Lyon: Quand les chirurgiens reconstruisent une mâchoire avec un péroné grâce à la 3D

INNOVATION Les chirurgiens de l’hôpital de la Croix-Rousse utilisent une nouvelle technique pour reconstruire les mâchoires des « gueules cassées »…

Caroline Girardon

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Rosa, 72 ans, a subi une reconstruction de la mâchoire à l'aide de son péroné et grâce à une nouvelle technique: la modélisation en 3D.
Rosa, 72 ans, a subi une reconstruction de la mâchoire à l'aide de son péroné et grâce à une nouvelle technique: la modélisation en 3D. — C. Girardon / 20 Minutes
  • Le service ORL de l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon utilise désormais la modélisation 3D pour reconstruire des mâchoires à l’aide de péroné.
  • Cette technique permet de couper, remodeler et fixer l’os avec précision dans la bouche des patients.

Prendre le péroné pour reconstruire la mâchoire d’un patient. Le procédé n’est pas forcément nouveau puisque les chirurgiens y ont recours depuis 1989. Mais les évolutions technologiques ont permis aux médecins de faire des progrès considérables en la matière. Depuis trois ans, l’équipe ORL de l’hôpital de la Croix-Rousse est la seule de la région Rhône-Alpes à utiliser une technique de pointe : la modélisation 3 dimensions. Une quinzaine de patients en ont déjà bénéficié.

« Lorsque la mâchoire est détruite, le péroné, l’os qui double le tibia, peut être retiré. Il ne gêne pas le patient qui ne sera pas handicapé. Il est ensuite utilisé pour reconstruire la mandibule », annonce en préambule le professeur Philippe Ceruse. La nouveauté ? « Tout se fait sur mesure », répond Carine Fuchsmann. Un scanner du visage, un scanner de la jambe et le tout est envoyé à une entreprise qui, sur ordinateur, réalise un assemblage.

Une opération de 30 minutes au lieu de 2 heures

Le logiciel calcule automatiquement les angles et la forme des coupes à réaliser au niveau du péroné pour obtenir la forme de la mâchoire souhaitée. « Il est ensuite possible de modéliser la reconstruction », ajoute Carine Fuchsmann. « Avant, on arrivait au bloc, on savait où couper mais c’était de façon artisanale. Cela demandait beaucoup d’ajustements. On était obligée de s’y reprendre, de procéder à des ajustements et parfois, ce n’était pas parfait. »

« C’est comme si vous étiez obligés de monter un meuble Ikea sans avoir de plan, de vis et de trous fixés à l’avance, sourit Philippe Ceruse. Le chirurgien se retrouvait face à puzzle sans guide et il perdait beaucoup de temps à assembler dans la bouche les morceaux du péroné. » Désormais, le résultat est bluffant selon l’équipe ORL de la Croix-Rousse. « On gagne déjà un temps considérable [30 minutes au lieu de 2 heures] car là, vous n’avez plus qu’à clipser l’ensemble mais surtout, l’esthétique est parfait », ajoute le professeur.

Une carie puissance 100

Rosa âgée de 72 ans, a été opérée de cette façon le 8 septembre. Soignée pour un cancer au niveau de la gorge en 2012, la septuagénaire a payé les effets secondaires de ses 33 séances de radiothérapie. Un an et demi après la fin des traitements, sa mâchoire s’est lentement effritée au point de casser. « Mes dents sont tombées les unes après les autres. Et la douleur est devenue insupportable. J’étais constamment sous morphine, je ne pouvais plus manger, ni même parler correctement », se remémore-t-elle. L’effet d’une « carie puissance 100 ».

Malgré la peur de l’opération et l’angoisse de retourner à l’hôpital, elle se décide à franchir le pas. Depuis, elle « revit ». Quatorze autres patients ont ainsi été opérés. La plupart à la suite de cancer. Tous avaient des trous dans la mâchoire. « Soit parce que la tumeur avait envahi la mandibule et qu’il a fallu en enlever une partie, soit parce que les traitements subis ont engendré une nécrose. Et la mâchoire s’est ensuite brisée », explique Carine Fuchsmann. Et d’ajouter : « Il y a quelques années, les patients gardaient le menton rétracté vers l’arrière avec parfois une difficulté à fermer les lèvres ou à s’alimenter par la bouche. »

Cette technique est aussi utilisée pour la reconstruction des mâchoires de personnes qui ont tenté de mettre fin à leurs jours en se tirant une balle dans le menton ou celles qui ont été victimes de tirs.