VIDEO. Prévention: «Quatre cancers sur dix sont dus au mode de vie et peuvent être évités»

INTERVIEW Selon un article du Centre international de recherche sur le cancer (Circ) publié ce lundi et à paraître ce 26 juin dans le dernier BEH de Santé publique France, 4 cancers sur 10 seraient évitables…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Selon une étude du Circ publiée dans le BEH de Santé publique France, 41% des cancers seraient évitables, notamment en évitant le tabac et l'alcool, les deux premières causes de la maladie.
Selon une étude du Circ publiée dans le BEH de Santé publique France, 41% des cancers seraient évitables, notamment en évitant le tabac et l'alcool, les deux premières causes de la maladie. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • Un article du Centre international de recherche sur le cancer (Circ) publié ce lundi et à paraître ce 26 juin dans le dernier BEH de Santé publique France s’est penché sur les cancers attribuables au mode de vie et à l’environnement.
  • Selon cette étude, 41 % des cas de cancer diagnostiqués seraient dus à ces facteurs et seraient ainsi évitables.
  • A condition de mettre en place des campagnes efficaces de prévention.

Et s’il était possible de tenir en partie le cancer à distance ? Selon un article du  Centre international de recherche sur le cancer (Circ) sur les cancers attribuables au mode de vie et à l’environnement en France publié ce lundi, 4 cancers sur 10 seraient évitables. L’étude, à retrouver dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France à paraître ce 26 juin, rappelle l’importance de « limiter son exposition à ces facteurs de risque classés cancérogènes certains ou probables pour éviter », indique Isabelle Soerjomataram, membre du Circ et coauteure de cette étude.

 

Le rapport liste 13 facteurs de risques liés au mode de vie et à l’environnement, et qui sont classés comme cancérigènes probables. Pouvez-vous nous détailler ces facteurs ?

Au Circ, nous avons travaillé avec de nombreux experts et avons inclus dans l’analyse 13 facteurs de risques destinés à fournir les données les plus représentatives possible de la population française face au cancer. Le but de cette étude était d’estimer la part et le nombre de nouveaux cas de cancer attribuables à des facteurs de risques liés au mode de vie ainsi qu’à l’environnement, chez les adultes en France métropolitaine en 2015.

Nous nous sommes donc penchés sur l’impact de ces facteurs de risques classés cancérogènes certains ou probables, que sont le tabagisme (dont le tabagisme passif), la consommation d’alcool, une alimentation déséquilibrée (consommation insuffisante de fruits et légumes, consommation excessive de viande rouge et de charcuterie), le surpoids et l’obésité, une activité physique insuffisante ou encore de l’utilisation d’hormones exogènes (contraceptifs oraux et traitement de la ménopause). Nous avons également étudié l’incidence de l’exposition à des infections et à des radiations ionisantes (radiologie médicale), de l’allaitement maternel de moins de six mois, de la pollution atmosphérique, de l’exposition aux UV, des expositions professionnelles, ainsi que l’exposition aux substances chimiques.

A la lumière des facteurs de risques étudiés, quels résultats avez-vous observés ?

Nous avons découvert que, parmi les 346 000 nouveaux cas de cancer diagnostiqués chez les adultes de 30 ans et plus en France en 2015, 142 000 seraient attribuables aux facteurs de risques étudiés, soit 41 % des nouveaux cas de cancer, ce qui est considérable.

Sans surprise, le tabac et l'alcool sont les principales causes de cancer. Le tabagisme est responsable du plus grand nombre de cas, il représente à lui seul 20 % des nouveaux cas diagnostiqués en 2015, soit plus de 68 000 personnes ayant développé un cancer à cause du tabagisme. Viennent ensuite l’alcool (8 %), l’alimentation (5,4 %), et le surpoids et l’obésité (5,4 %).

Selon les données recueillies, le nombre de cas de cancer attribuables aux facteurs de risques étudiés est plus élevé chez les hommes que chez les femmes, avec 84 000 nouveaux cas diagnostiqués en 2015 chez les hommes et près de 58 000 chez les femmes. Chez les hommes, les causes principales de cancer sont le tabac (29 % des nouveaux cas), l’alcool (8,5 %), l’alimentation (5,7 %) et les expositions professionnelles (5,7 %). Mais les femmes ne sont pas en reste et le nombre de cancers liés au tabac et à l’alcool est en augmentation chez elles.

Il faut par ailleurs rappeler qu’une part des cancers est liée à des facteurs que nous n’avons pas étudiés ici, parce qu’ils sont génétiques, ou encore inconnus, ce qui laisse à penser que la part des cancers attribuables au mode de vie et à l’environnement pourrait être encore plus importante.

S’il y a 41 % de cancers évitables, que faut-il faire pour réduire ce nombre ?

Notre estimation montre que 142 000 cas de cancer auraient pu être évités si l’ensemble de la population n’avait pas été exposée aux facteurs de risques étudiés, ou si l’exposition à ces facteurs avait été limitée. Car la plupart des facteurs étudiés sont évitables, il faut donc réduire, voire éliminer, l’exposition de la population à ces facteurs, pour éviter au maximum de nouveaux cas de cancer et la souffrance qui les accompagne.

Pour agir efficacement, il faut mettre l’accent sur la prévention, et c’est à cela que les résultats de cette étude doivent servir, pour élaborer des campagnes ciblées de prévention et de sensibilisation du grand public. Il y a quatre éléments importants à retenir. D’abord, la nécessité de faire de la prévention sur le terrain des habitudes néfastes, au premier rang desquelles figure le tabac, talonné par l’alcool. Mais aussi en mettant l’accent sur la sensibilisation à l’importance d’adopter une alimentation équilibrée et une pratique régulière d’une activité physique. En modifiant ces aspects-là de son mode de vie, on s’épargne une importante exposition aux facteurs de risques majeurs du cancer. Et ces changements préconisés sont loin d’être anecdotiques, puisqu’il y a une forte augmentation des cas de cancer liés à l’alcool et au tabac chez les femmes, qui en consomment davantage qu’auparavant.

Mais s’il incombe à chacun de tout faire pour se protéger d’une exposition évitable aux facteurs de risques pouvant favoriser l’apparition d’un cancer, il revient aussi au gouvernement et au législateur de prendre leurs responsabilités : les lois en matière de lutte contre l’amiante ont permis la quasi-élimination de nouveaux cas de cancer liés à l’exposition à ce matériau nocif. Il faut s’en inspirer.