Virus usutu transmis par le moustique: «Il n'y a pas de raison de basculer dans la psychose»

INTERVIEW Un cas de transmission humaine du virus usutu par un moustique a été diagnostiqué à Montpellier...

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Un premier cas du virus tropical usutu, transmis par des moustiques classiques, a été détecté en 2016, a annoncé l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
Un premier cas du virus tropical usutu, transmis par des moustiques classiques, a été détecté en 2016, a annoncé l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). — Gerard Lacz / Rex Featu/REX/SIPA
  • Le virus usutu, originaire d’Afrique, a été diagnostiqué chez un homme en 2016 à Montpellier.
  • A ce jour, 26 cas de contaminations humaines ont été recensés en Europe.
  • Mais le virus n’a pour l’heure fait aucune victime.

On avait déjà la dengue et le chikungunya, transmis par le moustique-tigre. Désormais, en France, il faudra compter avec le virus usutu, transmis par le  moustique classique. L'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) vient de révéler qu’un premier cas de ce virus tropical a été détecté dans l’Hexagone en 2016.

Hospitalisé à Montpellier pendant trois jours, le patient, un homme âgé de 39 ans à l’époque, a souffert d’une paralysie faciale pendant quelques semaines, avant de se rétablir. Il aura fallu attendre un an et demi pour que ce cas, décrit dans la revue Emerging Infectious Diseases, soit diagnostiqué. Mais, pour Yannick Simonin, enseignant-chercheur à l’Inserm, université de Montpellier, spécialiste du virus usutu, « il n’y a pas de raison de basculer dans la psychose ».

Qu’est-ce que ce virus usutu et quel est son mode de transmission ?

C’est un virus émergent, il fait partie de ces nouveaux virus peu connus. Usutu est un arbovirus, de la même famille que zika et que celui la fièvre du Nil occidental : il se transmet par une piqûre de moustique. Pour l’heure, on en sait très peu sur ce virus tropical, si ce n’est qu’il est originaire d’Afrique et qu’il circule depuis quelques années en Europe, par la voie d’oiseaux migrateurs contaminés par des moustiques en Afrique. Car ce virus touche principalement les oiseaux, et il a occasionné des foyers de mortalité aviaire dans plusieurs régions d’Europe, notamment en Autriche, en Belgique et en France.

Ce n’est que depuis quelques années que l’on sait que le virus usutu peut être transmis à l’homme, et les cas sont très rares. Mais on sait qu’il est transmis par la voie des moustiques Culex, ceux que l’on trouve partout en France. En piquant des oiseaux contaminés, ils deviennent porteurs du virus et le transmettent à l’homme en le piquant. Mais il semblerait qu’il n’y ait pas de transmission interhumaine du virus.

S’agissant du patient de Montpellier, il n’avait pas voyagé dans les semaines précédentes, donc il a très probablement été infecté dans sa région par un moustique ayant piqué un oiseau porteur du virus. La Camargue est le terrain de beaucoup d’oiseaux migrateurs et d’insectes, et constitue un foyer non négligeable du virus usutu chez les oiseaux depuis le début des années 2000.

Les contaminations humaines par ce virus émergent sont rares, est-il difficile à diagnostiquer ? Quels sont ses symptômes et peut-il être mortel ?

A ce jour, seuls 26 cas de contamination humaine entraînant une infection aiguë ont été recensés en Europe. Quant à la prévalence du virus, des tests ont révélé qu’environ 70 personnes présentaient les anticorps d’Usutu, ce qui signifie qu’elles ont contracté et combattu le virus, très certainement sans même s’en rendre compte, sans présenter de signes particuliers. Mais on peut légitimement penser que ce nombre est au-dessous de la réalité, puisque la présence du virus est recherchée depuis peu en Europe.

Si les médecins connaissent peu ce virus, côté symptômes, on sait qu’une partie des contaminations sont asymptomatiques. Une autre partie présente les symptômes classiques d’un arbovirus, à savoir une fièvre modérée et une éruption cutanée. Dans certains cas, une forme de jaunisse peut être observée. Enfin, dans les cas les plus graves, les patients peuvent développer des atteintes neurologiques, leur système nerveux central a été affecté par le virus usutu. Parmi les 26 contaminations européennes des dernières années, une quinzaine de personnes ont ainsi développé une encéphalite, voire une méningo-encéphalite, car ce virus est neurotrope, il a un tropisme particulier pour le système nerveux humain. A Montpellier, le patient contaminé a présenté une paralysie faciale temporaire et des fourmillements dans la moitié droite du corps. Le diagnostic a été posé grâce la présence du virus dans le liquide céphalorachidien. Mais un test sanguin peut suffire, si l’on sait quoi chercher.

En revanche, il n’existe ni traitement spécifique, ni vaccin. Si un patient est infecté par le virus, chaque symptôme est traité. Il recevra notamment du paracétamol pour faire baisser la fièvre. Mais, ce qui est rassurant, c’est que le virus usutu n’est à l’origine d’aucun décès.

Usutu est un virus tropical qui a gagné l’Europe. Faut-il avoir peur de la propagation de ces virus tropicaux et notamment du virus usutu ?

C’est le fruit de l’intensification des échanges internationaux de personnes, notamment en avion, et qui constitue un facteur de risque de propagation des virus émergents.

S’agissant d’Usutu, il ne faut pas basculer inutilement dans la psychose. Le virus n’a touché que très peu de monde et n’a fait aucune victime. Pour l’instant, le risque de propagation est assez limité sur le reste du territoire. Toutefois, des foyers aviaires du virus ont aussi été recensés en Alsace et autour du Rhône depuis 2015. Ce qui signifie qu’il y a potentiellement pu y avoir des contaminations humaines par le virus qui n’ont pas été diagnostiquées. Mais, si c’était le cas, ce serait le signe qu’il s’agissait de cas relativement asymptomatiques.

En revanche, il faut organiser la surveillance des foyers aviaires du virus pour anticiper et prévenir tout risque d’épidémie, et vérifier que le virus ne mute pas et ne devienne pas plus dangereux. En France, deux souches différentes de ce virus sont en circulation, et les examens menés en laboratoire montrent qu’elles ont déjà muté et que le virus s’est acclimaté. Notre travail consiste à étudier les réservoirs de ce virus, en surveillant les populations aviaires, les moustiques mais aussi la population humaine.

La vigilance s’accompagne de mesures de bon sens pour éviter la prolifération des moustiques…

A l’instar du moustique-tigre, le Culex prolifère dans les eaux stagnantes et autres points d’eau. C’est pourquoi il faut veiller à éliminer les gîtes larvaires autour des maisons, à commencer par les gouttières de sa maison ou encore les soucoupes de pot de fleurs : c’est là que les femelles moustiques pondent leurs œufs.