VIDEO. Maladie du soda: «C’est une maladie silencieuse, tant qu’elle n’est pas grave»

INTERVIEW Alors que le congrès international du foie se tient jusqu’à dimanche à Paris, « 20 Minutes » se penche sur cette maladie, Nash, considérée par les spécialistes comme le « fléau du siècle »…

Propos recueillis par Oihana Gabriel

— 

Une fontaine à soda.
Une fontaine à soda. — Mike Mozart/Flickr
  • Des médecins, réunis en congrès jusqu'à dimanche alertent sur les dangers de la nash, maladie en pleine expansion qui toucherait un Français sur dix. 
  • Comment cette maladie a été ignorée pendant longtemps et pourquoi elle explose aujourd'hui? «20 Minutes» a interrogé Jean-François Mouney, président du Nash Education Program, qui sensibilise public et médecins sur cette maladie du soda. 

Si jamais vous n’avez pas lu un article santé depuis un an, vous découvrirez sans doute dans ces lignes que le sucre n’est pas votre ami. Après l'enquête alarmante de 60 Millions de consommateurs dévoilée jeudi sur ces aliments qui nous empoisonnent, des hépatologues alertent ce vendredi notamment dans les colonnes du Parisien d’un danger qui guette.

Avec un nom particulièrement clair : la « maladie du soda ». Sa version plus scientifique, Nash (acronyme anglais pour steato-hépatite non alcoolique) transmet une information fondamentale : on peut en 2018 développer une cirrhose du foie sans être accro à l’alcool… On fait le point sur cette maladie invisible, grave et de plus en plus courante avec Jean-François Mouney, président du Nash Education Program, une fondation qui vise à sensibiliser le grand public et le corps médical à cette pathologie.

C’est quoi cette fameuse NASH ou « maladie du soda » ?

« Maladie du soda » je trouve que c’est un surnom éclairant pour le grand public. A cause des régimes alimentaires riches en sucre et en gras, lors d’une première étape, le foie devient gras, d’où l’appellation « maladie du foie gras ». Si en plus il y a d’autres facteurs de risque comme le diabète, l’hypertension, une inflammation du foie s’installe ce qui détériore son fonctionnement.

Quand ce n’est pas traité, ça aboutit à une cirrhose du foie. On l’appelle cirrhose d’origine métabolique pour différencier de la cirrhose liée à l’alcool. Cette maladie peut aboutir à des situations dramatiques : le cancer du foie, la greffe du foie, la mort. Le témoignage de Pierre Ménès a bien montré la gravité de cette maladie. Mais au-delà de ces problèmes de fois, la Nash est un facteur de grande accélération des accidents cardiovasculaires.

Est-ce qu’on a une idée du nombre de patients touchés aujourd’hui en France ?

On sait qu’aux Etats-Unis, plus de 30 % des personnes ont le foie gras. Et 12 % de la population adulte a une Nash installée. La moyenne européenne de la Nash tourne autour de 8 à 10 %. En France, en gros, une personne sur trois a un foie gras et une personne sur 10 souffre de Nash. En moyenne, la maladie se déclenche vers 50 ans, chez des personnes diabétiques et obèses. Mais ce qui est très grave, c’est que la Nash n’est pas une maladie de vieux. Elle se déclenche de plus en plus tôt, dès 30 ans et même chez les enfants. Aux Etats-Unis, des gosses de 9 ans souffrent d’une cirrhose sans avoir évidemment touché une goutte d’alcool !

Pourquoi elle touche de plus en plus de patients ?

Notre société ne se rend pas compte de la détérioration de l’état de santé de la population. De plus en plus de gens consomment de la junk food, des plats tout préparés, des aliments trop sucrés. De plus en plus d’adolescents mangent mal et passent beaucoup de temps devant leurs écrans. Après, il y a peut-être des facteurs génétiques qui favorisent la survenue de cette maladie. En famille, on transmet un patrimoine génétique mais aussi les mauvaises habitudes : on ne s’assied pas pour manger, on grignote toute la journée. Le Dr Lannes, qui vient de sortir un livre sur la Nash, résume le problème en disant que la cause et la solution sont dans nos verres et nos assiettes.

Est-ce réellement une maladie récente ou la communauté scientifique a mis du temps à bien l’identifier ?

Les deux ! Cette maladie existe depuis longtemps mais elle est devenue plus évidente au fur et à mesure que l’épidémie d’obésité s’est développée dans tous les pays. Pas seulement aux Etats-Unis, mais en Europe, en Chine, en Inde. Longtemps, elle a été masquée parce que les gens avaient surtout des problèmes de diabète. D’autant qu’il y a eu pendant longtemps une confusion entre cirrhose et alcool. Donc on ne faisait pas d’examens du foie si les patients n’avaient pas une consommation excessive d’alcool.

D’autre part, c’est une maladie silencieuse, tant qu’elle n’est pas grave, au pire on ressent un peu de fatigue. Quand c’est une fibrose avancée, tout se complique. Et tous les problèmes débarquent en même temps. L’organe se détruit et agit comme un accélérateur d’autres maladies. Il n’y a pas vraiment de signe avant coureur. La seule chose à faire, c’est un test biologique chez son médecin : on regarde les enzymes hépatiques.

Existe-t-il des traitements actuellement ?

Il n’y a pas de médicament aujourd’hui pour traiter cette maladie. Mais beaucoup de compagnies lancent des recherches sur ce sujet, notamment en France.

Comment faire alors pour protéger son foie avant de développer la maladie du foie gras qui risque de se transformer en Nash ?

On peut bien sûr changer son mode de vie et surtout son alimentation. Si les gens arrivent à perdre du poids, c’est mieux. Mais il faut savoir que seulement 10 % des gens atteints de Nash réussissent à faire reculer la maladie. Pour des raisons métaboliques et d’habitudes, beaucoup n’arrivent pas intervenir sur leur régime alimentaire de manière efficace. Changer son hygiène de vie est difficile : faire du sport et cuisiner demandent du temps, et manger mieux coûte cher.

Nous voulons faire prendre conscience au grand public des dangers de la Nash. Mais aussi aux médecins. Les hépatologues connaissent cette pathologie, mais ce sont les généralistes qui sont en première ligne pour repérer cette maladie de plus en plus courante. C’est pourquoi nous allons organiser la première Journée internationale sur la Nash le 12 juin 2018.

>> A lire aussi : Comment prendre soin de son foie après les fêtes?