• Les températures estivales des derniers jours ont favorisé l’explosion de la concentration en pollens de bouleaux.
  • Or les pollens de bouleaux sont extrêmement allergisants.
  • La pollution a un impact sur la quantité de pollens et leur pouvoir allergisant.

Nez qui coule ? Yeux qui grattent voire bronches qui sifflent : ça y est, le printemps est enfin là. Et comme chaque année, il ne manque pas d’apporter dans son sillage des nuages de pollens, véritables poils à gratter qui empoisonnent le quotidien de 30 % de la population durant la saison de la pollinisation. Et entre le temps maussade des dernières semaines et le temps estival des derniers jours, toutes les conditions sont réunies pour une explosion des pollens d’arbres dans l’air. Parmi les plus allergisants : le pollen de bouleau. Un arbre très présent un peu partout dans l’hexagone et dont l’effet allergique est exacerbé par la pollution.

Record de concentration de pollen de bouleaux dans l’air

Pas de bol pour les allergiques, la concentration dans l’air en pollen de bouleaux a rarement été aussi forte que ces jours-ci. « On assiste à un pic assez rare dans son intensité, c’est même un record, notamment en Ile-de-France », indique le Dr Patrick Rufin, allergologue. D’ailleurs, « le dernier pic de ce niveau remonte à 1993 et 2018 bat effectivement un record », confirme Charlotte Sindt, du Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA). Un record d’autant plus notable « qu’il intervient dans la première moitié de la saison des pollens, alors que le record de 1993 avait été enregistré à la fin de la saison », poursuit-elle. Et cette semaine, tout le monde ou presque est servi, comme le montre le dernier bulletin allergo-pollinique du RNSA. Les trois quarts du pays sont en vigilance rouge sur le risque d’allergie aux pollens de bouleaux.

Mais pourquoi les bouleaux causent-ils autant d’allergies ? L’une des raisons est mathématique. « C’est tout simplement parce qu’il y en a énormément de bouleaux sur le territoire, explique le Dr Rufin. Sur le plan urbanistique, le bouleau est joli et pratique, nécessite peu d’entretien et ne pousse pas trop haut : de quoi séduire de nombreuses municipalités qui en ont planté en masse. Or les pollens de bouleaux sont très allergisants : leur structure sensibilise davantage les personnes à risque allergique que les pollens d’autres arbres ».

Plus de pollution : plus de pollens

Mais la pollution n’est pas étrangère aux fortes réactions allergiques que peuvent causer les pollens, de bouleaux notamment. « L’augmentation de la pollution atmosphérique stresse les plantes. La protéine allergisante du bouleau, la PR-10, va, par un mécanisme de défense, produire beaucoup plus de pollens, expose le Dr Rufin. C’est ce qui explique que l’on recense 10 fois plus de personnes allergiques aux pollens qu’il y a 30 ans ».

Et le réchauffement climatique n’arrange rien à l’affaire. « De ce fait, la saison des pollens est de plus en plus précoce et dure plus longtemps », constate l’allergologue. Résultat : « les plantes pollinisent plus et plus longtemps » La date d’arrivée de chaque pollen varie selon les régions puisqu’elle dépend du climat. Mais au fil des ans, on observe que les émissions de pollens durent plus longtemps et sont plus allergisantes. Notamment à cause de facteurs environnementaux extérieurs.

L’impact de la pollution sur les voies respiratoires

Une concentration si élevée en pollens, doublée d’une saison beaucoup plus longue de pollinisation sont autant de phénomènes qui « fragilisent les muqueuses, poursuit le Dr Rufin. D’autant que les grains de pollens sont si fins qu’ils pénètrent dans les voies respiratoires inférieures. De plus, les particules fines ont pour effet de fissurer la coque de ces grains de pollens, qui vont se frayer encore plus en profondeur dans les bronches. Ce qui fait que l’on observe de plus en plus de pics d’asthme ».

Un cocktail pollens/pollution qui a aussi d’autres effets. « La PR-10, la protéine allergisante, se rencontre également dans un certain nombre de fruits et légumes, ce qui explique qu’un patient allergique au pollen de bouleau développera potentiellement des allergies alimentaires croisées en mangeant des fruits et légumes tels que les pommes, les cerises, les pêches, abricots, ou encore des poires ou encore des carottes crues ». Petit conseil pour les accros à ces fruits : les consommer cuits, puisque la protéine allergisante qu’ils contiennent est détruite à la cuisson.

Quelques précautions d’usage

Evidemment, pour remédier aux crises d’allergies, une consultation chez son médecin allergologue peut être indiquée. « Il y a les traitements symptomatiques à base d’antihistaminiques, et au besoin, d’anti-inflammatoires locaux à base de corticoïdes et de bronchodilatateurs », énumère l’allergologue. Ou encore l’immunothérapie, ou désensibilisation, qui « permet en trois à cinq ans de se débarrasser de son allergie », rappelle le Dr Rufin.

Mais si les pollens vous font souffrir, quelques précautions d’usage permettront de trouver un peu de répit. « Il est recommandé d’aérer son intérieur tôt le matin ou tard le soir, ce sont les moments de la journée où il y a le moins de pollens dans l’air, conseille Charlotte Sindt, du RNSA.

De même, mieux vaut éviter de faire sécher le linge à l’extérieur, parce que les pollens sont si fins qu’ils s’incrustent dans les fibres textiles ». Enfin, « en rentrant à la maison le soir, il est indiqué de changer de vêtements et de rincer les cheveux pour les débarrasser des pollens qui s’y sont déposés », prescrit Charlotte Sindt. Quant aux allergiques amateurs de sports en extérieur, mieux vaut privilégier la salle de sport durant les épisodes de fortes concentrations de pollens.