Femme et sans cheveux: «Etre chauve est l’un des plus beaux cadeaux que la vie m’ait faits»

TEMOIGNAGES En cas d’alopécie ou de pelade totale, il arrive que des femmes se retrouvent sans aucun cheveu, mais pour certaines, c’est loin d’être une fatalité…

Anissa Boumediene

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Sans cheveux depuis 17 ans, Johane a décidé de consacrer son énergie à s'accepter telle qu'elle était et privilégier son bonheur plutôt que de continuer à tenter des traitements de repousse qui ne fonctionnaient pas.
Sans cheveux depuis 17 ans, Johane a décidé de consacrer son énergie à s'accepter telle qu'elle était et privilégier son bonheur plutôt que de continuer à tenter des traitements de repousse qui ne fonctionnaient pas. — Johane B. / Rose aux joues Photographie
  • Si les hommes sont davantage touchés par les problèmes de chute de cheveux, les femmes ne sont pas épargnées.
  • En cas d’alopécie ou pelade totale, des femmes peuvent en quelques mois se retrouver complètement chauves.
  • Démarre alors un cheminement d’acceptation de soi, que nous racontent plusieurs lectrices de « 20 Minutes », qui ont accepté de livrer leur témoignage.

Leurs cheveux, elles les adoraient, elles en étaient fières et les considéraient comme un élément essentiel de leur beauté. Jusqu’à ce qu’ils commencent à tomber. A tous tomber, jusqu’au dernier, à cause d’une alopécie, ou pelade totale. Aujourd’hui, elles sont chauves, mais vivent avec, sans cheveux, et l’assument ! Certaines, certes, plus facilement que d’autres. Elles racontent leur histoire à 20 Minutes.

« J’ai appris à vivre avec »

Âgée aujourd’hui de 48 ans, c’est à l’adolescence que Nathalie a perdu ses cheveux. « J’avais 16 ans à l’époque, et j’ai perdu la totalité de mes cheveux ainsi que toute ma pilosité en l’espace de 6 mois », se souvient-elle. D’abord une plaque, un petit trou, puis ses cheveux tombent franchement, « par poignée dans la baignoire ». Au point que sa mère décide de raser le crâne de sa fille. Nathalie souffre de pelade totale. Elle entame alors ses premiers traitements pour faire repousser ses cheveux et enchaîne les consultations chez des spécialistes. « Des médecins, j’en ai vu des dizaines, poursuit Nathalie. Pour choc émotionnel et dépression, parce que perdre ses cheveux à 16 ans c’est compliqué à gérer ! On m’a dit que c’était psychologique ». Outre les séances chez un psychologue, « on m’a prescrit des lotions capillaires, des piqûres de Biotine Bépanthène, puis des UV deux fois par semaine pendant 1 an chez un dermato, ce qui me vaut aujourd’hui d’être suivie de près en raison d’un risque élevé de cancer de la peau ! Le seul traitement efficace qui m’a fait retrouver mes cheveux a été la cortisone, mais c’est un traitement ponctuel et une fois arrêté tout est retombé ». Ensuite, Nathalie entend dire qu’une grossesse pourrait inverse la tendance, « mais non, aucune repousse ne s’est produite ».

Depuis longtemps déjà, Nathalie a arrêté tous les traitements censés faire repousser ces cheveux. « J’ai appris à vivre avec, je ne m’expose pas mais je ne me cache pas ». La perruque, elle ne la garde « que pour l’extérieur, sauf en vacances d’été, où je ne pars qu’avec des foulards. Je n’en fais pas un secret, cela fait partie de moi, je me suis construite ainsi ça ne m’a pas empêché de me marier deux fois et d’avoir deux enfants ! Comme on dit, tout ce qui ne tue pas rend plus fort », qui déplore toutefois « que le poids de l’image soit si fort encore aujourd’hui ».

