Soins dentaires: Qu'est-ce que l'accord sur le reste à charge va changer pour les patients?

BUDGET Un accord entre deux syndicats de dentistes et l'Assurance maladie va permettre de se rapprocher d'un reste à charge zéro pour une partie des actes prothétiques à partir de 2020...

Oihana Gabriel

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Illustration d'une consultation chez le dentiste.
Illustration d'une consultation chez le dentiste. — Sipa
  • Deux syndicats des chirurgiens dentistes sur trois vont signer le 21 juin avec l'Assurance maladie qui va transformer progressivement et lourdement les soins dentaires. 
  • Emmanuel Macron s'était engagé à arriver d'ici la fin de la mandature à un reste à charge zéro pour l'optique, les audio-prothèses et le dentaire.
  • D'ici 2022, les Français bénéficieront d'un reste à charge zéro pour la moitié des prothèses et de frais limité pour un quart des autres prothèses. 

En 2021, beaucoup de Français pourront retrouver le sourire sans prendre un emprunt. Un des pans les plus importants de la promesse de campagne du candidat Macron-un « reste à charge zéro » pour le dentaire- a bien avancé ces derniers jours. Le directeur de l’Assurance maladie a salué ce lundi lors d’une conférence de presse un « accord historique » avec deux syndicats de chirurgiens dentistes.

Si les soins dentaires sont plutôt bien remboursés, 40 % des actes prothétiques restaient à la charge des patients en 2015.

Trois types de remboursements

Le reste à charge zéro ne couvrira pas d’intégralité des soins et interventions dentaires, mais les frais à la charge du patient devraient nettement diminuer d’ici 2022. Avec trois niveaux de prise en charge : un « reste à charge zéro » (RAC) étendu à près de la moitié (46 %) des prothèses dentaires, tandis qu’un quart (25 %) bénéficiera d’un « reste à charge modéré » avec des prix plafonnés.

Les autres actes (29 %) resteront à tarifs libres. L’orthondontie, ces appareils dentaires et autres bagues qui corrigent la position des dents, ne sont pas concernés par cet accord.

Couronnes, bridges et dentiers mieux remboursés

Concrètement, comment les différents soins dentaires seront-ils remboursés ? Si aujourd’hui un patient débourse 195 euros pour une couronne céramo-métallique sur les incisives à 550 euros, au 1er janvier 2020, il sera remboursé en intégralité par la Sécu et la mutuelle (à condition d’en avoir une…).

Quant aux prothèses amovibles, dont les dentiers, il faudra attendre le 1er janvier 2021 pour atteindre un reste à charge zéro.

Allah Baksh, dentiste de rue, prépare une protèse dentaire le 5 mai 2015 à Bangalore
Allah Baksh, dentiste de rue, prépare une protèse dentaire le 5 mai 2015 à Bangalore - MANJUNATH KIRAN AFP

Une bonne nouvelle, notamment pour les 17 % des Français qui renoncent à un bridge ou même à un dentier. Sans pour autant se pâmer bouche ouverte et toutes dents dehors.

L’accord proposé par l’Assurance maladie propose de rembourser intégralement les dents les plus visibles : « Nous avons fait un choix qui va être de privilégier justement des couronnes qui répondent aux attentes esthétiques des patients, ces fameuses couronnes céramiques, pour les dents du sourire », a souligné Nicolas Revel, le directeur de l’Assurance maladie. Pour les molaires, en revanche, on pourra opter pour une couronne métallique pour 0 euro, en céramique full zircon avec un RAC de 40 euros… ou pour une couronne céramique ou en métal précieux dont le prix reste libre.

Examens bucco-dentaires réguliers remboursés de 3 à 24 ans

Autre pan de cet accord : renforcer la prévention, notamment auprès des plus jeunes. Les enfants de 6 à 18 ans se voient aujourd’hui proposer un examen bucco-dentaire totalement remboursé tous les trois ans. Un rendez-vous préventif élargi et rénové : les jeunes Français pourront ainsi voir un dentiste sans débourser un centime entre 3 et 24 ans. Et la consultation sera adaptée aux besoins de chaque âge. Plusieurs actions de prévention seront également mises sur pied et financées à hauteur de 108 millions d’euros.

Des soins dentaires plus chers

En revanche, pour équilibrer les comptes et convaincre les chirurgiens-dentistes, l’accord prévoit une revalorisation de nombreux soins. Ainsi, la restauration 3 faces, fréquente, passe de 40,97 à 65,50 euros, la dévitalisation d’une molaire de 82 euros à 110 euros, l’extraction d’une dent de lait de 16,72 à 25 euros.

Mieux vaut souscrire une mutuelle qui rembourse bien quand on cumule les caries et dents branlantes… Bonne nouvelle tout de même, la séance de détartrage, déjà revalorisée de 50 %, ne verra pas son prix modifié.

Vases communicants ?

Reste à savoir si cette mesure, qui devrait coûter autour d’1,2 milliard sur cinq ans à l’Assurance maladie et aux complémentaires, ne risque pas de se répercuter par d’autres biais sur le budget des ménages. Les complémentaires santé vont-elles faire exploser leurs tarifs pour équilibrer leurs comptes ? « Les 500 millions d’euros d’efforts demandés aux complémentaires s’étalent sur cinq ans, je ne pense pas qu’il y aura un impact spécifique de cet accord par rapport au rythme actuel de la hausse des tarifs », a avancé Nicolas Revel ce lundi.

En revanche, les négociations en cours, qui pourraient aboutir d’ici quelques semaines, sur un reste à charge zéro pour les audioprothèses et l’optique pourraient être moins favorables aux patients. Ainsi, les lunettes devraient être remboursées uniquement tous les trois ans, contre deux aujourd’hui et le plafonnement des montures et verres baisserait sévèrement.

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