VIDEO. Les progrès spectaculaires de la chirurgie de l’œil pour en finir avec la cataracte

YEUX La cataracte est un trouble inévitable avec l'âge, mais depuis quelques années des firmes lancent des lentilles intraoculaires qui peuvent corriger tous les troubles de la vue d'un coup...

Oihana Gabriel

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Un simulateur permet aux chirurgiens (et aux journalistes!) de s'exercer sur un mannequin pour tester une innovation d'Alcon: un appareil automatique pour déposer une lentille à l'intérieur de l'oeil, utilisée pour l'opération de la cataracte.
Un simulateur permet aux chirurgiens (et aux journalistes!) de s'exercer sur un mannequin pour tester une innovation d'Alcon: un appareil automatique pour déposer une lentille à l'intérieur de l'oeil, utilisée pour l'opération de la cataracte. — O. Gabriel / 20 Minutes
  • Du 16 au 19 juin avait lieu le Congrès mondial d'ophtalmologie à Barcelone, l'occasion pour les laboratoires pharmaceutiques de dévoiler leurs innovations. 
  • Et du côté de la chirurgie de la cataracte, les nouveautés sont passionnantes: depuis peu, une lentille intraoculaire permet de corriger cataracte, presbytie, myopie et même astigmatisme. 
  • Dans le centre d'expérimentation de la firme suisse Alcon, à Barcelone, les médecins peuvent s'exercer sur ces nouveaux appareils. Notre journaliste envoyée à Barcelone aussi.

De notre envoyée spéciale à Barcelone,

Nous avons pu le constater de nos propres yeux. La chirurgie de l’œil a connu ces dernières années quelques grandes innovations, présentées lors du congrès mondial d’ophtalmologie, auquel nous avons assisté la semaine dernière à Barcelone. Et parmi les nouveautés à regarder de près, l’opération de la cataracte.

La cataracte, c’est quoi ?

Excepté quelques cas rares de cataracte infantile, c’est un trouble de la vision qui survient avec l’âge : le cristallin, situé derrière votre pupille perd de sa transparence. On voit alors de plus en plus flou et les couleurs s’estompent… À l’image d’un objectif d’appareil photo qui ne ferait plus la mise au point. Avec plusieurs caractéristiques déprimantes : « la majorité des patients de 80 ans développent une cataracte et 20 millions de personnes dans le monde sont aveugles à cause de ce trouble », précise le Dr Francesco Carones, chirurgien de l’œil à Milan. Et cette dégénérescence des yeux ne peut être corrigée autrement que par le bistouri…

Dans le Alcon Experience Center de Barcelone, un simulateur en 3D permet aux journalistes de tester leur méticulosité, en déplaçant avec une pince la lentille en plastique.
Dans le Alcon Experience Center de Barcelone, un simulateur en 3D permet aux journalistes de tester leur méticulosité, en déplaçant avec une pince la lentille en plastique. - O. Gabriel / 20 Minutes

« A l’époque de mon père, on opérait la cataracte autour de 75 ans, aujourd’hui, c’est plutôt vers 60-65 ans, constate le chirurgien italien. Pourquoi ? « Plusieurs phénomènes peuvent l’expliquer. Certes, la cataracte se développe plus tôt en raison de l’exposition prolongée aux UV, mais l’opération est également moins lourde et moins dangereuse qu’avant », avance le spécialiste. Qui précise : en 10 minutes, on retire le cristallin déficient pour le remplacer par une lentille en plastique jaune, pour absorber les UV.

