Bouches-du-Rhône: Une marche jusqu'à Bruxelles contre la pollution, dont les travailleurs sont les premières victimes

SANTE Une «marche des cobayes» est organisée à l'initiative d'un collectif d'association contre la pollution, entre Fos-sur-Mer et Bruxelles pour dénoncer ce problème... 

Adrien Max

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Un salarié devant l'usine Arcelor Mittal de Fos-sur-Mer.
Un salarié devant l'usine Arcelor Mittal de Fos-sur-Mer. — Boris Horvat / AFP
  • Un collectif de plusieurs associations contre la pollution organise une « marche des cobayes », pour dénoncer toutes les formes de pollutions (air, eau, alimentation) que nous subissons.
  • Parmi les premières personnes exposées, les salariés d’industries ou d’entreprises utilisant ou exposés à des polluants.
  • Il est très compliqué de faire reconnaître ses maladies comme professionnelle.

Tous des cobayes. La « marche des cobayes » part ce mercredi de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) pour rejoindre Bruxelles, le 2 juin prochain, afin de dénoncer les multiples sources de pollution dont nous sommes tous confrontés. « Nous sommes tous des cobayes qui vivons la pollution de l’air, des aliments, de l’eau. Nous expérimentons tous ces dommages causés sur l’environnement », dénonce Michèle Rivasi, députée européenne Europe Ecologie-Les Verts.

La marche fera plusieurs points d’étapes, comme à Marseille ce week-end où plusieurs problématiques liées à la pollution seront soulevées. Et notamment celles qui impact directement les travailleurs, comme à l’école Oasis, où Michelle, la concierge depuis une trentaine d’années, souffre d’un cancer de la peau.

Maladie professionnelle

L’école a été construite sur un ancien site industriel qui a contaminé la terre à l’arsenic, au plomb et au cadmium. « J’ai tenté de faire reconnaître ma maladie comme professionnelle, mais la mairie a immédiatement refusé. Heureusement, le tribunal administratif m’a donné raison et un médecin doit me recevoir », explique Michelle.

Les travailleurs sont bien souvent les premières victimes de cette exposition à la pollution. « Avec le temps qu’on passe sur notre lieu de travail, les salariés sont exposés de manière répétée à la pollution. Et si on est cobayes on est aussi victime, alors il faut faire reconnaître sa maladie comme professionnelle », précise Michèle Rivasi.

Emploi vs santé

Un parcours du combattant, comme le raconte Pierre Pezerat dans son film sur son père Henri. « Mon père était chercheur au CNRS, il a étudié les risques toxiques de l’amiante. La première difficulté a été de convaincre les salariés d’une usine de fabrication d’arrêter de se battre pour leur outil de production, et donc leur travail, pour faire reconnaître leur maladie professionnelle », explique-t-il.

D’après l’expérience de son père, trois éléments doivent être réunis pour avoir une chance d’être reconnu : les travailleurs, qui sont la preuve de la pollution, les scientifiques qui doivent apporter la preuve scientifique, et les avocats qui connaissent le droit. Il faut aussi faire face au chantage à l’emploi que les pouvoirs publics et les entreprises brandissent très souvent.

Petites victoires et grand combat

Pour les salariés de la coopérative agricole Triskalia dans les Côtes-d’Armor, intoxiqués par des pesticides en 2010, le combat continue. « La mutualité sociale agricole (MSA) défend plus l’employeur que les employés. Quand des médecins montent des dossiers les taux d’intoxication aux pesticides sont ridiculement bas, tout comme il est très compliqué d’obtenir des taux d’incapacité permanente partielle qui correspondent à la réalité », témoigne Serge Le Queau, syndicaliste et soutien des « Triskalias ».

Certains salariés viennent néanmoins de faire condamner leur employeur pour « faute inexcusable ». La commission des pétitions du Parlement Européen vient également de mandater un audit, contre l’avis de l’Etat Français et de la commission européenne, pour évaluer les manquements à la sécurité du salarié chez Triskalia.

Michèle Rivalsi reste néanmoins pessimiste quand à la problématique de la pollution en entreprise. « La nouvelle loi Travail a supprimé les comités hygiène sécurité et des conditions de travail (CHSCT) alors que c’était justement le lieu où l’on discutait des conditions de travail. Il n’y a plus de lien avec les syndicats pour demander des expertises. C’est un recul incroyable », considère-t-elle.