Sexe, casino, voitures de luxe... La face sombre du traitement de Parkinson

MEDICAMENT Ces substances synthétiques miment l’action de la dopamine, un neurotransmetteur...

20 Minutes avec AFP

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Une roulette dans un casino français, le 27 février 2013
Une roulette dans un casino français, le 27 février 2013 — Lionel Bonaventure AFP

Certains traitements contre la maladie de Parkinson ont une face sombre, l’apparition d’une impulsivité qui déclenche troubles alimentaires, hyperactivité sexuelle, envies d’achats ou dépendance aux jeux, qui seraient plus fréquents qu’on ne croyait, selon une étude publiée mercredi.

Publiée dans la revue américaine Neurology, l’étude a porté sur 411 patients français suivis durant plusieurs années. Au cours d’une période de cinq ans, ces « troubles du contrôle des impulsions » frappent près de la moitié (46 %) de ceux traités avec « agonistes dopaminergiques », médicaments synthétiques qui miment l’action de la dopamine, un neurotransmetteur.

« Si on arrête le traitement, ça disparaît »

« Ce sont des gens qui vont se ruiner au casino, se lever la nuit pour vider leur frigo, ou avoir une sexualité débordante. Par exemple être arrêtés pour exhibitionnisme ou divorcer parce qu’ils ont multiplié les conquêtes », indique le Dr Jean-Christophe Corvol, de la Pitié-Salpétrière (Assistance publique-Hôpitaux de Paris).

« Ils vont se mettre à acheter des voitures de luxe. Un patient qui avait beaucoup d’argent disait qu’il avait acheté une Porsche, et sa femme corrigeait : non, tu en as acheté quatre d’un coup », a-t-il poursuivi.

L’étude prouve que ces effets indésirables augmentent avec la dose et la durée du traitement aux agonistes de la dopamine. « Et si on arrête le traitement, ça disparaît, dans l’année chez la plupart », a souligné le Dr Corvol.

Une perte des neurones secrétant la dopamine

La survenue de ces troubles était déjà décrite dans la recherche. Mais l’absence de suivi long laissait croire à une incidence beaucoup moins élevée, de 10 à 15 % en un an. Selon les auteurs, chercheurs de l’Institut de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de Sorbonne université, la connaissance de ces troubles doit inciter les médecins à prévenir les patients et leur famille.

« L’entourage ne s’en rend pas compte au départ, alors que quand on prévient le couple par exemple, il y a une vigilance », affirme Jean-Christophe Corvol. Il évoque aussi des patients pour lesquels le traitement a décuplé la créativité artistique ou littéraire.

La maladie de Parkinson, qui touche une dizaine de millions de personnes dans le monde, principalement âgées, se manifeste par des symptômes moteurs (tremblement, lenteur et raideur) dus à une perte des neurones secrétant la dopamine.

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