Mort d’un nageur de la «maladie des rats»: «Environ 10 % des patients contaminés meurent de la leptospirose au niveau mondial»

INTERVIEW Le spécialiste à l'Institut Pasteur Mathieu Picardeau détaille les symptômes, précautions et traitements contre la leptospirose, qui touche 1 million de personnes dans le monde...

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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Illustration d'un rat dans des herbes. La Leptospirose se propage notamment par les urines des rongeurs.
Illustration d'un rat dans des herbes. La Leptospirose se propage notamment par les urines des rongeurs. — Pixabay
  • Un triathlète est décédé mi mai de la leptospirose, après s'être baigné dans un lac en Gironde, a dévoilé Sud-Ouest mercredi. 
  • La leptospirose, «maladie des rats» touche environ 1 million de personnes dans le monde, principalement dans les pays du Sud. 
  • Comment la maladie bactérienne s'attrape et comment réagir? «20 Minutes» a posé quelques questions au responsable du centre de référence sur la leptospirose. 

Comment être sûr que quelques brasses ou une sortie kayak cet été dans un lac ne risquent pas de vous envoyer aux urgences ? A la mi-mai, un triathlète de 44 ans qui fréquentait le lac des Dagueys à Libourne est décédé après avoir contracté la leptospirose, également baptisée la « maladie des rats » car elle se transmet notamment par l’urine des rongeurs.

Un décès qui a mis en lumière cette pathologie rare et méconnue. Pour en savoir plus sur les symptômes, risques et traitements, 20 Minutes a interviewé Mathieu Picardeau, responsable du centre de référence de la leptospirose à l’ Institut Pasteur.

Pourquoi surnomme-t-on la leptospirose « la maladie des rats » alors que d’autres animaux peuvent transmettre cette maladie bactérienne ?

En effet, tous les mammifères sont porteurs de cette bactérie mais les rats en sont les principaux « réservoirs ». D’abord parce qu’on les retrouve partout sur la surface du globe, dans les zones rurales comme urbaines. Mais surtout parce que seuls les rongeurs (rats, souris, ragondins) sont des porteurs asymptomatiques de la maladie, on ne peut donc pas savoir qu’ils sont atteints. Alors que les autres animaux développeront une maladie des reins. On a découvert cette maladie il y a un siècle exactement, en 1918. Les premières souches ont été retrouvées dans les tranchées de Verdun, où les inondations et conditions sanitaires difficiles étaient favorables aux épidémies de leptospirose.

Est-elle rarement mortelle ?

En France métropolitaine, on ne compte que 600 cas par an et la plupart des patients guérissent vite. Mais on n’a pas les données épidémiologiques sur le nombre de décès en France. On connaît en revanche des données mondiales : 60.000 décès par an pour environ 1 million de cas. On peut donc dire qu’environ 10 % des patients meurent de la leptospirose au niveau mondial, sachant que dans pays développés ce chiffre est moindre.

Comment risque-t-on de l’attraper ?

Au contact des déjections des animaux porteurs. La principale voie de transmission, c’est la baignade en eau douce. Car les rats et ragondins vont uriner sur les berges ou dans l’eau, où la bactérie peut survivre quelques semaines. Normalement, elle ne traverse pas la peau saine, donc elle peut se transmettre par voie cutanée si on a une plaie. Ou si on boit la tasse. Mais on ne sait pas aujourd’hui si les patients sont contaminés parce qu’ils sont plus vulnérables ou parce qu’il y a une grande concentration de bactérie dans ce plan d’eau.

Quels sont les symptômes reconnaissables ?

C’est une grosse grippe qui arrive en plein été ! La fièvre et les courbatures peuvent se manifester jusqu’à une semaine après la baignade. Le problème majeur, c’est le diagnostic tardif. Car cette maladie est très méconnue. Et le patient ne va pas forcément penser à dire à son généraliste qu’il s’est baigné… Mais si la maladie est prise à temps, le problème est réglé avec des antibiotiques. D’autant qu’il n’y a pas de résistance connue aux antibiotiques. Si on attend, il existe un risque de complications (atteintes du foie et du rein) qui peuvent entraîner la mort.

Est-ce qu’il y a des recommandations précises pour les baigneurs ?

On peut éventuellement mettre un pansement imperméable sur une plaie pour éviter la contamination par voie cutanée. Il faudrait surtout sensibiliser sur cette maladie que personne ne connaît dans des lieux où il y a eu des cas de leptospirose. Pas la peine de généraliser à l’ensemble des cours d’eau de France. Rien ne sert de dramatiser ! En revanche, cette maladie est plus courante dans les Dom-Tom. Pendant la saison des pluies, on constate des épidémies de leptospirose tous les ans, avec 10 à 50 fois plus de cas dans les Dom-Tom qu’en métropole. Car le climat joue un rôle : la pluie va lessiver les sols et toutes les urines sur les berges vont aller dans l’eau.

Existe-t-il un vaccin ?

Oui, un vaccin a été développé dans les années 1980 pour les égoutiers de la ville de Paris dans un premier temps. Il est actuellement commercialisé par une société pour les professionnels à risques : égoutiers, plongeurs professionnels, vétérinaires qui sont en contact très régulier avec les rongeurs. Si c’est pour se baigner une fois dans l’année, ce n’est pas nécessaire de se vacciner.

Quand aura-t-on les résultats de l’analyse de l’eau du lac des Dagueys à Libourne, dans lequel le triathlète s’est baigné et est décédé d’une leptospirose ?

Sans doute la semaine prochaine. Mais quel que soit ce résultat, il restera difficile à interpréter. Pourra-t-on être sûr que cet homme a été contaminé dans ce lac ? Cette bactérie responsable de la leptospirose est très fréquente en eau douce.

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