Tabagisme chez les chômeurs: «C'est une véritable chute, il s’est passé quelque chose d’important»

INTERVIEW François Bourdillon, directeur général de Santé publique France, estime qu’il s’agit d’un « succès formidable » lié à une « synergie » des mesures prises à l’égard du tabac et des fumeurs…

Propos recueillis par Helene Sergent

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Une femme finit de fumer une cigarette (image d'illustration).
Une femme finit de fumer une cigarette (image d'illustration). — ERIC FEFERBERG / AFP
  • En un an, la France compte un million de fumeurs en moins selon le baromètre publié lundi par Santé publique France.
  • Le tabagisme quotidien diminue fortement chez les fumeurs les plus défavorisés, passant de 39 % en 2016 à 34 % en 2017 parmi les personnes à bas revenus et de 50 % à 44 % parmi les personnes au chômage.
  • Pour François Bourdillon, cette baisse est significative et pourrait s’accentuer les prochaines années.

« C’est un succès formidable ! » Le chiffre a de quoi réjouir François Bourdillon, le directeur général de Santé publique France. Depuis un an, la France compte un million de fumeurs quotidiens en moins. Une baisse que l’on constate aussi parmi les catégories les plus défavorisées.

Selon le baromètre publié lundi, le tabagisme quotidien diminue chez les fumeurs les plus défavorisés : passant de 39 % en 2016 à 34 % en 2017 parmi les personnes à bas revenus. Pour le patron de l’instance chargée de mesurer l’évolution du tabagisme en France, les chiffres de l’année 2017 signent un véritable tournant.

Comment expliquez-vous la diminution du tabagisme chez les fumeurs les plus défavorisés ?

Le plan national de réduction du tabac a pour objectif de cibler les plus gros fumeurs avec des mesures spécifiquement orientées vers cette catégorie de population. Pour le mois sans tabac, on vise en priorité les fumeurs les plus défavorisés en développant notamment un partenariat avec Pôle emploi ou les lycées professionnels. On sait aussi que les mesures d’augmentation de prix ont un effet indéniable sur le portefeuille et que la cigarette génère une pression financière. La part du tabac est devenue très importante dans le budget mensuel des fumeurs. Dans le même temps, le remboursement des substituts nicotiniques a augmenté. C’est la conjonction de toutes ces mesures et cette synergie qui expliquent cette diminution.

S’agit-il d’une première ? Pourquoi cette donnée est-elle significative ?

Cela fait dix ans qu’on suit, à travers le baromètre, le niveau de tabagisme des chômeurs. Ils étaient 40 à 43 % au début des années 2000, puis ce chiffre a dépassé plus de 50 %. Globalement, on assistait soit à une augmentation, soit à une stabilité. Cette fois, on passe de 50 % de fumeurs parmi les personnes au chômage en 2016 à 44 % en 2017. C’est une vraie chute ! Dix points de moins, ce n’est pas une petite variation, il s’est passé quelque chose d’important.

Cette baisse s’inscrit-elle véritablement dans la durée ou s’agit-il d’une donnée ponctuelle sans effet à long terme ?

Sur le fond et plus globalement, un million de fumeurs quotidiens en moins en un an, c’est un succès formidable, il faut le souligner. La politique publique menée en la matière va perdurer puisque la ministre de la Santé a annoncé une augmentation de 3 euros du prix du paquet entre 2017 et 2020. C’est aujourd’hui la mesure la plus efficace de toutes, l’expérience française le prouve et les études menées à l’étranger ont souligné qu’une augmentation de 10 % du prix du tabac abouti à une réduction du tabagisme.

L’autre élément qui nous permet de penser que cette baisse générale s’inscrit dans la durée, c’est la perception du tabac par les plus jeunes. On constate que les adolescents trouvent le tabac de plus en plus ringard. On assiste, je crois, à un vrai mouvement de fond et j’espère que cela permettra aux plus démunis d’avoir envie d’arrêter de fumer.

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