinfo.fr, mis en ligne en mai dernier.  

Pêle-mêle, on y lit ainsi que ces tiques prétendument signalées par le ministère de la Santé et venues « d’Asie du Sud-Est » – dont l’apparence est plus proche de la reine Alien que d’un insecte microscopique – peuvent atteindre « les dimensions d’un petit moineau » et se nourrissent « de chair fraîche »… Sans oublier leur goût prononcé pour les chiens et les chats, ou encore, chez les plus voraces, pour les humains. Le site évoque même des cas de « personnes ayant perdu une main, un bras ou une jambe », autant de parties du corps « dévoré[e]s par ces tiques carnivores ».

FAKE OFF

Un simple coup d’œil à la rubrique « A propos » de Scienceinfo.fr indique clairement la nature humoristique de ses contenus : « Voilà, il suffit juste d’être un peu curieux et de cliquer sur ce lien pour découvrir que ce site d’information scientifique publie des informations totalement fausses, voire archifausses? et en plus, même pas vraies. Qu’on se le dise une fois pour toutes : […] ScienceInfo.fr est un site parodique, satirique, anxiogène et sans gêne. » 

Reste que les internautes qui ont découvert la reprise de l’article sur le site humouragogo.fr ou sur letopdelhumour.fr, deux sites qui reprennent régulièrement différentes informations sans les vérifier, ne sont pas forcément remontés jusqu’à la source.

« Le ministère n'a lancé aucune alerte sanitaire »

Contacté par 20 Minutes, le bureau des risques infectieux émergents et des vigilances de la Direction générale de la santé (DGS) le confirme : « Le ministère n’a lancé aucune alerte sanitaire. » L’article humoristique contient toutefois certaines informations véridiques, notamment au sujet de  la maladie de Lyme, transmissible à l’homme après une piqûre de tique.

« Ce ne sont pas tant les tiques qui posent problème que les maladies avec lesquelles elles peuvent nous contaminer, notamment par infection bactérienne. C'est le cas de la bactérie Borrelia et de la maladie de Lyme » explique à 20 Minutes le professeur Daniel Christmann, du service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Strasbourg.

Le spécialiste revient en outre sur une autre affirmation du canular : « Il n’y a pas de tique asiatique : celles qu’on trouve en Asie sont les mêmes que les nôtres. Les tiques ont différents genres – ixodes ricinus, ixodes scapularis… - mais, qu’elles soient en Asie ou en France, il n'y a pas de différence. »

Le crochet tire-tique est le seul moyen de retirer une tique en toute sécurité.
Le crochet tire-tique est le seul moyen de retirer une tique en toute sécurité. - Wikipedia

Une période propice aux canulars sur les tiques

Le timing du canular n’est en revanche pas anodin puisque ces acariens sévissent surtout pendant les beaux jours. « Vu qu’il faut que la température soit de plus de 10°, la période à risque commence vers fin février, mi-avril et dure en général jusqu’à fin novembre, quand les tiques retournent dans le sol. Les zones forestières humides restent les plus exposées » souligne Daniel Christmann.

Pour vous protéger des tiques, oubliez le « casque de chantier ou […] [le] casque intégral de moto » préconisés par le texte parodique, et privilégiez plutôt les conseils prodigués par le professeur Christmann : « On peut rester couvert pour éviter les piqûres, mais ça s’avère souvent compliqué quand il fait 35 degrés… Il est aussi conseillé d'utiliser du répulsif, comme pour les moustiques. »

Importance de la vigilance a posteriori

Le spécialiste rappelle en outre l’importance de la vigilance a posteriori : « Au retour d’une balade dans la nature, il faut s’examiner, notamment sur les plis du genou, les oreilles… partout où les tiques peuvent se nicher. » Et en cas de piqûre, certains réflexes sont à éviter : « Il faut enlever la tique en totalité avec une pince ou un tire-tique, comme on en trouve en pharmacie. Mais il ne faut surtout pas désinfecter avant d’avoir retiré toute la tique. »

Le bureau des risques infectieux émergents recommande pour sa part de « surveiller pendant un mois l’apparition de fièvre ou d’un érythème migrant, une zone rouge qui s’étend en anneau autour de l’endroit de la piqûre [et de] consulter alors un médecin. »

A défaut de savoir si l’acarien en question est porteur d’une bactérie, la prudence reste de mise. « Les gens sont un peu plus inquiets des tiques désormais mais pas forcément conscients des risques transmissibles par les acariens, or c’est là l’essentiel » conclut Daniel Christmann.

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20 Minutes est partenaire de Facebook pour lutter contre les fake news. Grâce à ce dispositif, les utilisateurs du réseau social peuvent signaler une information qui leur paraît fausse.