Un prototype permet d'expliquer comment est fait l'oeil. C'est le cristallin qu'il faut retirer pour le remplacer par une lentille en plastique lors de l'opération de la cataracte.
Un prototype permet d'expliquer comment est fait l'oeil. C'est le cristallin qu'il faut retirer pour le remplacer par une lentille en plastique lors de l'opération de la cataracte. - O. Gabriel / 20 Minutes

Une seule opération chirurgicale pour tout corriger

Depuis septembre 2015, Alcon propose, comme d’autres laboratoires, une nouvelle lentille mutifocale qui peut corriger non seulement la cataracte, mais également la myopie, l’hypermétropie et la presbytie. Comme si vous aviez des verres progressifs, mais à l’intérieur de votre œil ! Plus récemment encore, Alcon a mis au point une lentille adaptée aux personnes atteintes d’astigmatisme. En clair, en un passage au bloc, vous pouvez être assuré de vous passer de lunettes, et d’éviter presbytie et cataracte pour vos vieux jours, deux troubles aujourd’hui inévitables à partir d’un certain âge… « L’opération est la même, c’est juste la lentille qui change, qu’on appelle trifocale car elle agit sur la vision de près, de loin mais aussi à moyenne distance », précise Natacha Romano, chef de produit chez Alcon. Plus besoin de jongler (et de chercher) vos trois paires : les lunettes de soleil, celles pour lire et celles pour regarder de télévision…

Manque d’information des patients

Même si quelques effets secondaires peuvent apparaître : un peu de flou et des halos de lumière, notamment pour ceux qui conduisent de nuit. Problème : peu de patients connaissent cette lentille qui corrige tout d’un coup… et peu de chirurgiens la proposent. « Il faut que les patients puissent avoir le choix, en fonction de leur vue, mais aussi de leur mode de vie », nuance le Dr Faustino Vidal Aroca, qui dirige le tout récent centre d’expérimentation et de formation d’Alcon à Barcelone. Un fanatique de ski aura ainsi davantage besoin de cette lentille intraoculaire trifocale qu’une personne dépendante en Ehpad… Mais ces nouveautés ont un coût. Si l’opération de la cataracte avec une lentille monofocale est remboursée par la Sécurité sociale en France, le patient devra débourser 300 euros par œil s’il opte pour la lentille trifocale.

Eviter les infections et réduire les incisions

Du côté des outils au bloc aussi, les firmes cherchent à rendre l’opération encore moins risquée. Car insérer une lentille intraoculaire nécessite une certaine méticulosité. Et peut faire fuir le patient, soucieux de confier la vue aux mains des médecins. Si la lentille intraoculaire (IntraOcular Lens, IOL pour les intimes) a fait son apparition dès 1949, il fallait pour la placer découper l’œil de 10 à 12 mm. Aujourd’hui, la taille de l’incision n’excède pas 2.2 mm. Grâce à la fois à un examen extrêmement minutieux, car « chaque cornée a sa propre courbe, ses irrégularités », explique le Pr Carones, mais aussi à des robots qui permettent une grande précision au chirurgien. « Qui doit se fier uniquement à sa vision et non au toucher, car l’œil ne résiste pas et est très fragile », souligne Miguel Angel Teus, chirurgien de la cataracte à Madrid.

Et depuis octobre 2017, Alcon propose aux médecins une aide précieuse : un nouvel outil qui dépose automatiquement la lentille dans l’œil, nommé Claeron Autonome.

Cet appareil, nommé Claeron et développé par Alcon, permet de glisser la lentille à l'intérieur de l'oeil sans manipulation manuelle et risques d'infection.
Cet appareil, nommé Claeron et développé par Alcon, permet de glisser la lentille à l'intérieur de l'oeil sans manipulation manuelle et risques d'infection. - O. Gabriel / 20 Minutes

Un dispositif testé par nos soins (sur un mannequin, on vous rassure tout de suite)… Après avoir fait une petite incision, on insère cet appareil dans l’œil, on appuie ensuite sur un bouton bleu et grâce à la pression d’un gaz, il y dépose la lentille entourée de gel très progressivement. Avant, le chirurgien devait manipuler et insérer la lentille dans l’appareil, avec des risques d’infections, « mais aussi d’agrandir l’incision si le chirurgien bouge un peu », complète Alex Vilardell, chef de produit chez Alcon. Un dispositif pour le moment disponible uniquement pour les lentilles monofocales. Jusqu’à la prochaine étape.

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