Sexe: Peut-on booster la libido féminine?

ENVIE D'AVOIR ENVIE Alors que le tout premier complément alimentaire censé booster la libido des femmes vient d’arriver dans les pharmacies françaises, la charge mentale serait un élément clé de la baisse de libido…

Anissa Boumediene

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Illustration d'un couple au lit.
Illustration d'un couple au lit. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • Le tout premier complément alimentaire censé booster la libido des femmes vient d’arriver dans les pharmacies françaises.
  • Si nombre de femmes et d’hommes éprouvent à un moment de leur vie une baisse de libido, les troubles du désir sexuel seraient la dysfonction sexuelle la plus commune chez les femmes.
  • Sans grande surprise, la charge mentale serait un élément clé de la baisse de libido des femmes.

Pas envie. Pas le temps, fatiguée, stressée ou ménopausée : une femme peut à différents moments de sa vie éprouver une baisse de libido. Parfois passagère, parfois plus longue, sans trop en savoir la cause, ni comment retrouver l’envie. Pas question pour autant de dire que les troubles du désir sexuel sont l’apanage des seules femmes, les hommes ne sont pas épargnés non plus. Mais si ces messieurs peuvent en cas de besoin recourir à une petite pilule bleue, il n’y a pas d’équivalent féminin. Existe-t-il un moyen de booster la libido féminine ? Le désir féminin se passe-t-il seulement dans la tête ?

Identifier la cause du trouble du désir

Déjà en 2008, l’enquête «Contexte de la sexualité en France », menée par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs de l’Inserm, de l’Ined et du CNRS, révélait que 36 % des femmes (et 22 % des hommes) connaissent « parfois » ou « souvent » un manque de désir sexuel. Des chiffres qui auraient largement évolué à la hausse, puisque « 55 % des femmes françaises disent connaître, ou avoir été confrontées à des difficultés sexuelles, principalement des troubles du désir (46 %) », indique le Dr Sylvain Mimoun, gynécologue et psychosomaticien à l’hôpital Cochin à Paris, à l’occasion du lancement de Libicare (Laboratoires Procare Health), le tout premier complément alimentaire censé booster la libido féminine.

Ainsi, « les troubles du désir sexuel (TDS) sont la dysfonction sexuelle la plus commune chez les femmes, avec une incidence sur la qualité de vie et sur les relations intimes », poursuit le Dr Mimoun. En premier lieu, il faut « identifier la cause du TDS, prescrit-il. Il peut avoir plusieurs causes, physiologiques et hormonales, au premier rang desquelles figurent la ménopause, l’allaitement, les suites d’un accouchement ou l’utilisation de contraceptifs ».

Mais un complément alimentaire peut-il suffire à relancer la libido féminine ? « En agissant notamment sur la concentration endogène de testostérone libre – l’hormone du désir et de l’excitation –, ce traitement peut significativement améliorer le désir et les autres facteurs de la fonction sexuelle que sont le désir, l’excitation, la lubrification, l’orgasme et la satisfaction », assure le Dr Mimoun.

Mais « il faut savoir de quoi on parle, complète le Dr Michelle Boiron, psychologue et sexologue. Il y a d’une part la libido hormonale, qui est différente pour chacune des femmes, et d’autre part le désir, lorsqu’une femme dit à son partenaire "j’ai envie de toi". Et enfin, tout ce qui relève de l’excitation : l’érection chez l’homme, et la lubrification chez la femme », expose-t-elle.

Concernant les TDS chez la femme, « c’est vrai que, jusqu’à présent, il n’y avait rien sur le marché, pas d’équivalent féminin du Viagra, donc, de ce point de vue-là, si aucun effet indésirable n’a été rapporté pour ce complément alimentaire, pourquoi pas ». Pour Nathalie Giraud-Desforges, sexothérapeute : « Aucun traitement ne peut donner envie de faire l’amour s’il n’y a pas de désir au départ. Il faut que l’envie soit déjà présente. »

Peut-on ne pas avoir envie ?

Mais si elle n’est justement pas présente ? On peut simplement « ne pas être porté(e) sur la chose », analyseraient les esprits pudiques. Mais dans une société dominée par l’injonction au désir et à la sexualité épanouie, peut-on ne pas avoir envie de sexe ? « J’ai des patientes qui n’aiment pas le sexe, pour elles, il ne se passe rien, même si elles ont des orgasmes du reste, mais elles ne manifestent simplement pas de désir, pas d’intérêt pour le sexe, et s’en accommodent tout à fait en ce qui les concerne, révèle Michelle Boiron, sexologue. Mais elles me consultent parce que cela représente un problème dans leur couple. »

Ne pas avoir envie de sexe peut s’expliquer par bien des raisons. « Outre des problèmes hormonaux qui influent sur le désir sexuel, il peut y avoir des causes physiologiques à la baisse de libido : en cas de pathologie vulvaire (mycose, cystite), lorsque le vagin devient une zone de douleur, ajoute la psychologue-sexologue. Mais il ne faut pas oublier la dimension psychologique : le manque de désir peut trouver sa cause dans des traumatismes plus profonds, mais aussi être imputable au partenaire, car dans le couple, il faut être deux pour avoir une sexualité épanouie. »

