Loi alimentation: Qu'est-ce qui va changer dans l'assiette des enfants à la cantine?

NUTRITION Le texte fixe notamment pour objectif d’atteindre 20 % de produits bios dans la restauration collective d’ici 2022…

Anissa Boumediene

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Le projet de loi alimentation examiné dès ce mardi à l'Assemblée prévoit que les menus servis dans les cantines scolaires devront comporter au moins 20% de produits bios d'ici 2022.
Le projet de loi alimentation examiné dès ce mardi à l'Assemblée prévoit que les menus servis dans les cantines scolaires devront comporter au moins 20% de produits bios d'ici 2022. — SERGE POUZET/SIPA
  • Le projet de loi « pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable » est examiné à l’Assemblée à compter de ce mardi.
  • Le texte fixe notamment pour objectif d’atteindre 20 % de produits bios dans les cantines scolaires d’ici 2022.
  • Reste à savoir si les mesures prévues par le projet de loi en matière de nutrition auront un réel impact.

Une longue concertation et un texte entre les mains des députés. Après les riches débats qui se sont tenu lors des Etats généraux de l’alimentation, l’heure est aujourd’hui venue pour les parlementaires d’examiner le projet de loi « pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable ». Objectif du projet de loi : mieux rémunérer les agriculteurs et alimenter plus sainement les Français, notamment les enfants, en introduisant 20 % de produits bios dans les cantines scolaires d’ici 2022.

Plus de bio et de produits locaux dans les cantines

« D’ici à 2022, l’ensemble de la restauration collective devra proposer au moins 50 % de produits biologiques, label de qualité ou local ». Le candidat Macron l’avait promis durant la campagne, et avait réitéré son engagement une fois élu président, en octobre dernier, à l’occasion du lancement des Etats généraux de l’alimentation. La mesure ne figurait pourtant pas dans la première mouture du texte présenté par le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert. C’est la commission des Affaires économiques de l’Assemblée qui a, en avril dernier, adopté des amendements de l’ancienne ministre de l’Écologie Delphine Batho (PS) pour notamment inscrire cet objectif de 50 % dans le texte.

Le texte prévoit désormais que les repas servis dans les écoles, les hôpitaux ou encore les restaurants d’entreprise devront être composés de 20 % de produits issus de l’agriculture biologique et de 30 % de produits dits « de qualité », provenant de divers labels comme les AOP, les AOC, les labels rouges, l’écolabel pêche ou les hautes valeurs environnementales. Un objectif à atteindre d’ici 2022.

« Le texte n’est pas assez ambitieux, il faut viser le 100 % bio »

C’est « un objectif ambitieux et accessible, et qui profitera à nos agriculteurs ! », se félicitait Matthieu Orphelin (LREM), proche du ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, après l’adoption de l’amendement.

Mais alors que le projet de loi arrive ce mardi entre les mains des députés, une cinquantaine d’organisations de la société civile ont, elles, jugé ce projet « sans grande ambition », notamment sur les phytosanitaires ou la santé environnementale. Un avis partagé par Michèle Rivasi, députée européenne EELV, qui confie à 20 Minutes que, selon elle, « le texte n’est pas assez ambitieux et ne propose que des mesurettes ». Pour l’eurodéputée, « c’est le 100 % bio qu’il faut viser dans les cantines scolaires : si l’on veut vraiment développer le bio dans l’assiette des enfants, se fixer un objectif de 20 % de produits biologiques dans la restauration collective d’ici 2022 ne suffit pas. Il faut se donner les moyens de parvenir au tout bio, pour offrir aux enfants une alimentation sans pesticides, une viande produite dans le respect du bien-être animal, et une charcuterie dépourvue de nitrites ».

Pour l’élue écologiste, « il faut que l’Etat interdise le glyphosate, et accompagne les filières agricoles en aidant les agriculteurs à la conversion au bio. Passer au tout bio permet d’enclencher un cercle vertueux qui rayonne sur de nombreux secteurs, expose Michèle Rivasi. Cela permet plus de biodiversité, une meilleure rémunération des agriculteurs, le développement des circuits courts, parce que le bio doit aussi être local pour être vertueux. Le texte présenté ce jour à l’Assemblée n’a aucune ambition ».

Eduquer les enfants au bien manger

Mais 20 % de produits bios dans l’assiette des enfants à l’horizon 2022, « c’est déjà bénéfique, estime Raphaël Gruman, nutritionniste à Paris. Certaines cantines sont déjà volontairement passées au bio, dans des proportions variables dans l’assiette. Mais la pratique est loin d’être généralisée, donc viser 20 % de bio d’ici 2022 pour toutes les cantines est un premier pas prometteur, mais pas suffisant ». Pour le nutritionniste, « il faut éduquer les enfants au bien manger : si l’on n’explique pas aux enfants ce qu’ils ont dans leur assiette, l’intérêt d’opter pour une alimentation bio et en circuit court, cela ne sert à rien ». Michèle Rivasi, elle, va plus loin, et pense « que la pédagogie doit se doubler du tout bio dans les cantines. C’est dans ces conditions-là que l’impact nutritionnel se doublera d’un impact pédagogique, qui imprégnera les enfants et, par ricochet, leurs familles ».

Et c’est là que l’école aurait un grand rôle à jouer sur ce terrain. « Nombreux sont les enfants qui mangent des produits industriels à la maison et ne savent pas à quoi ressemble une courgette ou une aubergine, faute de consommer des produits bruts et frais », constate le nutritionniste Raphaël Gruman. Pour assurer l’éducation alimentaire, « mettre en place des cours d’alimentation​ et de bien manger à l’école me semble être une piste qu’il faudrait explorer, poursuit-il. Pourquoi pas des cours de cuisine, pour apprendre aux enfants à préparer des plats sains et équilibrer, à savoir composer une assiette qui assure leur équilibre nutritionnel. Il est important de leur faire retrouver cette connaissance alimentaire et nutritionnelle ».

Mais pour l’heure, les députés vont devoir plancher sur le projet de loi et les plus de 2.300 amendements qui ont été déposés. Cinquante heures de débats, ventilées entre les différents groupes politiques, sont au menu de l’Assemblée pour les prochains jours. Le vote sur l’ensemble du projet de loi en première lecture, lui, se déroulera le 30 mai.