VIDEO. «Le clitoris est un pur organe de plaisir»

INTERVIEW Dans son ouvrage « Le clitoris, C’est la vie ! », à paraître ce jeudi, Julie Azan livre les secrets de l’organe du plaisir féminin…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Longtemps absent des manuels d'anatomie, un clitoris vient d'être conçu en taille réelle et en 3D, l'objectif étant d'enseigner l'organe du plaisir féminin aux adolescents.
Longtemps absent des manuels d'anatomie, un clitoris vient d'être conçu en taille réelle et en 3D, l'objectif étant d'enseigner l'organe du plaisir féminin aux adolescents. — Vimeo/Marie Docher
  • Dans « Le clitoris, C’est la vie ! », à paraître ce jeudi, Julie Azan livre les secrets de l’organe du plaisir féminin.
  • Professeure de Sciences de la vie et de la Terre (SVT), Julie Azan est aussi l’auteure du chapitre sur l’appareil reproducteur féminin présentant pour la première fois le clitoris dans sa totalité dans un manuel scolaire de SVT.

A son actif : la rédaction du chapitre sur l’appareil reproducteur féminin figurant dans les nouveaux manuels scolaires de Sciences de la vie et de la Terre (SVT). Pour la toute première fois, le clitoris y est représenté dans son intégralité. Dans Le clitoris, C'est la vie! * (éd. First) à paraître ce jeudi, la professeure de SVT Julia Azan va plus loin et répond à toutes les questions que les femmes (et les hommes) peuvent se poser sur ce mystérieux organe. A quoi ressemble-t-il ? A quoi sert-il ? L’auteure nous en dévoile quelques secrets.

Le clitoris a longtemps été entouré de mystère et de tabou, qui se dissipent doucement depuis quelques années. Pourquoi a-t-il si longtemps été ignoré ?

C’est en partie de la faute de Freud, qui a fait beaucoup de dégâts avec sa « théorie de la maturation sexuelle des femmes », qui considère que l’orgasme clitoridien (et la masturbation féminine) est indigne et honteux, et que seul l’orgasme vaginal est la preuve d’une sexualité adulte et structurée.

Le clitoris a fait l’objet d’un tabou assez universel – le même qui entoure les règles d’ailleurs, et c’est dû en partie à la domination masculine ambiante : le plaisir féminin a longtemps fait peur et représentait une chose qu’il fallait brider, contrôler. Le clitoris est longtemps resté méconnu parce qu’il n’apparaissait pas dans les manuels de médecine et les livres scolaires, écrits par des hommes. Un constat valable jusqu’à récemment : une amie gynécologue m’a confié avoir très peu étudié le clitoris durant ses études, il était représenté sur très peu de planches anatomiques et on n’en parlait pas, donc on ne savait pas à quoi il servait.

Si on parle plus facilement aujourd’hui du clitoris et du plaisir féminin, c’est parce qu’il y a davantage d’égalité entre hommes et femmes. Ce sont d’ailleurs des femmes qui ont permis les avancées majeures de ces dernières années, à l’instar de la chercheuse française Odile Fillod, qui a mis au point un modèle de clitoris grandeur nature à imprimer en 3D.

Vous êtes à l’origine de la première représentation intégrale du clitoris dans un manuel scolaire. A quoi ressemble cet organe et quelle taille fait-il ?

Le clitoris n’est pas ou peu visible, c’est un organe à 90 % interne, seuls les 10 % restants sont externes. Il est donc plus difficile pour les femmes de prendre conscience de cet organe, et pas toujours évident pour leur partenaire de savoir le localiser ni comment le stimuler. Au niveau de la vulve, on ne peut en voir que le gland, qui mesure 3 à 4 millimètres et est recouvert d’un petit capuchon, ou prépuce. À l’intérieur, deux arches enserrent le vagin et l’urètre. Et le clitoris est très innervé et sensible, beaucoup plus que le vagin et même plus que le pénis.

Côté taille, la totalité de cet organe fait environ 10 centimètres, parfois plus, soit presque autant que le pénis d’un homme.

A quoi sert le clitoris et comment fonctionne-t-il ?

C’est un pur organe de plaisir, qui a un fonctionnement similaire à celui du pénis de l’homme. Comme le pénis, le clitoris entre en érection grâce à des caresses, une stimulation externe. Des messages nerveux sont conduits au cerveau, ce qui déclenche un afflux sanguin vers le clitoris et le fait gonfler d’excitation.

Vous revenez dans votre ouvrage sur les mutilations génitales, qui existent depuis des millénaires aux quatre coins de la planète. Pourquoi sont-elles nées ?

Si le clitoris est longtemps resté méconnu, l’homme a toutefois très tôt eu conscience du rôle que cet organe jouait dans le plaisir féminin. Des hypothèses avancent que l’excision serait née durant la préhistoire, au moment de la sédentarisation de l’homme, qui aurait eu recours à cette pratique pour assurer sa filiation en évitant que sa femme n’ait envie d’aller voir ailleurs. Et dès l’Antiquité, des écrits prouvent que le rôle du clitoris dans le plaisir féminin était connu. Où qu’elle soit pratiquée dans le monde, l’excision est toujours motivée par le désir de mettre le plaisir féminin en sourdine.

Les femmes qui n’ont plus de clitoris ne peuvent-elles plus connaître le plaisir ?

Cela dépend de plusieurs facteurs, du degré de mutilation, puisque dans l’excision, la totalité du clitoris n’est pas systématiquement retirée. Il est possible de retrouver du plaisir après une reconstruction chirurgicale du clitoris. Mais il y a aussi une dimension psychologique très importante, l’excision est une expérience très traumatisante qui renvoie à bien plus que sa seule vie sexuelle. Cela requiert un long travail pour se réapproprier cette partie de son corps.

Le clitoris est-il un organe seulement humain ?

Le clitoris n’est pas seulement l’apanage des femmes. Toutes les femelles mammifères en ont un. Pour les femmes, il s’agit d’un organe exclusivement dévolu au plaisir sexuel alors que pour les animaux, outre le plaisir, le clitoris peut être doté d’autres fonctions. Mais pour les découvrir, il faudra lire le livre !

* Le clitoris, C’est la vie ! Son histoire, à quoi il sert, comment il marche, éditions First, 6,95 euros, en librairie le 12 avril.