Prévention de l'alcoolisme: Le lobby de l'alcool va financer un plan sur quatre ans

PARADOXE Les producteurs et négociants de vins, spiritueux et bières ont proposé près de 5 millions d'euros pour financer des actions de prévention contre la dépendance...

20 Minutes avec AFP

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Illustration alcool, bière.
Illustration alcool, bière. — KROD/WPA/SIPA

Mises au pied du mur en février par Emmanuel Macron, qui souhaite opérer une « révolution de la prévention » en France, les producteurs et négociants de vins, spiritueux et bières ont présenté ce mercredi à l’Elysée leur « contribution » au plan de lutte contre l’alcoolisme.

Un plan comportant 30 mesures a ainsi été remis à la conseillère Santé et à la conseillère Agriculture de l’Elysée, Audrey Bourolleau. Ces mesures sont principalement destinées à lutter contre le « binge-drinking », soit la consommation ponctuelle importante d’alcool qui touche surtout les jeunes, et l’alcoolisation fœtale chez la femme enceinte qui concerne 700 à 1.000 naissances par an.

Des actions de formation et de prévention

« Il s’agit d’une grande première » a déclaré Joel Forgeau, président de Vin et Société, l’organisme représentant le puissant lobby du vin, deuxième poste d’exportation derrière l’aéronautique. Et de détailler : « La filière viticole va investir 500.000 euros par an pendant quatre ans sur des actions de formation et de prévention, et les deux autres filières (spiriteux et brasserie) dépenseront à elles deux 700.000 euros par an », soit au total 4,8 millions d’euros sur quatre ans.

Les trois filières de l’alcool proposent également de faire mieux respecter l’interdiction de vente d’alcool aux mineurs, par le biais de formations des professionnels au contact, notamment dans les supermarchés. Ou de favoriser la diffusion de « wine-bags » dans les restaurants pour ne pas obliger les clients à se forcer à finir leur bouteille.

L’alcoolo-dépendance touche 2,9 % des Français

Mais quelle est la garantie qu’un tel plan porte des fruits ? N’est-ce-pas demander au pyromane d’éteindre l’incendie ? D’autant que pour lutter contre le tabagisme, le gouvernement adopte une stratégie radicalement opposée : augmentation du prix des cigarettes jusqu’à dix euros le paquet et messages sanitaires très négatifs.

« L’alcoolo-dépendance est un problème en France car elle touche 2,9 % de la population, alors que selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle ne touche que 0,5 % de la population en Italie et 0,7 % en Espagne qui sont également de grands producteurs de vins », admet Joël Forgeau.

Or, « ces deux pays ont mis en place depuis des années des programmes de prévention construits avec les filières de producteurs. Nous préférons nous inspirer de leur modèle plutôt que de celui des pays du nord de l’Europe qui utilisent l’arme fiscale et des discours moralisateurs excessifs », explique le responsable. Selon lui, ces méthodes « ne marchent pas ».

L’alcool est responsable de 49.000 morts par an en France

Reste que derrière l’engagement de la filière, se cache probablement la crainte d’un relèvement des prix de l’alcool, activement demandé par la Ligue nationale contre le cancer. Le docteur Amine Benyamina, psychiatre addictologue et président de la fédération française d’addictologie, s’est d’ailleurs déclaré déçu par le plan. « On attendait un vrai plan de prévention et de lutte contre les effets de l’alcool en France (prix plancher, taxe, etc.) » a-t-il expliqué, en rappelant que l’alcool est responsable de 49.000 morts par an en France. 

L’Ecosse, patrie du whisky est passée à l’action le 1er mai en devenant la première nation européenne à introduire un prix minimum pour les boissons alcoolisées.

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