Lyon: «Si tout le monde avait conscience que l'obésité est une maladie, les choses seraient différentes»

SANTE A l’occasion de la journée de l’obésité, des patientes racontent leur quotidien, souvent marqué par la grossophobie…  

Elisa Frisullo

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L'obésité touche 17% de la population française. Illustration.
L'obésité touche 17% de la population française. Illustration. — Francois Guillot AFP/Archives
  • Le centre intégré de l’obésité, situé à l’hôpital Lyon Sud, traite les patients souffrant d’obésité sévère et compliquée.
  • A l’occasion de la journée de l’obésité, deux femmes atteintes d’obésité témoignent…

Lorsqu’il y a un an, Magali a poussé la porte du Centre intégré de l'obésité (CIO), l’une des cinq structures de ce type en France située à l’hôpital Lyon Sud, elle était dans l’impasse. « Je ne savais plus quoi faire, je ne trouvais plus de solution », confie cette femme de 40 ans souffrant d’obésité.

A l’occasion de la journée de l’obésité, ce vendredi, cette patiente, membre de l’association Vivre autrement ses formes, a tenu à témoigner de son quotidien et de son parcours, marqués si souvent par la discrimination et la stigmatisation. Un phénomène baptisé «grossophobie», sur lequel le centre lyonnais souhaite alerter pour faire évoluer le regard sur l’obésité et améliorer la prise en charge des patients.

« Le vécu des patients est très douloureux »

« Si tout le monde avait conscience que l’obésité est une maladie, les choses seraient différentes », souligne Magali, qui a commencé à prendre du poids à l’âge de 18 ans. Beaucoup et très vite. « J’ai pris 30 kg. Puis j’ai fait un régime protéiné, j’ai perdu 26 kg, Mais j’ai repris. Puis, il y a eu la grossesse et au final, je n’ai jamais été aussi grosse qu’aujourd’hui », ajoute la jeune femme qui a multiplié les démarches pour maigrir. « J’en ai vu des diététiciens ou des nutritionnistes. Ils m’ont donné des régimes types qui n’étaient pas adaptés et ne fonctionnaient pas. »

Dans le centre lyonnais, où sont pris en charge les cas d’obésité sévères et complexes, cette patiente a trouvé l’accueil et l’écoute qui avaient tant fait défaut jusqu’alors. « La première étape, c’est de retrouver cette bienveillance, cette destigmatisation. Le vécu des patients du fait de leur obésité est très douloureux. Combien de fois entendent-ils que s’ils sont gros c’est qu’ils ne veulent pas faire autrement », explique Sylvain Iceta, psychiatre au CIO.

Des remarques, des moqueries, un regard méprisant ou des insultes souvent subies comme une fatalité par les patients. « Ce sont des choses que j’ai toujours entendues. Mais j’ai compris que c’était de la grossophobie lorsque je suis entrée dans l’association Vivre autrement ses formes et que j’ai commencé à être prise en charge au centre », raconte Magali.

Pour Céline, secrétaire de l’association et ancienne obèse, le parcours n’a pas été plus simple. Même après son intervention chirurgicale visant à retirer une partie de l’estomac (sleeve gastrectomie), la jeune femme a dû faire face au mépris et à l’incompréhension. « J’ai perdu 30 kg en un an après l’opération. Beaucoup n’osaient même pas m’en parler et il y avait encore des gens qui me disaient que j’aurais dû manger moins plutôt que de me faire opérer », confie Céline.

Une pathologie aux causes multiples

« L’obésité est une maladie multifactorielle, une pathologie chronique qui altère la qualité de vie et l’espérance de vie », ajoute le Pr Martine Laville, endocrinologue au sein du centre lyonnais. « Ce serait trop simple si ce n’était qu’un problème de volonté ». Cette maladie, qui touche 17 % de la population française, peut avoir des causes génétiques, psychologiques, peut être liée à un dysfonctionnement du tissu adipeux, au mode de vie, à des troubles du sommeil.

Des causes qui « peuvent être aggravées par la stigmatisation », ajoute le Pr Laville, pour qui la grossophobie est présente dans l’entourage personnel et professionnel des patients mais aussi dans le domaine médical. « Or l’accueil du patient peut déterminer une évolution dans la vie. Une jeune fille en surpoids pourra devenir obèse suite à une mauvaise prise en charge ou à une mauvaise écoute », ajoute le médecin.

Le rôle du centre, qui accueille et accompagne une soixantaine de nouveaux patients chaque mois, a également pour mission de faire changer le regard sur cette maladie. « Notre rôle, c’est aussi de diffuser la bonne parole, de sensibiliser le corps médical au fait que l’obésité est une maladie complexe pour laquelle il n’existe pas de solution unique », ajoute le Pr Laville.

Pas de guérison

Depuis son passage au centre, il y a un an, Magali, hospitalisée cinq jours, n’est plus la même. « Ma perte de poids est nulle mais je ne vois plus les choses de la même manière. Ici, je me suis sentie comprise. On n’est plus réduit au seul fait qu’on mange trop et qu’on ne bouge pas assez », explique la jeune femme, qui a appris à se recentrer sur elle et à s’autoriser des temps de pause. « On n’est pas obèse parce qu’on ne bouge pas assez. Je suis prof de danse, j’en fais onze heures par semaine ».

Pour chaque patient, la prise en charge sera différente et l’objectif final ne sera pas forcément la perte massive de poids. « Il n’y a pas de guérison, car c’est une maladie chronique, comme le diabète. On va chercher avec les patients, à améliorer la qualité de vie. Cela passera, selon les cas, par le poids, un travail sur l’estime de soi ou le mode de vie », ajoute Martine Laville. « Plus qu’un chiffre sur une balance, nous allons chercher avec le patient à quel moment il pourra être apaisé vis-à-vis de l’alimentation et du regard de l’autre », ajoute Sylvain Iceta.

Pour Magali, l’objectif est clair : « Mon but n’est pas de rentrer dans la norme en termes d’indice de masse corporelle. Je veux retrouver le poids que j’avais il y a quelques années. J’étais en bonne santé, je me sentais bien dans ma peau, jolie. Je faisais du 44. Je serai toujours en surpoids, mais je m’en moque, car c’est le poids auquel je me sens bien. »

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