Lyon : Le SAMU ressuscite certaines victimes d’arrêt cardiaque grâce à une nouvelle technique réalisable en dehors de l’hôpital

MEDECINE Depuis septembre 2017, quatre patients victimes d'arrêt cardiaque ont été sauvés par le SAMU de Lyon grâce à une nouvelle technique de réanimation, réalisable en dehors de l'hôpital...

Célia Demolis

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Image d'un des urgentistes accompagné du chef et du co-gérant du SAMU de Lyon. La pompe de circulation extracorporelle coûte 80.000 euros.
Image d'un des urgentistes accompagné du chef et du co-gérant du SAMU de Lyon. La pompe de circulation extracorporelle coûte 80.000 euros. — 20 Minutes
  • Après Paris, le SAMU de Lyon forme ses urgentistes à une technique permettant de remplacer momentanément la fonction du cœur en dehors de l’hôpital.
  • La technique de circulation extracorporelle a déjà sauvé depuis septembre 4 patients victimes d’arrêts cardiaques à Lyon.
  • L’appareil n’est utilisé que dans des circonstances bien précises.

« Dans notre société, que ce soit en tant que médecin, famille ou ami d’un patient victime d’arrêt cardiaque, ce qui importe c’est que cette personne soit sauvée sans séquelle, sinon c’est un échec… pour tout le monde. » Après le SAMU de Paris, c’est au tour des urgentistes de Lyon, formés depuis deux ans, d’utiliser une nouvelle technique, s’exerçant n’importe où et permettant à certains patients, victimes d’arrêt cardiaques et réfractaires à la réanimation « classique » de ressusciter.

Une technique de réanimation qui fait ses preuves depuis les années 1970

La nouvelle arme des médecins appelée l’ECMO (Extra Corporeal Membrane Oxygénation) est « une technique de circulation extracorporelle (CEC) qui détourne la circulation sanguine grâce à une machine assurant à la fois le rôle de pompe cardiaque et d’oxygénateur pulmonaire », explique le chef de service du SAMU de Lyon, Pierre-Yves Gueugniaud.

Testée pour la première fois en 1976 après l’échec d’une réanimation cardio-pulmonaire, la pratique chirurgicale avait déjà montré plusieurs résultats intéressants à l’époque. Mais le matériel n’étant pas suffisamment au point, la technologie a contribué par la suite à améliorer l’appareil.

C’est seulement à partir des années 2000 que des équipes chirurgicales ont commencé à utiliser la CEC (tecnique de circulation extracorporelle) pour traiter des arrêts cardiaques lorsque la défibrillation, le massage cardiaque ou encore l’injection d’adrénaline échouaient. Longtemps réservée aux blocs de chirurgie cardiaque, elle assurait l’oxygénation du cerveau pendant les opérations « à cœur ouvert » et n’était utilisée que dans des centres hospitaliers.

La CEC devient réalisable dans des endroits extra-hospitaliers

En 2012, le SAMU de Nanterre ( Hauts-de-Seine) a eu l’idée de mettre en place la CEC directement sur les lieux de l’arrêt cardiaque afin de remplacer momentanément la fonction du cœur.

« Ils ont évalué le temps de prise en charge du malade jusqu’à l’hôpital beaucoup trop long pour utiliser correctement cette technique. Le transport et la mise en route de la machine font perdre facilement une heure. Seulement 3 % des arrêts cardiaques survivaient sans séquelle », précise Pierre-Yves Gueugniaud, informant que la CEC est efficace seulement dans les 60 minutes suivant l’arrêt cardiaque.

Les équipes de Paris ont donc testé la pompe, directement sur place afin de gagner du temps. Et le verdict a été sans appel : sur les patients bénéficiaires, 20 à 40 % sont revenus à la vie.

Des critères d’utilisation précis

Pour obtenir un tel résultat, les médecins doivent juger selon des critères bien précis, si la CEC doit être pratiquée ou non. « Sur 500 arrêts cardiaques à Lyon, un centième va pouvoir bénéficier de l’appareil. Le risque de cette invention est de l’utiliser pour chaque individu. Le cadre doit rester bien précis. C’est avec les bonnes indications qu’on obtient les bons résultats. L’âge par exemple est limité à 65 ans », expose le chef de service du SAMU de Lyon.

Les personnes susceptibles d’être sauvées, doivent également avoir, lors de l’intervention, un pronostic neurologique favorable et cela passe par une prise en charge immédiate d’un témoin présent lors de l’arrêt cardiaque. « Si un massage n’est pas effectué au-delà de 10 minutes, les liaisons ne passent plus dans le cerveau et ce dernier ne peut donc plus redémarrer. », poursuit-il. 

30% de réussite

Depuis le partenariat de Paris avec le SAMU de Lyon, les cinq urgentistes de la ville qui ont été formés à cette technique ont pu réanimer 4 patients sur 15, sans séquelle au cerveau, ce qui représente 30 % de réussite. Un exploit selon Pierre-Yves Dubien, co-responsable du SAMU de la Croix-Rousse.

« La survie moyenne des arrêts cardiaques en France chaque année est seulement de 7 %. Avec cette technique on permet à des gens qui devraient normalement être décédés de retrouver une activité cardiaque satisfaisante », enchaîne Matteo Pozzi, chirurgien cardiaque de l’hôpital, qui participe aux interventions directement sur le terrain.

Londres et Barcelone prêtes à tester

Afin d’augmenter les chances de survie, plusieurs applications ont déjà été lancées sur Paris et prochainement à Lyon pour trouver des bénévoles qui accepteraient de se déplacer s’ils se trouvent à proximité d’une scène d’arrêt cardiaque. A partir d’un système de géolocalisation, une alerte est lancée depuis le standard de l’hôpital sur le téléphone des secouristes volontaires et leur indique l’endroit de l’intervention et le défibrillateur le plus proche pour intervenir avant l’arrivée des secours.

Ce dispositif, unique dans le monde interpelle tout doucement les médecins des autres pays. Il est possible que dans quelques mois, les villes de Londres et Barcelone testent également la technique sur les patients.