Non, la cigarette électronique n’est pas dix fois plus cancérigène que la cigarette ordinaire

FAKE OFF ​L'information, déformée, vient de l'interview d'un chercheur de l’Institut national japonais de la santé publique, qui a mené une étude sur les composants carboniques générés par les e-cigarettes...

Samba Doucouré

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La e-cigarette continue d'alimenter les débats entre scientifiques.
La e-cigarette continue d'alimenter les débats entre scientifiques. — LOISON VINCENT/SIPA

La cigarette électronique fait l’objet d’une guerre scientifique afin de déterminer ses conséquences sur la santé. Depuis 2014, plus de 1.800 études ont été publiées, décortiquant chacun des composants et chacune des réactions chimiques produites par le vapotage.

Plusieurs sites se font le relais de l’information selon laquelle l’e-cigarette serait dix fois plus cancérigène que la cigarette ordinaire au tabac. « Le ministère japonais de la santé a commandé une recherche, il a trouvé du formaldéhyde et des acétaldéhydes cancérigènes dans le liquide produit par de nombreux produits e-cigarette », rapporte ainsi Santé Plus.

FAKE OFF

L’information vient de l’AFP​ qui, en novembre 2014 interrogeait Naoki Kunugita, un des chercheurs de l’Institut national japonais de la santé publique qui a mené une étude sur les composants carboniques générés par les e-cigarettes. « Pour une des marques analysées, l’équipe de recherche a trouvé un niveau de formaldéhyde qui a atteint jusqu’à plus de dix fois celui contenu dans une cigarette traditionnelle », peut-on lire dans la dépêche consacrée à l’étude, et maintes fois reprise dans la presse.

Problème : aucune trace de cette analyse dans le document des universitaires nippons. Bien au contraire, la marque dont le produit rejetait le plus de formaldéhyde après combustion stagne à 34 microgrammes par cigarette. Le chercheur grec Konstantinos Farsalinos, qui tient un blog spécialisé sur l’e-cigarette rapporte qu’une cigarette classique rejette au même moment 200 microgrammes, soit six fois plus.

Une erreur de dosage ?

Le Dr Farsalinos livre ensuite l’explication du professeur Kunugita, avec qui il dit avoir échangé: ce dernier lui a expliqué avoir fait référence à une évaluation récente sur une marque, qui a donné un résultat de 1.600 microgrammes de formaldéhyde pour une e-cigarette. Le résultat de cette expérience n’a pas été publié, et ne figure donc pas au rapport.

Mais ce résultat représente selon le chercheur grec un cas extrême, qui pourrait être lié à une erreur de dosage ou à un dysfonctionnement. Lorsque le liquide de l’e-cigarette chauffe trop, le formol s’échappe en plus grande quantité. Cependant, « quand les fumeurs de cigarettes électroniques surchauffent le liquide cela produit un goût âcre désagréable. Ils évitent donc de le faire », expliquait Peter Hajek, directeur de la division sur le tabagisme à la faculté de Médecine de Londres en janvier 2015.

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