Ma perte de cheveux, j’en ai fait un job

Pour Patricia, tout a commencé par « cette petite plaque de la taille de l’ongle du pouce, située au-dessus de la tête et découverte par ma coiffeuse ». C’était il y a près de 30 ans, puis Patricia a perdu ses cheveux brutalement, « sans savoir pourquoi ni pour combien de temps », se souvient celle qui « subissai[t] un stress assez important sur le plan professionnel ». Le diagnostic a ensuite été posé : alopécie décalvante totale. « J’ai consulté mon généraliste, qui était un ami ». Conscient que la chute de cheveux de son amie était vraiment très importante, le médecin laisse d’abord son amie rentrer à la maison. « Lorsque je suis rentrée chez moi, il m’a appelée et conseillé d’envisager l’achat d’une perruque, raconte Patricia. Il m’a aussi prescrit un traitement à base de Biotine Bépanthène et de vitamines ». Un traitement qui ne fonctionnera pas.

Patricia se rend alors au Centre Sabouraud, à l’hôpital Saint-Louis à Paris. « J’y ai rencontré une équipe formidable mais rien n’a fait repousser mes cheveux. J’ignore le taux de repousse, donc de guérison des pelades mais pour ma part, j’ai perdu tous mes cheveux, sourcils, cils et poils. Puis tout a repoussé sauf les cheveux », déplore-t-elle. Désormais, Patricia est presque chauve. « J’ai quelques plaques ici et là de repousse, du coup la "chauvitude", comme certaines l’assument fort bien, m’est interdite ». De toute façon, si Patricia s’est fait une raison, pas question pour autant de sortir le crâne nu. « Moi, je suis une adepte des cheveux », insiste-t-elle. Au point que sa pelade lui a donné une idée de reconversion professionnelle. « Ma perte de cheveux, j’en ai fait un job : j’ai quitté l’éducation nationale pour devenir commerciale pour différentes marques de prothèses capillaires ».

« Avoir vécu cette situation a été l’un des plus beaux cadeaux que la vie m’ait faits »

Quand on est une femme et que l’on perd définitivement ses cheveux, l’acceptation de soi prend du temps. « Au début de la trentaine, mon apparence physique était extrêmement importante pour moi, je dirais même qu’elle était ma fierté, indique Johane. Jusqu’à cette belle journée d‘été, quand ma mère s’est aperçue qu’il me manquait une plaque de cheveux derrière l’oreille gauche. Le mois suivant, de nouvelles plaques sans cheveux sont apparues ». Inquiète, elle consulte aussitôt. « Diagnostic : alopécie. Rien de très grave et facile à guérir selon les deux spécialistes que j’avais consultés ». Pourtant, huit ans durant, Johane tente tout. « J’ai essayé les lotions, les crèmes, les injections, la cortisone et j’en passe. Finalement, le dernier traitement prescrit, qui m’a rendu plus que malade, a fonctionné. EUREKA j’ai des cheveux ! »

Après deux ans de tranquillité, Johane reperd tous ses cheveux. « J’avais l’impression que mon monde s’écroulait. C’est à ce moment qu’il m’est venu l’idée de mettre la même détermination que j’avais mise à guérir dans l’acceptation de la situation, soit bien vivre avec mon apparence physique hors norme ». Non sans difficultés au départ. « Il y a eu les hauts et les bas, les matins où je me trouvais radieuse et ceux où je n’osais pas sortir de la maison », se souvient-elle. Mais au final j’ai réussi. Une détermination qui n’a pas faibli sur son lieu de travail. « Je n’ai jamais porté de perruque ou de foulard pour me cacher, je travaille dans une très grande entreprise, je rencontre souvent des clients, je gère près de 100 employés et je suis très bien dans ma peau ! Avec le recul, je me dis que d’avoir vécu cette situation a été l’un des plus beaux cadeaux que la vie m’ait faits, cela m’a permis de grandir et d’apprendre que chaque situation difficile est un tremplin pour grandir. Aujourd’hui je suis prête à accompagner les gens dans leurs défis qu’ils soient petits ou grand afin de leur apprendre à être heureux peu importe la circonstance ».