Et il est un invité des plus indésirables dans le lit des couples français : le porno. « C’est une catastrophe tant pour les hommes que pour les femmes, estime la sexologue. Il ruine le désir avec une vision faussée du sexe qui n’a rien à voir avec la réalité. Or, le désir est quelque chose de subtil, il s’entretient, indique Michelle Boiron. C’est différent de l’excitation, qui se nourrit de fantasmes, de transgression, d’un peu d’interdit et de sale, poursuit la sexologue. Aujourd’hui, il y a d’un côté un contexte d’injonction à l’orgasme et de l’autre de vrais troubles du désir sexuel chez la femme. »

La charge mentale, tueuse de libido

Des TDS qui ont aussi une cause largement répandue. Telle une cigarette consumant lentement la libido, le poids du quotidien nuit lui aussi gravement à l’envie de parties de jambes en l’air : la charge mentale. Dans le schéma classique d’une femme mariée depuis de nombreuses années, maman, qui gère le boulot, la maison et la marmaille, pas toujours le temps d’avoir envie de faire l’amour quand on rêve juste d’une bonne nuit de sommeil.

« Après le travail, quand j’ai fait les courses, préparé à dîner, fait les devoirs des enfants, que je leur ai donné le bain et que je les ai couchés, eh bien, après tout ça, j’ai juste envie de mater une série et de me coucher, résume Annabelle, 36 ans. Clairement, la routine de working mum mariée, mélange de fatigue et de charge mentale, ça tue un peu la libido. »

Pour autant, pas question de culpabiliser. « Mon manque de libido, j’en prends acte et je m’en fous ! » plaisante Clémence, maman d’un petit garçon de 3 ans. Cadre supérieure, la jeune femme a des journées de travail bien chargées. « Je rentre déjà fatiguée du boulot, et là commence ma deuxième journée, où je dois gérer le petit et la maison, alors je me cantonne aux tâches essentielles. Je suis si épuisée physiquement que ça coupe court à toute envie, confie Clémence. Il y a une part de flemme : sous le poids du quotidien, le sexe devient un effort supplémentaire à fournir, et dans la tête, on n’est pas toujours disponible pour fournir cet effort-là ».

Un avis partagé par Annabelle. « Mon mari accomplit sa part de tâches à la maison et avec les enfants, mais, en pratique, quand il rentre le soir, je me suis déjà occupée des courses, du dîner, du bain et des devoirs des enfants. Lui, quand il arrive, il prend une douche et se pose : il a le temps d’avoir envie, analyse-t-elle. Moi, je me couche souvent en me disant que je n’ai pas eu le temps de me poser ne serait-ce que 5 minutes, que je n’ai eu aucun répit dans ma journée. En tant que femme, on a trop de contraintes ! »

D’ailleurs, Clémence en est persuadée : « il y a un lien de cause à effet évident entre charge mentale et baisse de libido. Le déséquilibre dans la répartition des tâches au détriment de la femme a nécessairement un impact délétère sur son désir : quand tu as beaucoup moins de choses à faire, tu as plus envie de faire l’amour ! » Et la science lui donne raison. Selon une étude américaine publiée en 2016, «The Gendered Division of Housework and Couples Sexual Relationships: A Reexamination » (Division genrée des tâches ménagères et relations sexuelles des couples : le réexamen), les couples au sein desquels la répartition des tâches ménagères est équitable font plus souvent l’amour que les autres. CQFD.

Retrouver l’envie d’avoir envie

« Mes amies me parlent souvent de leur manque de désir, qui devient un objet de disputes avec leur mari, qui se plaint de leur manque d’envie, raconte Annabelle. Moi, j’aime le sexe, mais il y a des jours où je me sens comme Lynette, dans Desperate Housewives, j’ai juste envie de dire à mon mari : "OK, on le fait, mais moi je fais l’étoile de mer". Souvent, je suis si fatiguée que je me dis que je pourrais me passer facilement de sexe pendant un mois, mais mon mari deviendrait fou ! »

Dans ce contexte de (sur)charge mentale, comment retrouver du désir ? « Pour retrouver l’envie d’avoir envie, il faut commencer par prendre du temps pour soi », répond Nathalie Giraud-Desforges, sexothérapeute. Et cela passe aussi par vous, messieurs : emmenez les enfants au cinéma, pensez à acheter et changer l’ampoule grillée du couloir et emparez-vous de ce chiffon informe qui répond au nom de serpillière, votre femme et votre vie sexuelle vous en remercieront.

« De manière générale, les femmes ont plutôt une approche contextuelle du sexe, elles ont besoin de "se mettre dans l’ambiance", décode Michelle Boiron. Il n’y a pas de recette miracle pour booster la libido, ce sont toutes sortes de petits efforts et d’attentions qui sont à mettre en œuvre. Pour y parvenir, cela requiert un temps que l’on prend rien que pour soi. Une épilation et de jolis sous-vêtements peuvent aider une femme à se sentir belle et désirable, à condition qu’elle en ait le temps. Mais cela vaut aussi pour son partenaire, un peu de parfum et une haleine bien fraîche feront toujours meilleur effet dans une démarche de séduction charnelle. »

« Il faut juste faire l’effort de faire l’effort, parce que le sexe est agréable et cimente le couple, déclarent de concert Annabelle et Clémence. Il faut savoir ne pas trop écouter sa fatigue, se laisser gagner par le désir de son partenaire : dès que la température monte, la fatigue part. »